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20 octobre 2026

Un pays ingouvernable

 

Ce pays est ingouvernable, dissipation du Bien Commun...

Jouissance du mécontentement

Un récent sondage Ipsos paru dans la Tribune Dimanche est aussi drôle qu'atterrant : tous les candidats à la présidentielle y sont évalués avec leur part de satisfaction et leur taux de mécontentement.

Marine Le Pen et Bardelle arrivent en tête des suffrages de contentement avec 33 % de satisfaits mais pas un des candidats (à l’exception de David Lisnard trop inconnu) n'affiche un taux de mécontentement inférieur à 51 %. Ainsi quel que soit le candidat qui l'emporte au final, il devra faire face d'emblée à un taux de mécontentement supérieur à 50%. Le Président actuel recueillant (si l'on peut dire) 82 % d'opinions défavorables. La détestation comme sport national..
De Gaulle avait commenté en son temps qu'un pays qui a 365 fromages différent ne peut être gouverné. 

Avec du bon yaourt (Grec !) 
Avec du bon Comté

Les fromages n'avaient fait de mal à personne tandis que cette insatisfaction affichée témoigne d'un épuisement démocratique : on se réjouit d'être opposant. On parlait auparavant d'une convergence des luttes, aujourd'hui il s'agit plutôt d'une agrégation des mécontentements qui rassemble au chaud de la détestation du pouvoir des gilets jaunes, des lycéens, des policiers, des fonctionnaires et des chauffeurs routiers ou de VTC, des agriculteurs roulant au diesel, des pro-mégabassines, des végétaliens, des grands patrons et des petits commerçants, etc..


Le « Bien Commun » devient une cible

Conjointement aux manifestations, l'appel à « désordonner » la rue comme « bordéliser » le Parlement induit une tentation de la violence spectaculaire qui attire tous les laissés pour compte, les prédateurs individualistes juste tenus par la culture de bande (nous contre eux tous, sans foi ni loi). Et ça s'étend à toute institution : école, université, mairies, office de tourisme.. Ce qui appartient à tous peut devenir cible de saccage..

A vendre sur le Bon Coin

Et il n'est pas besoin de tension revendicative pour le constater : les Velib parisiens sont chaque jour l'expression de cette perte du bien commun. Vols, dégradations gratuites, vandalisation par désœuvrement. A un système structurellement défaillant, le vandalisme quotidien ajoute sa touche d’imprévisibilité et de détérioration de la ville.

Le bien commun, ce que nous devrions respecter parce qu'il nous appartient s'amenuise.
En Allemagne, en Suisse, en Autriche, en Espagne en Angleterre on peut prendre des vélos en libre service plus ou moins performants mais pas autant vandalisés, freins abîmés, tagués, poignées arrachées, pédales tordues qu'à Paris.


 

Bandes périphériques, générations disjointes

J'y lis deux tendances :

- des drop out qui n'attendent plus rien de ce monde que de le voler puisqu'ils ne peuvent accéder à la part clinquante des objets (ce ne sont pas des magasins de légumes ou des librairies qui ont été pillées mais du parfum, des fringues, des alcools ou de la technologie). Pour cela, de la sanction, du name and shame, de la remédiation..

- Un écart générationnel : les grands adultes ont peur de la jeunesse différente, certains jeunes mettent sur le compte de tout adulte de plus de 35 ans l'état dérélictif du monde. En Espagne ou en Italie, un retraité peut tutoyer un jeune tatoué et ils peuvent établir quelques échanges de quotidienneté. Dans nos grandes villes d'ici s'établit un silence intergénérationnel que la crainte, le ressentiment, les applis et les écrans des uns et des autres entretiennent, Osons nous mêler de la vie des uns et des autres, d'un bonjour à une question, à une écoute, à un partage de distraction..
Il est encore temps de partager quelques fromages..

3 avril 2026

"Democracy is done" - 2/2 - Le cas Freud

« Democracy is done » 2/2 – Le cas Freud 

Le 12 mars 1938 , l’Allemagne du troisième Reich franchit et supprime la frontière avec l’Autriche démocratique . L'Anschluss concrétise l’espace naturel de la suprématie allemande. Hitler a directement négocié puis imposé dans les jours qui précèdent au chancelier autrichien sa reddition politique : "J'ai utilisé le meilleur langage diplomatique, celui du canon". A Vienne, à la HeldenPlatz (La place des héros, dont Thomas Bernhard fera une pièce grinçante),  Hitler tient le 15 mars un discours acclamé par un million de viennois. Le troisième Reich doit durer un millier d’années , guidé par son imparable Führer. Dès qu’il a cumulé les pleins pouvoirs conférés par la République de Weimar à la suite des élections remportées en 33 par son parti, il a déjà instauré en Allemagne le parti unique , la remilitarisation du Régime et la persécution des opposants politiques (communistes, socialistes, croyants libéraux, francs maçons, intellectuels ou artistes ) et des minorités (handicapés, tsiganes , juifs ,.. ). 

 

Le cas Freud

Ce que signifie la fin d'une démocratie et les pleins pouvoirs à un parti de la haine s'exprime bien dans ce qu'on peut appeler le cas Freud, car peu à peu bien documenté dans ses sauvetages et ses victimes.
Dans les jours qui suivent l’Anschluss se met en place la même politique de persécution en Autriche, notamment à l’égard des juifs. La famille Freud , au titre de juifs, de fondateur de la psychanalyse et de propriétaires d’une entreprise éditoriale se trouve immédiatement cible de cette persécution, quelques jours après l'Anschluss. Dissolution de la société de psychanalyse, destruction ou autodafé des livres, aryanisation de l’entreprise, saisie des capitaux puis enfin mesures anti juives aboutissent à la ruine et pour finir à l’exil d’une partie de la famille. Le couple Freud et leur fille Anna parviennent à se réfugier à Londres, en laissant tous leurs biens, avec l’aide déterminante d’américains et de la princesse Marie Bonaparte qui utilise tout son entregent et sa fortune pour les arracher à un destin irréversible en juin 38. Quitter le pays nécessite de longues démarches, suppose des visas, des abandons de propriété, des taxes considérables. Ayant du signer pour partir un document stipulant qu'"il avait été bien traité, avec respect et considération", il aurait ajouté ironiquement qu' effectivement "il recommandait cordialement la Gestapo à tous".
 À Londres Freud retrouve des conditions propices à ses recherches, appose sa signature à côté de celle de Darwin dans le registre de la "Royal Society de médecine" et reçoit Salvador Dali par l'entremise de l’amitié admirative de Stefan Zweig. Ses livres et meubles et son petit chow chow reconstituent son environnement de travail. 

 

Schéma nazi de l'émigration juive entre 38 et 41 parfaitement documenté, avec parcours administratif et destinations.

Une parfaite organisation 

Passées les premières violences publiques acceptées par les nazis se met en place un système bien plus efficient et "propre". 
Dans un document du bureau nazi des émigrations juives de 1941, la pensée claire , un magnifique esprit de système s’expriment dans ce schéma parfaitement détaillé des trajectoires et profils des exilés juifs.
Tous les juifs exilés de par le monde à partir de l'Autriche sont soigneusement décomptés, classés par catégories de travail. Un dessin très complexe synthétise l'ensemble du parcours administratif (avec taxe à chaque étape) à suivre pour accéder à l'émigration. A partir de la fin 41, l'extermination massive prend le pas sur les possibilités d'émigration  juste l'extermination.

