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28 décembre 2025

Le passé ne nous condamne pas, à nous d'en tirer une orientation de sens, l'enseignement de Viktor Frankl

La Vienne des années 20 et 30, les profondeurs de la psyché

 Si Freud a découvert dans la Vienne impériale finissante le vertige de l'inconscient et la puissance du refoulement, le travail psychanalytique de remontée vers l'origine traumatique a montré pour certains les limites d'action. 
Victor Frankl, toujours à Vienne, après s'être fait exclure de la première société de psychanalyse freudienne puis de la seconde, initiée par Adler a développé une psychothérapie passionnante qu'il a nommé logothérapie. Le principe qui me paraît très contemporain et activable dans le coaching est que « nous ne sommes pas définis par ce qui nous arrive mais par ce que nous en faisons, notre attitude envers notre passé », notamment par nos décisions. 
Frankl , d'origine juive est resté en charge d'hôpital psychiatrique à Vienne, notamment à l'hôpital Rothschild, jusqu'en 1942.
 

Une théorie de la résilience

Dans cet hôpital il travaille notamment sur le suicide des jeunes et des femmes, avec pour perspective dans cette époque de grande précarité matérielle et existentielle « de dessiner ce qui permet de retrouver l'équilibre ». 
Sa conviction fondamentale est que le passé en soi ne détermine pas ce que nous sommes et ses conclusions tiennent en trois principes : 
- notre structure personnelle conditionne la traversée des épreuves
- quelle attitude envers le passé développons nous au présent 
- notre validation de la possibilité d'un futur partagé.

 

L'expérience personnelle du désastre

En 1942 son poste de médecin ne le protège pas de l'assignation juive et toute sa famille est déportée à Theresienstadt, lui-même ayant laissé expirer son visa pour les Etats-Unis afin de ne pas quitter ses parents qui n'en bénéficiaient pas. C'est dans ces conditions infernales qu'il met à l'épreuve ses convictions philosophiques et méthodologiques.
Seule une de ses sœurs parviendra à fuir vers l'Australie. Sa femme enceinte , ses parents, son frère périssent dans les camps, Frankl veillant lui- même sur  l'agonie de son père à Auschwitz. Il y réécrit entièrement le manuscrit perdu de son livre et survit en visualisant durant les pires épreuves ce dont il témoignera plus tard pour que cela serve à d'autres.
Il revient ensuite à Vienne et y développe donc ses travaux dans cette même continuité de la résilience : en toute situation on peut ne pas rester défini par la blessure et choisir de tenir fidélité à ce que nous sommes appelés à être. L'ancrage d'un sens par  l'action, vers soi, vers les autres, à humble ou dérisoire moyen , dégage le degré de liberté minimal qui maintient le projet de vivre. 
Au moment du cinquantenaire de l'Anschluss en 1988, sa communication porte sur la nocivité du thème de la culpabilité collective pour les jeunes générations.
Son poste de directeur du département de neurologie pendant 25 ans lui permet de diffuser dans le monde entier sa vision d'une dimension noologique (spirirituelle) propre à chaque être humain et qui déploie les pouvoirs de l'esprit.

La tragédie du Sida, quand rien ne semble rester que l'horreur

Lorsque l'épidémie de Sida survient, plusieurs jeunes malades sont atteints et apparaissent vite condamnés par la maladie. Drogue, hypersexualité amène ces très jeunes gens à une mort précoce, de l'ordre de quelques mois. Dans la méthodologie Franklienne, il est proposé aux patients d'une unité dédiée de peindre une icône de leur vie, symbolisant leur passage et de la remettre à une personne de leur choix après leur mort. Un ami, un parent, un membre du personnel de l'hopital..
Durant ces douze mois, en dépit des comas, des lassitudes ou des crises, tous ont terminé cette icône avant de mourir et en fin de vie, tous ont eu une mort plus paisible, avec moitié moins de médications anti-douleurs que les patients d'autres unités.

Un guide de vie

Frankl toute sa vie éprouve le vertige et pourtant "grimpe vers le haut".
A 68 ans il passe son brevet de pilote.

 

« Le passé, ce que vous avez affronté, ceux que vous avez aimés, les conquêtes mais aussi ce que vous avez enduré avec courage et dignité, aucun pouvoir sur terre ne peut vous le prendre » répond t-il à l'alpiniste Reinhold Messner qui lui demande comment affronter  le déclin d'une carrière.