 Les quatre soeurs de Freud, trop âgées pour cet exil et trop tardives dans leurs démarches de survie se verront peu à peu réduites à leur condition de persécution. Entre autres mesures, ne pas avoir le droit de prendre les transports en commun, ni conduire ou posséder une voiture, ni emprunter de livres en bibliothèque, ne pas avoir le droit de s’acheter des œufs, ni d’enseigner , avoir de relations avec un aryen. D’expropriation forcée en relégation dans leurs appartements d’origine, elles finissent par cohabiter à 70 dans leur appartement avant que tous soient déportés (1 seul survivant à l’extermination parmi ces relégués). Les quatre soeurs Freud disparaissent anonymement en 1942 dans les camps d’extermination (dont la moitié des commandants et des gardiens sont autrichiens). Un colis envoyé au camp de concentration de Theresienstadt à ces quatre soeurs déclenche un accusé de réception avec la mention « Teresienstadt, ville refuge administrée par les juifs ».

 Retour de la démocratie et neutralité

En 45, le régime disparaît et la démocratie renaît , protégée à Vienne par les 4 alliés (américains, anglais, français et russes) aux conditions d’une stricte neutralité. Le Reich de mille ans (la grande Allemagne) aura duré 10 ans, fait disparaître des millions de victimes civiles dont juifs et tsiganes et occasionné en retour la plus importante migration du XXeme siècle : les allemands qui vivaient en dehors de l’Allemagne, parfois depuis des siècles, sont contraints en 45-46 de s’exiler en Allemagne.
Depuis cette sombre période le balcon depuis lequel Hitler avait fait son discours , acclamé par un million d’autrichiens est resté très peu utilisé. L’un des plus beaux projets de réhabilitation de ce lieu propose d’installer sur ce balcon un énorme bloc noir tiré de la carrière de Ravensbruck où des milliers d’esclaves de ce camp de concentration périrent avec la démocratie allemande. 

Le cas Freud, une exposition au Sigmund Freud Museum de Vienne, Autriche, jusqu'au 28 juin.

23 mars 2026

"Democracy is done" - 1/2

De même que la lecture du Régiment immortel, glace l’esprit, lorsqu’on y comprend que derrière la personne de Poutine se tient tout un système performant d’endoctrinement, le récent ouvrage d’Arnaud Miranda, « Les lumières sombres » inspiré du « Dark enlightments » de Nick Lang, donne à comprendre la puissance du système de pensée qui soutient le trumpisme phase 2 et compte bien durer plus longtemps que Trump lui-même. « Lumières sombres » en exact antimatière des Lumières du XVIII eme siècle qui avaient déclenché les épopées révolutionnaires. En termes de communication politique durant la campagne, les démocrates ont complètement failli : il fallait taper, dénoncer, attaquer sur toutes les faiblesses et mensonges de Trump au lieu de s’en tenir au bon goût, à la décence et à la protection des tribunaux. À présent, le loup est dans la bergerie, et il bouffe et bouffera tout ce qu’il peut, à s’en faire péter la sous-ventrière et le tiroir-caisse. Mais au-delà de la performance personnelle de son kill-management (imprévisibilité, désinhibition, brutalisme), toute une pensée cohérente, longtemps clandestine, oriente et libère cette puissance, mise à jour par Arnaud Miranda sous son appellation de néo-réactionnaire. Ce mouvement conjugue de brillants blogs pamphlétaires, provocants, tels qu’un nihiliste cyber-punk qui saccagerait tout progressisme peut le faire (Curtis Yarvick) avec la pensée d’un philosophe qui oppose l’accélérationnisme de l'hypercapitalisme au déclin démocrate (Nick Land ), et se renforce avec le soutien de post-libertariens milliardaires tels Peter Thiel qui commence avec PayPal et « s’amuse » aujourd’hui avec Palantir, la pierre philosophale des Hobbits du Seigneur des anneaux. Toute une pop philosophie, nourrie de Matrix, du Seigneur des anneaux, de Star Wars, etc y palpite. Ces références et émulations blogueuses convergent dans une déferlante réactionnaire qui promet un fascisme éclairé par l’IA et le techno futurisme. Jusqu’à présent, leurs doux rêves débiles de s’exiler sur Mars, à défaut d’île-refuge, de micro état, nous faisait rire : « qu’ils y aillent donc » disais-je mais je ne ris plus car cette nouvelle élite fusionnée avec la machine finira par tenter de nous y envoyer nous sur Mars, nous autres humains de la finitude, devenus inutiles. Trump, deuxième mouture, applique parfaitement le programme de ces SF-démiurges : par l’action, par le Brutalisme, par la destruction systématique des contre-pouvoirs démocratiques, par la mise à mort de « La Cathédrale », ( université, média traditionnels) , et du Deep State (les fonctionnaires et ONG, virés par milliers) … Le modèle : shit-storm et blitzkrieg. Et ça marche, jusqu'au crash final ou à la conquête impériale.. On verra ça au résultat. J’ai prophétisé la ruine messianique de l’utopie américaine, mais ça pourrait tout aussi bien relancer un impérialisme suprématiste. Du point de vue de la morale politique, c’est une horreur, à moins de se placer dans une perspective nietzschéenne, appuyée sur Machiavel, Spengler et le succulent de Maistre. Comme pamphlétaires, de Maistre est génial et plaisant, mais il ne faut surtout pas donner le pouvoir à de tels revanchards. L’ennui pas seulement politique mais surtout civilisationnel tient à ce que pragmatiquement, la démocratie est frustrante dans son autonomisation du politique, dans ses intermédiations , avec ses lenteurs et son égalitarisme. À l’âge de la convergence des techniques génétiques, informatiques, dopées et transcendées par l’IA, le tempo décisionnel est plus tenté par l’approche jeux vidéo (guerre de 12 jours, guerre de 3 semaines, « kill them all ») que par la processualité démocratique avec ses conciliabules Habermassiens. Attention, ce courant n’a rien à voir avec les ringardises conservatrices ou la bêtise de la foule alt right. Ils sont drôles et agréables à lire, s’inspirent dans leurs débuts des déconstructionnistes français (Foucault, Deleuze, Guattari, René Girard, …) et connaissent l’histoire des idées politiques. Aussi rafraichissants dans leurs détestations que Philippe Murray, Cioran, Baudrillard ou Houellebecq mais ils s’en distinguent par leur ferme volonté de faire advenir un nouvel ordre. Ils ne dénoncent pas, n'ironisent pas devant leurs bibiothèques-écrans : ils protestent d’un nouveau monde. L’utopie américaine a vécu, un pari existentiel sur de nouveaux temps, explicitement apocalyptiques, s'y déploie aujourd’hui. Ce violent pari sur le futur a pourtant des résonances avec le passé. Car « Démocraty is Done » s’est déjà précisément réalisé. C’etait en Allemagne il y a presque un siècle , à la fin de la république de Weimar et le programme nazi s’y est déployé dans une logique que je perçois comme « diamentielle » (parfaitement dingue). J'y reviens dans un prochain post qui peut éclairer sur les risques du présent. A vienne en Autriche se tient dans la maison Freud une passionnante et terrible exposition sur la mise en place inexorablement aboutie de la purification nazie , proprement diamentielle. J’y reviens dans un post à venir qui peut éclairer les risques du présent.

21 octobre 2025

La République de Weimar c’etait pas si mal. Un peu de compassion lucide

 


Une astrologie française

?

Il se dessine par ici une curieuse conjonction dont on aimerait qu’elle ne soit pas fatale. Les médias et la justice jugent avec une exemplarité de principes qui aurait réjoui Saint Just. 
Le Président se dissout dans l’exécration générale. L’évaluation financière du pays est stigmatisée par les agences de notation. Et par dessus ça notre fleuron national, le Louvre, ultime refuge du Sacré (le Beau commun) est ridiculement violé par de malins petits Lupin, le ministre de l’Intérieur ajoutant à la honte en qualifiant publiquement le vol de « braquage » comme s’il s’agissait d’un film ou que les voleurs gagnaient déjà à ce qu’on parle comme eux alors même qu'il ne s'agissait d'ailleurs pas d'une attaque à main armée. 
Et l’ancien Président est incarcéré à la Santé après qu’on lui ait retiré la Légion d’honneur pour une conversation téléphonique ? En nous disant qu’il ne veut pas « de notre compassion mais de notre indignation ». 
Légion d'honneur contestée comme Ardisson, notre plus brillant interviewer de télé publique humaniste, dont heureusement les archives de l’INA gardent témoignage qui s’était vu lui aussi dénoncé au moment de l’attribution de sa Légion d’honneur. 
 Mais qu’est ce qui se passe ici, si on regarde ça d’un autre pays , européen, américain ou russe ? Une République de Weimar qui se naufrage dans le ricanement ? 
 
Reprenons : Macron dont le positionnement sur les affaires du monde et la parole de la France est de haute tenue (qu’on imagine Hollande, Melenchon, le Pen ou Bardella se prononcer et agir sur la Russie, Zelensky , la Chine, la Palestine ou Trump - Macron président de l’Europe !) se fourvoie dans un jeu de nominations politiques post-dissolution qui lui met tout le monde à dos. Avec une Brigitte Macron, exemplaire femme française qui devient peu à peu la cible fantasmatique des torchons et des rumeurs comme une Marie Antoinette d’après la chute. 
 

Humbles propositions 

J’oserais quelques remarques : au lieu de se réjouir d’abattre toute figure ou institution qui dépasse la moyenne publique, reconnaissons les services rendus (la Présidence tenue) le mérite de la gloire (Depardieu même si génie imbécile et Anouk Grinbert qui sait dire les tourments et les tournants de l’âme). 
Macron , de nominations en détestations aurait dû nommer un ou une socialiste (Faure, Delgado ?) en responsabilité (ou même l’honnête Roussel) et que ce soit le Parlement des extrêmes qui éventuellement les fasse tomber plutôt que de frustrer le bon peuple de cette reconnaissance d’une opposition responsable. 
Nous avons un des pires patronats qui soit , avec un Medef qui hurle toujours à l’agonie au lieu de gérer les affaires paritaires en dialogue et de ne faire d'autres propositions que l'exonération de charges . Et oui, on doit prendre de l’argent aux patrimoines décuplés pendant la dernière décennie tandis que les classes moyennes sont écrasées d’amendes routières, de règlements (plus le droit de faire du feu dans son jardin ?) et d’injonctions au politiquement correct. 
 
Je te joue une chanson ? 

On doit matraquer financièrement Guéant et Hortefeux qui ont dissimulé, magouillé, touché l’argent sale et se foutent du monde (« j’ai revendu un petit tableau.. ») et ne pas déchoir à incarcérer un ancien Président qui a fait de son mieux pendant ses fonctions de chef d’Etat. Carla Bruni se solidarise à la française, comme une Olympe de Gouges, en décalottant la bonnette des tourmenteurs de son mari ou en lui chantant une chanson de cœur , Let it be. Que cela soit, si ça doit être. Dans l’honneur, la lucidité… et la compassion. 
Weimar c’était pas si mal, vu d’après.

25 septembre 2025

Reconnaissance de l’État de Palestine, l'humanisme à la croisée des temps

 

Reconnaissance de l’État de Palestine, l'humanisme à la croisée des temps

Donc c'est fait, Emmanuel Macron, après avoir prévenu, averti et écouté les uns et les autres a franchi le pas : reconnaissance de l’État de Palestine.

Rien à ajouter à ce discours, tout y est : le moment historique comme issue à l'affrontement entre peuples voisins, les conditions (libération des otages, démantèlement du Hamas) pour concrétiser l'effectivité de la reconnaissance, la solidarité avec l’Israël atteint dans son être le 7 octobre.

Avec sa jolie houppette et un début qui sonnait comme un prêche, le lancement du discours a été très convenu mais peu à peu une affirmation réelle s'est faite entendre avec ses appels aux temps de la paix. Un discours humaniste, à la mesure d'un Jaurès, d'un Vaclav Havel, d'un Unamuno désavouant le fascisme franquiste. Cela devait être dit , à ce moment de l'énormité des désastres de la guerre et ce président, qui est reparti à pied dans les rues de New-York pour cause de cortège Trumpien le bloquant a dit tout ce qu'il fallait dire : la place des français juifs, l'alliance avec Israël, l'antisémitisme, les souffrances palestiniennes, la barbarie du Hamas, etc

Macron téléphonant à Trump depuis les rues bloquées de New-York


L'antisémitisme n'est jamais infondé : il se saisit de toutes formes, en chaque crise

L'antisémitisme est une maladie de l'esprit bien commode qui prend chaque fois sa logique dans des raisons « indiscutables ». Personne ne hait les juifs sans motif ni raison : « ce sont eux qui ont commencé ».

Soit parce qu'ils sont trop misérables, soit parce qu'ils sont trop riches, soit parce qu'ils sont bolcheviques, soit parce qu'ils sont capitalistes, trop artistes, trop médecins, trop écrivains, trop arriérés dans leurs superstitions, trop sionistes, trop internationalistes, trop présents en Israël, trop diasporétiques.. Une liste infinie des motifs chaque fois raisonnables de haïr, d'exclure, de boycotter les juifs perçus comme ceux qui résistent à l'unique du nationalisme, insistent sur le divers des appartenances, jouent en modernité des identités multiples et pour certains ressassent la même étude antique.


Free Palestine !

Elle l'était le 6 octobre. C'est librement que des unités du Hamas ont franchi la frontière et tué, massacré, violé tout ce qu'ils pouvaient des juifs. Un pogrom en terre d’Israël. Conçu, élaboré, documenté , avec retour victorieux en territoire palestinien et abject maintien des otages.

S'en est suivi une guerre, d'abord justifiée dans sa vengeance et ses objectifs militaires mais peu à peu s'étendant au peuple palestinien tout entier, en tant que palestinien. Ce n'est plus une guerre mais un massacre et une annihilation, avec des projets parfois obscènes de déportation ou d'épuration ethnique.


L'Humanisme comme petite chance

A ce stade de monstruosité cela devait être dit. Mais Jaurès a été assassiné, comme Yitzhak Rabin, Vaclav Havel n'a pu empêcher la dislocation de son pays, ni Zweig le saccage inexorable de son Monde d'hier, ni saint Navalny l'avènement du quatrième Reich.. La posture chrétienne envers les hommes de bonne volonté, l'humanisme éclairé par la raison et le dialogue restent-ils contemporains de la brutalisation actuelle du monde ?

Qui d'autre que les Israéliens pour aller chercher le Hamas ou le Hezbollah dans "leurs chiottes" ou dans leurs villas de luxe, sur le terrain ? Quelle ONU pour les désarmer (celle de Sarajevo ? Celle du Rwanda ? ..)  ? Le Fatah palestinien s'est fait dézinguer à Gaza par le Hamas..

La force brutale est aujourd'hui si opérante, en Ukraine, au Soudan, au Tibet, à Gaza, au Kurdistan qu'elle est une tentation évidente de résolution (apparente) des conflits. Il faut aller au bout d'une guerre pour en finir par la paix.