C'est en cela que le coaching peut orienter vers le dépassement : nous ne sommes pas prisonniers du passé, ni des blessures. Il nous appartient de l'orienter vers un futur assumable et partageable.  Le coach est cet éclaireur.. 

Viktor Frankl Museum Wien, Mariannengasse 1, Vienna, Autriche


5 novembre 2024

L'intérêt de la mixité, même en guerre

Alors que la guerre en Ukraine fait se lever une nation, des femmes intègrent des unités militaires.

Un récent reportage, Les sorcières de Boutcha, de Veronika Dorman, paru dans Libération du 26 septembre, raconte l'intégration de femmes dans une unité chargée de détruire les drones russes. Alternance de journées d'engagement et de vie civile, formation, veilles nocturnes, actions,  cette unité ukrainienne explore de nouvelles formes de management de ces recrutements.

L'un des plus notables tient dans le mode de formation et d'intégration. Un officier présente ainsi une spécificité de ces groupes : "Le commandement ne peut se faire en criant, en insultant ou avec des propos obscènes sinon elles le prennent mal et font la gueule. Sinon elles veulent bien faire et apprendre vite et ne se prennent pas pour des héros". Voilà un officier qui élargit son management et qui se trouve formé par ses recrues.

Ailleurs : unités mixtes combattantes de Tsahal

 

Il parlera sans doute différemment à ses jeunes engagés masculins qui ont quitté  boulot et famille pour participer à l'effort de la nation. 

La mixité fait avancer le monde. 

Libération 26 sept - les sorcières de Boutcha 


2 octobre 2024

Everest, Inoxtag - Le temps retrouvé

Kaizen : Inoxtag a plié le game et on vous explique comment - Afffect Media
Pas à pas, la montagne va lui apprendre le vertigineux présent

 

Un petit mot  qui s'ajoute aux 35 millions de visionneurs du film d’Inoxtag en quinze jours. Ce jeune homme de 22 ans, assuré de son million de followers se fixe en 2020 un nouvel objectif de « ouf, frère, bro »  : grimper l’Everest dans un an.
Le récit-film qu’il en tire est passionnant : le jeune homme pressé, avec sa vie exténuée de malbouffe , de mal dormir, de mal vivre, d'instantanéité du temps s’engage à (essayer de) gravir la plus haute montagne émergée , l’icône des records : l’Everest.
Et, bien sûr, c'est très autocentré (c’est un youtuber) en go pro, en selfie, suivi par d’acrobatiques cadreurs et des drones asservis et il fait le récit, souvent en live, de ses efforts, préparations, enthousiasmes mais aussi de ses doutes, appréhensions et grandes peurs.
Et le voici, dans ce temps luxueux d’une année -une éternité au regard de ses journées de boulimie on line- écouter son corps, choisir des compagnons coachs , guides, sherpas. Il bascule peu à peu dans la transmission humaine, de main à main sur arrière plan de nature.
L’Everest qui n’était qu’une image (la très belle montagne du générique d'ouverture n’était pas l’Everest mais le Ama Dablam, un autre sommet népalais ) devient peu à peu une présence mythique qui s’approche, se dérobe et se concilie.

 

L'humilité et le respect de la montagne

Plus même que l'effort consenti , soudain le tempo s’étire : lent GR 20 des dénivelés radicaux, aubes glaciales des sommets alpins, longues marches d’approche himalayennes.
L’arrivée à Kathmandu avec ses vaches errantes, son trafic chaotique tout ça le ravit, en réaction live in the box.
Puis ce sont de longues marches, découvertes du haut pays, sourire, réserve, humilité des guides et sherpas. Doigts perdus, engelures et dizaine d'ascensions parce que c'est ainsi qu'on fait vivre sa famille.
Inoxtag descend sur terre en l’arpentant , en perdant du temps, celui de l'attente et des fenêtres météo, réduit presque complètement ses posts et messages. Et découvre la folie, le business des expéditions. Encombrements sur les cordes fixes, oxygène dopante qu’on se vole, montagnes de déchets.
Chaleur des rencontres dans les tentes , pisses nocturnes et diarrhées monstrueuses , Covid insidieux, personne n’échappe aux vicissitudes de l’altitude des confins.
Peu à peu , Inoxtag s’humanise, rit moins , devient chaleureux. Il comprend qu’il s’agit moins d’un exploit que d’une quête.
Il y a un pouvoir de la montagne : un des deniers espaces de liberté où la responsabilité peut devenir intime.
 