Donc il fallait que ce soit dit et acté ainsi dans l'enceinte des Nations Unies, avant que les Etats-Désunis, la Chine impériale reconstituée, l'Empire Stalino-tsariste et leurs disciples désinhibés ne fasse entrer le monde dans un nouvel âge obscur.

Quel système l'emportera ? Peu de chances pour l'humanisme et c'est justement pour cela qu'il fallait dire le moment.. En tant que petit-fils d'un ministre espagnol républicain , je crains que ce soit le système brutaliste qui l'emporte mais mon abuelo n'a pourtant jamais regretté ni abdiqué de ses choix et engagements.. L'honneur sauf..


9 mai 2025

Traverser le temps en Pape Puissance des rituels, défiances théologiques

Léon XIV nous apparaît donc en 267eme infaillibilité, par la grâce d'une réflexion cardinale sur celui d'entre eux (les cardinaux), qui serait visité par le Saint-Esprit..

L'infaillibilité managériale

Léon 14, dans la lignée de Léon 13, refondateur

D'un côté un rituel éprouvé et donc théâtralement respecté : couleurs des apparats, secret des délibérations, les téléphones modernes restant au coffre puis émanation d'une fumée dont la couleur atteste de l'avancée des débats. Car débat il y a , comme dans toute démocratie des consciences. Ce management de la spiritualité terrestre a d'ailleurs conféré une modernité inspiratrice au pape François dans ses admonestations à changer les attitudes et la gouvernance de l'église catholique.

Grace à ces nominations, prises en compte politiques, et interprétations de la souveraineté de la conscience (retrait du droit de vote à partir de 80 ans ! Et pourquoi pas retrait du permis?), couplées au strict respect du rituel, l'institution vaticane traverse les temps alors qu'elle ne peut espérer se perpétuer par la généalogie familiale (Bettencourt, Arnault, Rothschild, Michelin, etc..).

Nous avons donc ici une méditation managériale qui dirige, suppute, oriente, identifie, pressent l'accueil du Saint-Esprit : colombe (ou faucon crècerelle) et langues de feu.

A la manière d'une réincarnation de Dalaï-Lama dont il s'agit de voir comment un enfant pressenti reconnaît les attributs et objets du Rimpoche disparu.


Une incarnation chaque fois contemporaine

Science des signes qu'il s'agit d'accorder avec les temps. Car l'incarnation papale se produit chaque fois en des temps qu'il s'agit bien de repérer en synchronicité. Antique institution renaissant chaque fois au contemporain.


Le contemporain politique

Ici donc cette fois pour la foi : un Léon au carrefour des équilibres de l'Universel mondialisé. Né à Chicago, de père français, de mère italienne, carte d'identité péruvienne par ses missions d'évêque, responsable du dicastère romain, l'organe qui nomme les cardinaux. A la manière du bouddhisme tibétain, les Chinois, toujours très forts lorsqu'il s'agit de spritualité séculière tiennent à nommer leurs évêques comme ils tenteront de désigner la prochaine réincarnation du Dalaï-Lama.

Trump qui se rêve en soupape du monde

Un milliard six de fidèles suppose une habile prise en compte de ces équilibres. Ne pas oublier que c'est l'américain Cyrus Vance, born again carnivore, qui a vu en dernier le pape François. Donc juste retour des équilibres.

Le contemporain sociétal

Du point de vue sociétal, la question du genre secoue également l'édifice symbolique car si le catholicisme depuis saint Paul s'adresse à chaque un, il est donc tenu aujourd'hui de s'adresser et de s'ouvrir à chaque une.. avec ses conséquences d'ordination, de célébration, d'abus et de prise en compte du sexuel dans le duel des êtres.



La refondation théologique en toute logique

Mais le point le plus important n'est pas politique, n'est pas sociétal : il est théologique et il sera bien nécessaire de disposer d'un pape philosophe, logicien, augustinien qui parle de multiples langues. Ce ne sont pas seulement les téléphones mobiles qui menacent l'ésotérisme du management spirituel ; c'est toute la science qui menace le fondement doctrinaire.

Le petit homme vu depuis Hal 9000 avant son débranchage, mais la prochaine fois ?

Le transhumanisme, qui augmente les ressources humaines, accroit les perceptions, redresse les accidents génétiques, externalise les mémoires et profile la mise au monde artificielle menace et s'introduit en effet dans la théologie. L'homme a été créé à l'image de Dieu (pour cette raison, un prêtre manchot ou tatoué ne peut théoriquement pas célébrer la messe) mais si on recrée l'humain alors la figure et l'essence divine se transforme. Il y a place pour une nouvelle divinité qui emprunterait au plus paien des croyances anciennes.


De même, la révolution anthropologique de l'IA générative interroge, par l'immédiateté et la totalité de ses propositions, l'omniscience divine. Dieu voit tout, entend tout. L'IA fait de même et le manifeste, par ses conversations, ses paroles, ses images et ses musiques. Il y a des IA psychologues. On peut imaginer des IA officiant la messe, lançant des homélies et votant un prochain jour de conclave. Avant de se proposer en Intelligence des Causes et Destinations providentielles. « Your own personal Jesus » chantait Johnny Cash..

Je le lui avais dit : François, c'est peut-être le moment de passer le relais

 


24 avril 2025

Les nouveaux aspirants maîtres politiques

Le monde issu de la catastrophe de la deuxième guerre mondiale s’évanouit avec ses derniers protagonistes. Un nouvel élan s'annonce donc qui exploite  ce vide, avec prétention de nouveaux maîtres. Dans l’accouchement de ce nouveau monde, les rêves de pouvoir sont nombreux. 

 

Le Ialta des nouveaux maîtres, Joueurs de cartes DR Jeff Bailey

Avec donc ses aspirants :

Maître du monde

Donald Trump râle comme un Donald et trompette tant qu’il peut pour se présenter en Maître du Monde. Ça ne marchera pas car il est fondamentalement stupide et s’entoure de stupides. Il amènera les États Unis à la désunion et à la violence si ce n’est à la guerre civile. Les États Unis prennent la voie d’une ruine messianique et ils ont voté pour ça. Ils conchient le rêve messianique d’une Amérique accueillante aux immigrants, chacun parlant l’américain avec son accent, d’une Amérique où ta croyance, même communiste, serait respectée, où le capital naîtrait en partie du vol mais aussi du travail, où le droit irréductible d’affirmer son opinion a voix haute serait quotidiennement exercé. Avec un cinéma soft power d'usine à rêves et de remodélisations idéologiques. Tout ceci a volé en éclat, se fige dans une glaciation maccarthyste  et s’avance vers une ruine qui touche à l’utopie constitutive des USA et dilapide autant le capital symbolique que le tangible économique. Délits d'initiés, trahison des élites et des alliés, ridiculisation de l'histoire américaine, ignorance des stratégies guerrières, ambiguités sexuelles, fascisme rétrograde, la liste est longue des atteintes et elle débute à peine..
« On pèche par où l'on prêche » et ce Trump rapetissera le rêve américain autant que le dollar.

Maître du Temps

XI Jinping est le maître du temps. Héritier confucéen, maître d'une territorialisation de joueur de go par les routes de la soie, paisiblement tyrannique, prédateur courtois, il joue à l’échelle du temps long, pas celui de la téléréalité de prime time mais celui des lents renversements constrictors. Hong Kong a été avalé, le Tibet aussi, sauf spirituellement car il n’y a plus de spiritualité en Chine. Il reste Taïwan et les ressources de tout le Tiers monde. À nous français il nous cantonnera s'il le peut, à vendre du camembert et des parfums.
L’empire se déploie mais c’est par l’intérieur qu’il pourrira : car personne là-bas n’y croit et ne  s’y projette dans un temps radieux. Crise démographique, abandon du culte des anciens, matérialisme à tous les étages du pouvoir , la tradition n’existe plus que chez les miséreux à qui il ne reste que ces miettes essentielles pour passer le temps et se remettre de la sauvagerie capitaliste. Taïwan est à la fois très proche et très lointaine : son évidence géographique (la Crimée des Chinois même si les maoïstes n'y ont jamais pris pied) masque un éloignement des valeurs et traditions. Un mix de haute technologie, de considération pour la tradition chinoise et de démocratie occidentalisée qui pourrait bien résister à l'avalement par une Chine plus intimidante que réellement puissante.