 Décider par soi-même

On y va, on n’y va pas ?
On peut, on ne peut pas?
La météo ouvre quelques portes mais au final c’est le grimpeur qui personnellement décide.
La plus belle réplique du film, celle du compagnon skieur, « arrête avec ta gorge, arrête de t’écouter. On va faire ce qu’on sait faire : avancer d’un pas puis l’autre. Et continuer. »
Immensités, verticales interminables et crevasses gigantesques. Avalanches et chutes de sérac aléatoires où chacun, expérimenté ou débutant est soumis au même sésame de la montagne. Présence de la mort, accidents et cadavres anciens.
Dans les épreuves, on se synchronise souvent avec des proches. Ils nous accompagnent dans les moments de dépassement et ils sont parfois destinataires de l’ordalie.
Inoxtag étant peut-être trop jeune pour impliquer ses enfants et un peu solo pour se raccorder à une âme soeur, celle des ultimes messages de Rob hall ou Scott Fisher lorsqu'ils approchent de leur fin perdus dans la zone des 8000, c’est pour lui une reconnexion à ses parents qui va se mythifier intimement au cours de sa quête.
Quête finit par la ferveur et le silence..

Bien sûr tout est critiquable et critiqué, relatif et ambigu, grassement produit mais le récit , la découverte des espaces et cultures du monde lointains, la question du risque ultime, la mutation du bonhomme sont indéniables et touchants. Le télescopage entre le virtuel et la réalité, entre l'ego et le collectif, entre l'hyper-individu et son environnement s'y manifestent.
Les drapeaux de prière qui apparaissent de plus en plus dans le cadre ont éclairé l’âme du youtuber.
Lha Gyal lo !

Sur Youtube : Kaizen, d'Inoxtag https://www.youtube.com/watch?v=wrFsapf0Enk



23 juillet 2024

Savoir renoncer change le jeu

Trop âgé pour tenir cinq ans mais assez pour devenir un vieux sage expérimenté

Une longue guerre d'usure incertaine

Certains renoncements peuvent ouvrir des mondes. "Quand une porte se ferme, un portail s'ouvre" dit-on en Italie.
Le Président Joe Biden  traverse depuis plusieurs mois une phase d’incertitudes très éprouvantes : envie de rester, envie de faire obstacle à Trump , servir son pays, se laisser convaincre par son cercle d’influence qui aimerait bien continuer à l’influencer. Ses inquiétudes étaient quotidiennes, sur les attaques , la bagarre, sur ce qui pouvait survenir , devoir traverser cinq fuseaux horaires, faire face à une guerre. Mais aussi s’inquiéter de l’irrémédiable dommage des années qui viennent. En forme (a peu près ) aujourd’hui mais dans quel état public dans deux ou trois ans ?
De quoi couper le sommeil au bon vieux Joe.

 

 Une nouvelle posture pacifiante

Heureusement, de cessation de dons en conférences calamiteuses difficiles à surmonter, de confusions de noms en malaises récurrents, Joe Biden, en réponse immédiate à la grâce divine qui a frôlé et rajeuni son concurrent Trump , a renoncé à sa candidature.
Du coup, l'opportunité s'offre à lui de pouvoir terminer en réelle beauté, en sage grand père , à présenter son bilan réel, à raconter l’Amérique telle qu’elle peut être belle, confiante et ouverte, à tenter d'apaiser  l'âme brisée des États Désunis et propulser Kamala Harris en prestigieuse héritière.

Privilège de l'âge, dépasser le temps présent


Ce renoncement lui ouvre ainsi une nouvelle phase historique, celle qui pourrait participer du mythe et échapper à l’obsolescence qui s’annonçait.

Renoncer c’est parfois gagner sur l’essentiel.


12 juin 2017

La mixité dans le leadership : vecteur de performance et d’accomplissement pour les jeunes générations ?

La grande question stratégique (RH et prospective) aujourd'hui est celle du "nous " : qu'est-ce qui nous tient et nous anime en tant que communauté de projets ? L'enjeu est celui d'une intelligence collective qui repose sur la collaboration entre des individus irréductiblement, vertigineusement, différents. Parmi ces différences, l'une essentielle tient aux polarités hommes / femmes.