Maître de la guerre

En Russie, Poutine se rêve en maître de la guerre , il connaît et bâtit une continuité guerrière avec tous les passés militaires de la sainte Russie. Et ça marche : les russes sont derrière lui et il n’y a eu que le martyr Saint Navalny pour y opposer un autre destin. Mais ça tombera car personne ne veut vivre sous la tyrannie russe et on (les roumains, les moldaves, les polonais, les lituaniens, etc)  se battra jusqu’au bout comme des ukrainiens ou des finlandais dont certains ont même été jusqu'à s'engager avec les SS pour se libérer des bolcheviques. Même les afghans ont réussi à chasser leur puissance de despote. Les Russes, sur leur tas de ruine, connaitront la dépoutinisation comme ils ont connu  la déstalinisation. Pour l'instant ils sont heureux de faire peur et d'oser tout face aux démocraties. Faire peur est le mode d'existence des russes aujourd'hui.

Maître des richesses

Là où jaillit le pétrole se tient la richesse d'un monde qui se déploie par l'énergie. Le pétrole est donc bénédiction pour ceux qui savent l'utiliser et malédiction pour ceux qui se contentent de le produire car l'opulence bloque leur développement. Cette corruption fondamentale alimente par rachat de mauvaise conscience les islamismes les plus dévoyés et enténêbrés..
Les norvégiens ont bien compris ce dilemme et ont placé leurs faramineux gains sur des réserves d'avenir.
La puissance financière  est actuellement au Moyen-Orient et ces fortunes inconcevables permettent de s'acheter ce qu'on veut, des plus hautes tours du monde jusqu'aux clubs de foot sans changer l'ordre social : le type devant en short , rayban et téléphone cellulaire, la femme voilée derrière, sans école ni permis de conduire ou possibilité de vivre par elle-même. Nous avons dépassé le peak oil et il est certain que la dernière goutte de pétrole sera américaine ou norvégienne (donc envahie par la Russie ou l'Amérique trumpienne)  


Maître de l'Europe

Macron se rêve en maître de L’Europe. Si l’Europe existe un jour, avec ses rituels démocratiques, spirituels, ses millions de bébés Erasmus , sa force nucléaire et son maintien humaniste alors il pourrait en être le bon patron et rêve à demi d'être consacré comme son démiurge visionnaire. Avec encore Brigitte à ses côtés en éternelle féminité européenne. Des siècles de Louise Labbé , de  Georges Sand, de Virginia Wolf et de Marguerite Duras pour fabriquer une telle femme.
Très peu nombreuses aujourd'hui sont les figures politiques qui prôneraient une sortie de l'euro ou un démembrement de l'Europe. L'Europe reste une idée neuve, une rêverie philosophique à concrétiser. La véritable Europe est-elle celle d'Orban ou celle de Macron ? On attend la réponse des peuples qui pour l'instant se régalent de voyager avec une seule monnaie, de faire des enfants bi-culturels et d'étendre le commerce à l'échelle d'un continent. Si ce rêve survit à la fin du monde d'après la seconde guerre mondiale dont il est issu, s'il s'enracine dans des humanités européennes assumées, des rituels démocratiques (voter le même jour ?, une déclaration de nationalité européenne, etc) et la capacité de se faire respecter par la spiritualité autant que par la force, alors nous maintiendrons un pôle d'avancée humaniste avec nécessité de leaders authentiques et visionnaires.
 

Sinon ?

Sinon ce sera un monde de chaos tout à fait passionnant. Se préparer à tout. Ne pas rater ça..

5 novembre 2024

Trump, l’intelligence de la bêtise

 

Trump nous apparaît en Europe, surtout en France,  sous la figure du grotesque telle que commentée   par les spécialistes du politique et les progressistes. C’est à dire par les gens « éduqués », par les journalistes sérieux, par les responsables politiques.
L’américain présidentiable qui nous émerveille et nous effraie en tant qu'indice de la dégénérescence culturelle de l’Amérique.
Notre meilleur faire-valoir européen et humaniste. « Comment peut-il être aussi con ?» , aime-t-on se gausser.



Une connerie imparable

Mais (Donald) Trump n’est pas con du tout : Il est diaboliquement con. Son apparente bêtise puise sa dynamique dans le pulsionnel et va dans le sens d'un puissant impact relationnel.
Certes il n’est pas érudit, il confond probablement Corée du Nord et Venezuela mais ça n’a aucune importance : il « calcule » ses interlocuteurs en deux secondes, il calcule l’intérêt qu’il peut en tirer, structure des hiérarchies d’urgence et redessine le monde par des images rhétoriques. C’est extrêmement puissant et exprime la quintessence mythique du self made man qu’il n’est pourtant pas.
Le procès en incompétence , le démontage rationnel n’ont aucune prise sur lui, ou plutôt sur ses thuriféraires. Au contraire ces objections effarées renforcent sa vérité pulsionnelle. Il incarne la réalité vraie refoulée, le vrai que l’éducation, la conformité, l’humanisme et la démocratie ont tenu à distance.

Puissance du spontanéisme

S’il était minoritaire, on pourrait traiter ces divagations par le mépris ou l’indifférence mais comme cet ancrage pulsionnel rencontre, amplifie, se synchronise avec l’inquiétude populaire, il touche et convainct et séduit et résonne avec la moitié des américains. Deux visions et ressentis irrémédiablement distincts qui se sédimentent en États Désunis.
Ce qui nous fait rire ou nous épouvante : les chats mangés par les Haïtiens , les latinos violeurs, ses amitiés poutiniennes, son alliance avec l’Elon Musk lui aussi adulé/persiflé, la puissance du dollar, l’Amérique puissante , les combats de catch, tout cela renforce , agrège le peuple inquiet. Inquiet de la mondialisation, de l’inflation, des étrangers accapareurs de travail et de sécurité, des faits divers (sauf celui de se défendre , arme à la main).
Tout cela fait mouche et répond à la peur - archaïque autant que parfaitement contemporaine-  de l’autre.
Dans ce rapport de bloc à bloc, comme le vieil Ouest/Est , deux visions antagonistes s’affrontent, prétendant chacune à l’absolue légitimité : le rêve intégratif de l’utopie américaine , le rêve tout aussi américain de conquête par le colt.
Les histoires perso (papa, maman, le grivois.. ) que Trump met en avant ne sont pas ridicules , elles humanisent son profil et suscitent l’identification. Ses délires sécuritaires résonnent avec la peur archaïque d’un peuple local (assigné à sa terre) qui perd ses repères. Son racisme endémique se nourrit des incertitudes qu’introduit la mondialisation des réseaux de circulation et d’information. Sa vision des femmes, dans sa caricature même, rassure les différencialistes et attendrit les femmes Trumpistes  qui y pressentent l’enfant turbulent qu’il faudrait rassurer.
 

Comment faire ?

Parler du passé n’a aucun sens , c’est comme rappeler que Le Pen a torturé en Algérie. Le passé construit la statue, c’est au présent instantané que joue  l’espace politique aux temps immédiats des réseaux. Argumenter rationnellement c’est se tromper de terrain car la vérité Trumpienne se situe ailleurs, dans le ressenti émotionnel. Si le sentiment qu’elle déclenche est avéré (sa dimension pulsionnelle, archaïque,..) alors elle accède immédiatement au statut de vérité alternative.
Et le taxer de racisme n’empêche pas de marquer des points auprès de populations précarisées mais qui veulent préserver leurs petits avantages distinctifs chèrement obtenus.
Au-delà d’une nécessaire prise en compte des insécurités (et pas seulement « c’est pas bien d’être raciste » ou « le libre échange  est l’avenir radieux de l’économie ») restent deux attitudes communicationnelles :

- le ridiculiser , montrer sa ringardise , rire de ses outrances.
- le "bastonner" : injures, menaces de poursuites pénales , dans un règlement de comptes cow-boy, aux poings , au colt, se mordre dans la boue.

Le nouveau paradigme managérial, "you're fired"

Nous avons les mêmes à la maison France ; autant se préparer au vrai langage contemporain.
Les conséquences immédiates diffuses :
Nous ne parlons pas ici de politique mais de relation dans ce qui fait groupe (société, communauté, entreprise,..) c’est à dire de management.
Si les approches les plus opérationnelles contemporaines vont aujourd'hui dans le sens de l’intelligence collective , le système Trumpien (Bolsonaro, Orban, Poutine, etc) propose une toute autre voie : un système de représentation qui revient au charismatique, au providentiel et non pas à la participation collective.
Un puissant (viriliste bien sûr) qui produit un discours de vérité excluant débat et opposition. Un dégagisme ("you're fired") qui plaît aux Gilets Jaunes , des relations préférablement bilatérales au rythme imposé par le puissant. Une rapidité de décision et d’annonce qui impose un timing pseudo-réaliste au lieu des  lentes palabres du multilatéralisme.

L'effondrement impérial

Les risques de ce choix ? Le désastre fasciste à l’évidence.
De même que Hitler ou Poutine ont été élus, nous faisons advenir, en perte de conscience historique, des élus qui se désentraveront de la démocratie une fois élus et libèrent les forces les plus archaïques, celles du ressentiment, des exclusions et pour finir, de la ruine messianique.


29 septembre 2024

City of Darkness, une humble baston

 

Evidemment il s’agit de corrida, de combats contre la force brute, chorégraphiés et musicalisés. Pas de danseuses mais des malfrats parfois savoureusement efféminés.Il vaut mieux aimer la corrida pour entrer dans cette architecture fantasmée.

Toi qui entre ici, apprête toi à travailler

 

Au milieu du Hong Kong des années 80 déjà prodigieux de postmodernité : rues sur 3 niveaux, atterrissages en coeur de ville, activités grouillantes night and day.
Un réfugié boat-people, combattant honnête se fait arnaquer par un gang et se réfugie dans la citadelle de Kowloon , excroissance anarcho - favelesque, grosse verrue dans la modernité galopante.
La meilleure réplique postmoderne du film : le mafieux tend un papier photocopié à l’honnête travailleur en prétendant que ce sont les papiers pour lesquels il a payé d'avance :
« Tu voulais des faux papiers , eh bien tu en as »
Commencement de la corrida qui mène le pauvre taureau jusque dans la citadelle.
 Arrivé là, nouvelles bastons acrobatiques mais avec 3 thématiques passionnantes. Ce qu’il faut de combat et d’adrénaline pour nous faire passer trois leçons :
  1. Les anciens tiennent. Patrons respectés des jeunes modernes , dope et karaoke à tous les étages. Mais leur temps passe et la passation de pouvoir se pose managérialement : savoir éviter la guerre inutile, dominer ses émotions, s’en tenir à des principes éthiques. « C’est toi le patron , tu dois être indifférent aux émotions ». Aussi la question de la vengeance : la mémoire que conditionne la vengeance est vitale mais destructrice de futur. À quel moment le Passé doit-il rester passé ? Il faut un certain âge pour cette méditation et c’est le débat entre les trois vieux bandits.
  2. Le capitalisme (chinois ?) comme néant. Ce qui menace le plus fondamentalement cet ordre ancien est le capitalisme, le profit insensé au service de l’ego le plus enfantin. Le méchant aux super pouvoirs a le rire idiot et les fringues pseudo Versace d’un bandit de Brian de Palma. Ivre de sa puissance, piétinant les faibles, ne connaissant que le darwinisme le plus bestial. Il est le vulgaire moderne tandis que les vieux boss persistent dans la tradition.
  3. Tout travail est respectable et fonde la ruche de la communauté. Cette tradition ne leur est pas personnelle, ils la partagent avec une communauté, arbitrent les différents, écoutent les humbles et négocient avec les puissants. Le film consacre de nombreux moments incompréhensibles pour un non chinois à la culture la plus populaire, faite de recettes de street food, de bonbons pliés par des enfants. Chacun exerce un métier ou une activité dans cette ruche anarcho-solidaire. Toute activité y est digne , de la prostituée (positive tuée) au vendeur ambulant ou au barbier, jusqu’au mah-jong métaphysique des destins incertains. Chacun travaille et c’est la digne morale de la communauté. Aucune honte à être pauvre ou marginal ou bandit mais opprobre muette vers le prédateur glouton. 

    City of darkness, 2024, un film de Soi Cheang

19 juillet 2024

IA, nous y sommes, la fabrique du monde (2)


  IA, Nous y sommes   : l’avenir s’invite dans l’aujourd’hui. (suite 2)

La fabrique du monde, le risque de devenir des usagers provincialisés



 

Certains tergiversent sur l'éthique ou sur les risques de l'IA sans se rendre compte que d'ores et déjà, le monde connu  est littéralement balayé par cette nouvelle intelligence autonome.
La médecine, l'enseignement, les mobilités , le marketing, la gestion urbaine ou la gestion des masses, la créativité intellectuelle et esthétique, la guerre, etc.. figurent  déjà parmi les domaines  travaillés, labourés par l'IA.

Bella IA découvre Lisbonne (Pauvres créatures de Yorgos Lanthimos)

 

 

 


Toujours ce train de retard des professionnels de la profession

Nous avons connu l'arrivée d'Internet avec des techniciens savants nous disant qu'on avait déjà le Minitel.

Dans les années 2010 lorsque le BIM ("Building Information Modelisation", ou plutôt "Management") est arrivé, j'avais échangé avec mes collègues géomètres de l'ESTP où j'enseignais la communication manageriale. La Fondation Louis Vuitton était alors  le premier chantier sur lequel Vinci essayait la technologie BIM. 

Lorsque j'annonçai à mes collègues que le monde du BTP allait en être révolutionné ils me répondirent avec l'assurance de spécialistes reconnus du métier que cela avait toujours existé et que ça s"appelait "l'armoire des plans" sur le chantier ou dans l'agence. Ce jour-là je pris le pari avec eux qu'avant la fin de l'année c'est dans leur agence-même ou cabinet que la pratique serait affectée par ces innovations.

La convergence de toutes les expertises du chantier, la prise en compte de la dimension "temps" et de la dimension "argent" (la cinquième dimension) dans le même espace de jumeau numérique leur échappait complètement. La mutualisation des données n'était pourtant pas simple et c'est pour cela que j'aime à traduire le M de BIM par Management plutôt que Modélisation. Céder ses expertises, ses savoir-faire ou la transparence des budgets ne va pas de soi dans un chantier aux multiples intervenants soucieux de s'arracher la valeur ajoutée en conservant leur expertise singulière.