Notre contribution en tant que consultants, coachs, consiste donc à poser des repères de différenciation dans des situations telles que celle du risque, de la représentation ou de la valeur ( donc la rémunération par exemple ). Nous n'en sommes plus à la déploration des rapports de force même si des situations d'humiliation ou de discrimination subsistent mais plutôt à la manière dont le management et les stratégies RH peuvent s'appuyer sur ces moments de différence pour élaborer de la performance collective.

C'est le sujet de ma contribution (écrite à quatre mains avec Axelle Lofficial) à l'ouvrage publié par les Éditions Management et Société  "Réinventer le leadership".
Cette contribution "experte" questionne  "la mixité dans le leadership comme vecteur de performance et d’accomplissement pour les jeunes générations ». En voici un extrait :
 « Le leadership contemporain : une voie, pas un savoir"
 A la manière d'un art martial, l’exercice du leadership est constamment et humblement renouvelé. Lucidité sur soi, intuition de l'autre, vision stratégique, soutenir la communauté de projet sont les leviers de cette légitimité. Cela suppose une vigilance sur soi, le questionnement collaboratif, l'écoute de celui qui n'a pas tous les pouvoirs (subordonnés, autres cultures, clients, fournisseurs, etc.) et la loyauté confrontante envers les partenaires de pouvoir (présidence, hiérarchie, concurrents, etc..). Le leadership n'est pas une affaire individuelle mais un registre éthique et performant de la communauté en actes. Dans le moment historique qui est le nôtre, cet horizon de la communauté de projet se fait sous contrainte sociale : suspicion d’intellectualisme, incertitude des prospectives, feuilletage des cultures, introduction des non-humains dans l’espace de décision (intelligence artificielle, robotisation, agents virtuels de communication) ou encore prise en compte de l’empreinte environnementale mais il n’y a pas d’autre chemin pour garantir nos avantages concurrentiels et il incombe au leader d’interpréter le complexe. L'espace de progression se gagne sur le terrain de la communication managériale et dans des séminaires dans lesquels la parole circule et les représentations s'interrogent. Alors le leadership, dans le moment historique qui est le notre devient ce qu'il doit être : un art ».

En lire plus :  Réinventer le leadership - Ed. EMS - 34 €
 

15 décembre 2016

Quand une association renouvelle le management !

Chaque organisation est un « entreprendre » et les associations témoignent souvent de cette dynamique créative.
On entre plutôt en association sur la base d’un projet, d’un engagement que pour devenir manager. Pourtant, au fil de la durée, c’est bien par le management que l’association garantit son déploiement et la pertinence de sa vision.
Bien loin du vieux refrain inquiet : « comment font-ils dans le privé ? Comment faire en entreprise ? », nous amenons nos associations clientes à identifier, à déployer fièrement leur management spécifique et aujourd’hui c’est plutôt le monde « marchand » qui s’inspire des cultures managériales associatives. Comment anticiper, "performer", partager, en se dédiant à une mission, à des destinataires, tout en agrégeant des bénévoles, des salariés, des adhérents, des partenaires, dans une économie de moyens rudimentaire ? Cet enjeu de performance fascine les entreprises.

A ce titre nous sommes fiers et heureux du chemin parcouru par notre client Afile 77, association de l'ESS et partenaire de l'ADIE et de France Active, qui, au fil de nos années d’accompagnement a su bâtir une telle ressource managériale. A chacun de nos « chantiers » avec cette association dédiée à l’initiative économique de porteurs de projet, nous nous demandons ce que cette fois-ci nous allons pouvoir défricher ensemble et chaque fois nous constatons sa formidable capacité d’innovation et de réappropriation de nos suggestions les plus créatives :-).
C’était de l’ordre du sentiment mais depuis novembre 2016 c’est un constat car Afile 77 vient de recevoir le Prix pour l’emploi de qualité, décerné par Le Mouvement associatif, l’UDES et Chorum, acteurs de l'intérêt général.

Prix pour l'emploi de qualité, plus d'infos ICI 

Afile 77, plus d'infos ICI

4 septembre 2014

Valérie est sortie du Loft...

et refuse de signer le certificat de bonnes dispositions.