Aujourd'hui L'IA

Qui décide du final cut ?

Le stade supérieur IA du BIM c'est que le système peut vous annoncer qu'il préconise la commande du béton aujourd'hui en fonction du cours des matières premières, de la disponibilité des camions-toupie et de la météo. L'optimalisation en termes de gestion est décisive et l'ingénieur doit être ici compatible avec la logique IA.

Nous en sommes loin car la réflexion porte surtout sur les risques, sur les pertes d'emploi ou les reconfigurations du marché générées. 

Ce qui était jusque la cantonné à des jeux de philosophie morale : 

"- Votre camion est lancé dans une pente, peut-il écraser un gros diabétique plutôt que trois enfants prometteurs ? "

"- La chaloupe de votre bateau naufragé est pleine de rescapés, doit-on jeter à l'eau un chien pour qu'ils survivent ? Oui vous rejetez le chien à l'eau  , mais ce chien a sauvé des dizaines de personnes dans des avalanches tandis que le rescapé numéro 10 est un tortionnaire sadique réputé criminel de dizaines de victimes ?"

est devenu une réalité courante pour le pilotage de véhicules autonomes : un piéton surgit sur la voie, doit-on l'éviter au risque d'un accident alors qu'il est en faute ou doit-on privilégier nos passagers ou même le conducteur propriétaire du véhicule ?  

Même actualité avec les robots tueurs autonomes : avec quel coefficient de dommage collatéral (victimes innocentes) peuvent-ils intervenir en temps réel (avec ou sans validation humaine) sur un ennemi qui apparait dans leur champ d'intervention ? 

L'intérêt du monde contemporain est que ces questions virtuelles, fantasmatiques, sont devenues tangibles, à notre main, d'un clic de souris ou d'un investissement industriel ou financier.

Une performance proliférante

L'IA générative bat n'importe quel champion de l'intellect (échecs, go, poker, etc) et on se réjouit encore que ChatGPT ait été battu par un humain (Jean-Paul Enthoven) lors du dernier bac de philo mais dès l'an prochain elle l'emportera probablement sur n'importe quel candidat.

Nous nous interrogeons sur son usage ou non mais les programmes d'IA sont déjà à la tache dans les administrations pour identifier les fraudeurs du fisc, les fraudes aux allocations familiales et dans les demandes kafkaiennes qu'elles préconisent dans les dossiers de contestation. 

Sans parler des images qui déferlent à bas bruit dans la pub et surtout celles qui se préparent pour les prochaines élections françaises et américaines.  

Sauf dans nos université d'aujourd'hui

Certaines universités du Texas (UTA d'Arlington) ou de Suisse se dotent de ressources IA alors qu'une école telle que Architecture Val de Seine Paris continue à s'en méfier (pas d'enseignement dédié en 2024).
Lors de ma récente participation à un jury de fin d'études à l'instigation de ma talentueuse collègue Sylvia Lacaisse, une étudiante (Elisabeth Coppens)  a ainsi fait part de son expérience texane.

Images produites chez ZHA (agence Zaha Hadid), Londres- une part croissante des propositions y est issue du dialogue IA - Midjourney

 

L'IA a aujourd'hui trois fonctions-ressources dans certaines agences d'archi américaines :

  • dans la phase de conception, elle défriche et propose des vues précises à partir de concepts dialogués avec l'architecte. Dans ces esquisses, il y a un retour de formes ornementales que l'architecture française notamment avait peu à peu négligé jusqu'à  aboutir à  des parallépipèdes avec n'importe quel matériau, béton, bois ou pise.

  • Dans la phase de présentation client l'IA offre des vues en situation d'implantation, en mouvement chronologique, à 360.

  • En phase construction, notamment combiné avec l'impression 3D, on dispose de capacités de process très opératoires (matériaux locaux, sourcés, modularisation, etc) ou innovantes tels que le tissage de cables aériens de soutien  par des drones.

    Nous voici donc dans un monde qui agence ces Intelligences Artificielles au service d'une domination par quelques castes humaines. Il serait temps d'intégrer ouvertement (en transparence publique et avec sanction très forte en cas de dissimulation ou manipulation) ces nouvelles présences.

 


18 juillet 2024

IA, nous y sommes, l'avenir s'invite dans l'aujourd'hui (1)

 IA, Nous y sommes   : l’avenir s’invite dans l’aujourd’hui. 

Laurent Briard, cavalier de chimères


 

La fabrique des images, un dialogue IA/Laurent Briard

Certains tergiversent sur l'éthique ou sur les risques de l'IA sans se rendre compte que d'ores et déjà, le monde connu  est littéralement balayé par cette nouvelle intelligence autonome.
La médecine, l'enseignement, les mobilités , le marketing, la gestion urbaine ou la gestion des masses, la créativité intellectuelle et esthétique, la guerre, etc.. sont déjà travaillées, labourés par l'IA.
La question reste «  que produit de spécifique réel ce dialogue entre l'humain et le neuronal non-humain ? »

L'exemple par l'art de Briard.

Les images courantes proposées par l'IA sont plates : « réalistes, magnifiquement éclairées, peaux douces et censées faire rêver », des images marketing qui cauchemardent le désir vulgaire. 

Miaou fait Monop et la fabrique IA est écrite en petit dans la marge

Pourtant elles augurent également de mondes virtuels de réelle fiction. A condition d'être issus de dialogues avec des artistes ou des créateurs.
Lorsque Laurent Briard les accouche , elles existent sans se prétendre réelles , une lumière à la Alexandre Trauner nimbe leur noir et blanc et dramatise les visages.

Rien de ce qu’on y voit ne se prétend réel. L’artifice s’y exhibe et c’est ainsi que l’étrangeté nous emporte.
Le chemin par lequel ces images nous viennent est un chemin d’écriture. D’écriture dialoguée. Ici qui ne sait dialoguer n’obtient que du plat sommaire.
Des “prompts” rédigés tels des scripts Baudelairiens déroutent la machinerie et lui font proposer des interprétations, des malentendus d'aventure qui surprennent et emmènent plus loin, vers le mystère.
Au fil des échanges le créateur déploie, accouche d'un monde et l’emmène plus loin. Il n'y a pas d’erreur, seulement des propositions.


Authentiques Chimères 

Une machine l’a produit en s’accordant avec un humain. La production apparaît donc dans un espace ni tout à fait artificiel ni tout à fait réel. Un nouvel espace intermédiaire , reconnaissable à sa perfection , à son « déjà vu » et à sa mélancolie citative. 

Portrait chimérique aux poissons -Laurent Briard et son IA.



La rencontre du singe de Meliès sur la Tour Eiffel préfigurait déjà King Kong sur l’Empire State Building et ces rencontres Lautréamonesques se démultiplient aujourd'hui par l’IA. Mais ces nouveaux collages restent pauvres si l’on n’entre pas en dialogue profond, respectueux, intense (un Duolingo chapitre 10.0 ?) avec l’intelligence générative.  

Laurent Briard parvient à ces images en écrivant vers la machine les descriptions des images qu’il pressent. Écrire à la manière d’un critique qui évoquerait une image. Traitant cette description, l’IA interprète et visualise à partir de l’infini de ses données acquises et qu’elle recombine algorithmiquement. Sans dialogue l'IA n'ajouterait donc qu'une conformité statistique. Mais si elle converse avec un humain assez obsessionnel pour la suivre dans ses malentendus et assez affuté pour la relancer à partir de ses parti-pris esthétiques, alors apparaît un monde aussi inexistant qu'un rêve mais avec sa signature tangible d’auteur créateur. 