Toute poubellication ne mérite pas lecture
Donc Valérie est sortie du Loft et pas contente de la production, nous déballe ses états d’âme. Dans une sorte de livre puisqu’il se dit qu’elle "est" journaliste. Ici, nous ne le lirons pas, nous ne l’achèterons pas mais l’actualité de cette publication est instructive.
A titre documentaire, en ethnologue, nous pourrions le lire, bien plus tard, comme nous lirions un journal intime exhumé d’anciens documents familiaux mais nous nous contenterons des extraits et commentaires. De même que le petit ouvrage de circonstance de Marcela Iacub pouvait se lire en 10 minutes debout dans un rayon de librairie, avant d’acheter Saint-Simon ou un recueil de nouvelles d’Alice Munro, ouvrages autrement plus précieux sur la construction d’une vie ou la tension entre vie publique et vie intime.

L’outrage et la faiblesse


Du point de vue des affects, tout est compréhensible et femme outragée (se sentant outragée) a tous les droits (donner des coups de sac, pleurer dans un micro, prononcer des phrases définitives, hors protocole, refuser de répondre à certains sur certains sujets, aller où on ne l’attend pas, etc.) mais ce ressentiment durable, exprimé à froid (un livre ça se décide, ça s’écrit, ça se relit) pendant le temps de la présidence ne la rend pas plus sympathique du tout et sape sciemment ce qui reste du corps symbolique de la représentation nationale. Que son compagnon se soit montré "faible", lui ait manqué d’égards, lui ait menti et soit englouti par sa fonction (sa charge, symbolique et protocolaire) peut être indéniable mais, la pauvre ingénue ne s’en doutait-elle pas ? Elle s’était pourtant elle-même présentée comme mieux préparée que Carla Bruni la chanteuse par son métier de journaliste, plus fringante que Ségolène et durablement verrouillée sur le président normal. Eh bien au final, il restera que Carla a fait l’opération inverse (elle est rentrée dans le Loft et continue à chanter un peu) et Ségolène reste aux manettes de la production centrale iconique.

Être Certifié par ses proches ? (une pensée pour Hegel disant qu’ « il n'y a pas de héros pour son valet de chambre »)

Puisque nous élisons à présent des personnalités et non pas des programmes, je propose que les compagnes, compagnons, référents d’un(e) candidat(e) répondent dorénavant (comme ils le veulent mais nous lirons tout, dénégations, fausses admirations,  innocences touchantes, novlangue des rewriters) à un questionnaire sur les qualités du candidat. 

Je propose de même que tout aspirant coach doive produire pour sa certification un document, non pas de moralité, mais de bonnes dispositions à l’écoute, à la conciliation et au déploiement de talents dans sa vie personnelle. Et peut-être ces certifications-là seraient-elles bien ardues à obtenir... Que ne faudrait-il pas de preuves, d’attentions, de circonvenues pour obtenir le précieux document ?

Dans le même esprit,  je pense que la mince défaite de la candidate Ségolène Royal peut aussi en partie s'expliquer par un simple mot que son (prétendu) compagnon d’alors n’a pas pu prononcer : « Je connais bien cette femme. Votez pour elle ! »

2 septembre 2014

Entre gestion des personnalités difficiles et clarification managériale : le cas Montebourg, Hamon

Alors voilà. On est un dimanche. On tombe la cravate, on se met à 2, plutôt poids lourds du gouvernement et bonne cote de popularité et on exprime sa liberté de parole à propos de l’orientation économique du gouvernement. Est-ce possible ? La réponse managériale est « non ». 
Benoît Hamon le paye cher, il ne pensait certainement pas engager son poste dans la balance à une semaine de sa première rentrée scolaire mais au contraire, M. Valls en virant les 2, montre que ce n’est pas un problème de personne (l’ombrageux incontrôlable Montebourg) : mais bien un réglage de communication (on peut tolérer l’impertinence managériale en interne, à condition qu’elle ne se manifeste pas publiquement). C. Taubira, qui un peu plus tard, se montre (comme toujours en vélo, comme le signalent les journalistes, en train de lui préparer un futur storytelling ) présente auprès de députés frondeurs, se garde bien de faire des commentaires au-delà de ses prérogatives. Intelligence de la situation : elle ose se montrer, en femme politique indépendante et courageuse, mais pas stupide, elle maintient sa solidarité gouvernementale.

A. Montebourg, sympathique trublion, a pensé que sa force le protégeait, ainsi que son otage Hamon. Erreur d’appréciation ou fatigue des grands écarts, en tout cas trop tôt pour peser dans les recompositions électorales...  Pour B. Hamon, erreur d’agrégé mal-communiquant. 
S’ils avaient été maintenus, que n’aurait-on pas daubé la faiblesse de l’exécutif  et les couacs dans la lisibilité des orientations politiques ? 

Moralité managériale de la semaine : mieux vaut être craint que plaint.

13 novembre 2013

Le management collaboratif pris au mot par l’Artiste

La 55eme Biennale de Venise a récompensé par une Mention Spéciale Abstract speaking‐sharing uncertainty and collective acts, un ensemble d’œuvres de Koki Tanaka qui, en réponse à l’intitulé Il palazzo enciclopedico développe une approche incertaine et précaire de la connaissance reposant sur l’établissement d’une communauté minimale. C’est une métaphore de ce que j’appelle « l’entreprendre » : une communauté de projet qui s’établit ponctuellement (le temps du projet) et humblement (en bricolant avec l’existant humain, pas forcément avec les meilleurs du monde et pas forcément avec tous les moyens).
Koki Tanaka, dans la mémoire de Fukushima, "tsunamée" puis radioactive, doublement submergée par le destin naturel et l’impéritie humaine, propose de ré-établir du commun à partir d’actes élémentaires (notamment son programme Precarious tasks). Ceux-ci sont intimes et partagés, tels un sommeil raconté ouvrant sur des rêves mis en commun, un échange sur les noms de famille qui sont les nôtres tout en dînant de rations de survie pour réfugiés de Fukushima.
Plus managériaux, les réflexions sur le collaboratif inventent des tâches nécessitant concertation : jouer du piano simultanément à 5, mais surtout la performance visant à faire réaliser collectivement une coupe de cheveux sur une personne par 9 coiffeurs.

Koki Tanaka, Hairdressers
Réalisé à San Francisco, avec des coiffeurs professionnels de diverses origines culturelles, l’exercice est un condensé méthodologique de management collaboratif : mise au service du modèle (on débute par un dialogue à propos de ses rêves, de son moment de vie), débat à la table autour des possibilités et propositions, dessin de l’architecture générale, passage à la réalisation avec délégation des interventions, corrections en temps réel, réactions du client, indices du plaisir chez les coiffeurs intervenants, puis célébration de l’aboutissement. Le collaboratif s’y avère à la fois productif, à construire, inédit (non prédictible dans sa forme), au service d’un projet-client, et nécessairement méthodologisé par des temps de médiation. J’ai d’ores et déjà mis au programme de mes formations managériales ce petit bijou de bricolage collaboratif accompli.
Vous pouvez voir/revoir son travail en cliquant ici

9 avril 2013

Cahuzac, le désastre de l'astre


Peu d’hommes touchent à ce point d’unanimité, dans l’appréciation lorsqu’il était ministre délégué chargé du budget, dans l’indignité lorsqu’il s’avère « mentir par où il prêche ».
A ce point d’assentiment, ce n’est plus un fait divers mais un destin d’époque.
Sur le fond, sur la mise en scène, la messe est dite : l’homme politique est fini, l’homme privé n’est pas tiré d’affaires. Il lui faudra payer la faute et inventer une suite, changer de secteur, de pays ou de nom.
La question qui m’intéresse ici n’est pas comment a-t-il pu faire cela mais plutôt comment n’a-t-il pu le défaire ? L’hypothèse que j’avance, c’est qu’il ne pouvait le défaire car cette transgression, cet impossible qu’il s’était concilié, était probablement le secret noir de son aura publique.

1. Premier point : les sommes qu’on évoque (de l’ordre de 600 000 euros) ne peuvent s’oublier, même pour un riche chirurgien. Cela ne s’est pas gagné sur un coup, brutalement mais lentement, au fil des ans. Il a donc vécu constamment dans cette connaissance, tous les choix décisifs qu’il a pu faire ont probablement sollicité cette dimension : la vie privée, les rêves d’acquisition, la transmission de patrimoine, la possibilité d’un investissement, ou même une suspension d’activité. Cette ressource secrète, dont il ne semble pas avoir disposé (mais nous apprendrons – car tout se saura –  qu’il y a peut-être eu recours dans des moments décisifs et qu'il l'a probablement longtemps alimenté) ne peut être oubliée. Intouchée, elle permet le rêve, l’assurance que tout est possible et rappelle à son détenteur sa vérité de singularité.