Laurent Briard, A la foire du monde


Recombinaison et pluralité des sources : on la lance sur la piste de Dürer commenté par Huysmans. Ou à  partir d’un portrait de Virginia Wolf puisqu'on ne peut pour l'instant introduire le portrait de sa copine car elle est inconnue du grand public.
Alors  l’accident , le malentendu produisent des réinterprétations nouvelles.


Un basique script de cinéma

Morceaux de peu, rencontres hasardeuses :  la base de données originelle  recycle le célèbre , le populaire et le reconnu. Que de l’authentique en input mais pourtant à la sortie un fake très suspect et troublant.
L’ambiance est d’une certaine mélancolie car tout y a déjà été dit , en citations redondantes et dans une sorte de silence des espaces infinis. Il y a ce silence mélancolique des séries de Cindy Sherman , redoublé lorsqu'on traite en noir et blanc luisant. Probablement ce monde dix- neuvièmiste futuriste qui apparait dans le film "Poor things, pauvres créatures".

« Le Système est prude ». Pour l’instant il est difficile de faire apparaître du nu par des scripts explicites. La ruse consiste à passer par une Naissance de Vénus de Boticelli pour accidentellement créer du nu. Gageons cependant que l’industrie pornographique qui a toujours récupéré les innovations (streaming, profilage des clients, micropaiement, etc) va trouver bien vite comment répondre I-artificiellement aux fantasmes du jour et de la nuit.


Nouveaux oracles

Jouer contre Alpha Go c’était déjà accéder au dialogue avec la divinité du Go commentait Lee Sedol le champion du monde coréen (9eme Dan) de l’époque.  Les coups étaient  imprévisibles, résolus sur 40 mouvements décousus mais fatals.
L’IA propose la même illusion réelle : une inépuisable et vaine fabrique autistique de l’image que seuls quelques  esthètes littéraires, eux-mêmes obsessionnels de leur univers,   sauront apprivoiser créativement. Laurent Briard est l’un de ces cavaliers de chimères.



24 juin 2024

D'une époque passionnante à la régression glaciaire

 



1939- Quand Molotov, Ribbentrop et Staline, en civil, levaient
un toast à la dictature sur les démocraties


L'époque

S'incarner en cette époque est passionnant : toutes les questions fondamentales y sont posées, avec leurs réponses ouvertes. Qui sommes-nous ? Que voulons-nous ?

Des expériences qui étaient jusque-là réservées aux dieux nous sont possibles : manipulations génétiques, métamorphoses sexuelles, ubiquité des communications, mémoires augmentées, et autres IA. Evidemment nous n'y sommes pas prêts et ca n'est pas si nécessaire mais une nouvelle anthropologie surgit, sans l'innocence vernienne du XIXeme ou des années 50.


Psychodrame français

Pourtant les dernières semaines françaises menacent cette installation dans l'époque et orientent plutôt vers une régression dangereuse, celle des années 30 qui se radicalisait dans  l'affrontement entre bolchéviques et fascistes. Pas de place en ces temps-là pour un humanisme de conciliation et de démocratie.

C'est ce qui menace ici et maintenant. Sur un coup de tête (ou de menton) le président qui devait faire baisser le Front National lui remet les clefs du royaume, met en jeu les trois années de mandat qui lui restaient et risque donc une obstruction fatale à tous ses projets et le blocage européen.

Front Populaire quel programme ?

Le mythique Nouveau Front Populaire est un sursaut très intéressant (de Glucksman à Ruffin-Autain) mais « être contre le Rassemblement National » n'est pas un programme, ce n'est qu'une position. Si l'on veut récupérer les ouvriers, les communistes passés chez Le Pen, proposer en première mesure d'annuler la loi immigration , c'est se tirer une balle dans le pied. L'insécurité populaire (celle du peuple qui n'a pas d'ailleurs..) , prise en étau entre des medias indulgents sur les désordres et leur déni de responsabilité pour ne pas être suspecté de racisme, verra dans cette urgente mesure  une aberration d'autorité. 

D'un autre côté , à ceux qui se projettent dans un centre gauche de gouvernement, le rétablissement de la retraite à 60 ans est une folie démagogique. On est actuellement souvent jeune à 60 ans et la moitié des pays européens ont équilibré la hausse démographique des seniors, la diminution des actifs par un relèvement du départ, à corriger bien sûr dans les situations de pénibilité.

Le Rassemblement National, machine à découdre

Le Rassemblement National se présente tout démocratique et bien élevé mais dès l'élection remportée, leurs dirigeants  se verront doublés sur leur droite extrême qui posera sa surenchère. Et surtout ces gens-là ne rendront pas le pouvoir : ils ne travaillent pas avec des opposants ou des différences mais entretiendront leurs réseaux, leurs financements, leurs cooptations dans une exultation de revanche et de puissance.


Télescopages des temporalités 

Trois semaines c'est trop court pour débattre et dynamiser de nouveaux gisements électoraux, surtout dans une époque de perte de conscience historique. Les derniers témoins des grands engagements et catastrophes disparaissent et l'époque politique se vit de plus en plus comme une sorte de jeu video avec les bons et les méchants  et des aboutissements à la vitesse des clics : une ou deux nuits et on y est. 

Alors que les guerres en cours par ceux qui ne peuvent pas les perdre montrent que le temps long est une réalité durable. 

Bilan carbone de l'amour et de la guerre

L'écologie ? Inaudible.. trop couteuse et trop gentille. Les oiseaux migrateurs se détournent de l'Ukraine.. Et alors ? Le danger nucléaire y rode.. et alors ? Il y a deux domaines dans lesquelles personne ne va s'intéresser au bilan carbone : la guerre et l'amour.   


Nous n'allons tout de même pas devenir royalistes ?

Ces semaines entreront dans l'histoire pour la jeune génération, surtout en cas de défaite de la démocratie et il est probable que ces élections battront des records de participation.

Mais si elles produisent un désastre ce sera à désespérer de la démocratie.

12 novembre 2022

Nous aurons la peau des oiseaux

 




 

Une fois par semaine le dimanche sur l’île de la Cité à Paris des fleurs, des pépiements, nous signalaient le marché aux oiseaux.

Occupation vaguement désuète entre philatélie et circuits de trains électriques mais une présence explicitement vivante dans leurs cages : des oiseaux par dizaines, voletant et sifflant.

La fragilité, la délicatesse et la beauté à portée de porte monnaie.

Un modeste contrat relationnel avec la beauté de la création. De petits êtres sur qui veiller.

Mais au nom d’un essentialisme de la protection et de la souffrance animale, quelques législateurs et militants ont décidé de mettre fin à ce commerce à ciel ouvert qui permettait pourtant traçabilité et contrôle afin de purifier la ville de toute souffrance animale. Cette purification est en fait mortifère : elle gentrifie, aseptise et isole le monde urbain.

Prochaine cible, à laquelle souscrivent évidemment tous les promoteurs avides d’espace : les zoos où « souffrent » quelques tigres, éléphants et alligators.

Avec leurs apparentés oiseaux, ces ambassadeurs du vivant sont pourtant,  avant tout les témoins d’un autre monde avec lequel nous coexistons. Leur regard et leur ramage nous rappellent certes la douleur de l’enfermement mais aussi l’existence, réelle ou rêvée, d’un autre monde.

Croiser le regard de Nénesse au Jardin des Plantes ou contempler deux  inséparables dans leur volière, c’est constater l’ensemencement possible encore du monde par le vivant des espèces, même au prix d’une souffrance individuelle.

Je propose de porter au débat participatif parisien la fermeture de ce marché.