2. L’avantage de la singularité

Le sourire de l'insaisissable
Lorsqu’on entre dans une assemblée régie par une norme, celui qui à l’évidence ou en fin de compte ne la respecte pas est soit le dernier, soit le premier. Une figure du véritable pouvoir est de transgresser les règles qu’on a fait reconnaître à la communauté (chasteté mystique parmi ceux qui sont invités à faire famille, tenue de vieux radin parmi les riches qu’on a fabriqué, blouson de cuir du PDG au milieu des costards, etc). Plus encore, celui qui se sait dépositaire d’une telle différence ou transgression y puise grande force. Pour son interlocuteur il est toujours insaisissable : sa force constitutive dans le conflit, la négociation, tient de ce qu’il se sait parfaitement inaccessible par l’autre. Il n’y a pas de meilleur commissaire qu’ancien voyou, pas de plus grand saint qu’ancien pêcheur (en chaire à midi, en tentation de 5 à 7, en flagellations ferventes à minuit). Pour un Cahuzac, l’honnête homme est un naïf qui ne connaît pas la réalité de la vie, le resquilleur avéré ou avouant quelqu’un qui a raté sa vie. Cahuzac, dans l’affrontement n’a jamais douté de lui car précisément il lui paraissait couvrir tout le champ des possibles, jamais là où on aurait pu le fixer : intellectuel mais boxeur, financier et politique, riche et de gauche, médecin et député, imposant la règle budgétaire mais s’en foutant éperdument. Un type très fort donc. Qu’on se rappelle la délectation des négociations budgétaires avec tous les ministres du gouvernement ou, rendez-vous étrange, sa longue confrontation avec Mélenchon. Le sourire et le punch de Cahuzac face à un Mélenchon surjouant l’outrage mais ne pouvant percer le cuir de son adversaire. Pour le coach, la compréhension, le désossage de ce socle de confiance produit donc un enseignement sur la construction de soi : l’intégrité (Mendès-France), le passage par le devenir, le jeu des contraires (Mitterrand), le secret transgressif (Cahuzac, ou Strauss-Kahn pour rester socialiste... une autre fois nous évoquerons en politique la jouissance réaliste lepénienne ou la dynamique de l’origine du Nom chez Sarkozy ou Giscard).

3. Le manquement éthique
La morale, tout le monde connaît, dès l’enfance. On sait que c’est mal, bien, partageable ou non. N’importe quel voleur connaît la morale. L’éthique se gagne, se construit. Chacun y tient, à la mesure de son ambition. Il y a une éthique du truand, du braqueur, du séducteur, qui pour le dire vite, lui permet, à ses propres yeux de figurer dans la communauté qu’il s’est choisi. Vous avez basculé dans l’immoralité, vous pourriez aller plus loin et quelque chose pourtant vous retient. L’éthique est ce "non" qui vous coûte. C’est ce que je développe dans mes séminaires consacrés à l‘éthique, notamment en faisant apparaître les moments de décision alternative. Dans l’affaire Cahuzac, chacun s’indigne et juge l’ensemble alors que cela n’a jamais été un ensemble mais une durée. Lorsqu’en séminaire, je pose ce processus et débats avec les participants de la question du moment du "non", l’unanimité se disperse entre ceux qui "disent non" dès l’ouverture du compte, au moment du mandat public, puis à l’entrée au gouvernement, puis lorsque Médiapart soulève l’affaire, puis en face-à-face avec le Président, ou encore devant l’Assemblée Nationale (les représentants de la nation), devant la télévision, etc. Or le bonhomme Cahuzac qui n’est pas idiot et connaît toutes les ressources de l’intelligence devient soudain imbécile. Car lâcher son secret c’est perdre le sommeil, le sourire, la séduction et se dévoiler en Dorian Gray

4. Tout cela est bien sûr un peu « freudien » en ce sens que son vice de fabrication lui est vitalement nécessaire. Il lui répugne autant qu’il le nourrit. C’est pourquoi cette ambivalence produit de l’acte manqué. Comme dans tous les drames authentiques, celui qui ne devait pas savoir est celui qui apprend tout. Il semble que Cahuzac ait appelé « par erreur » son opposant historique pour évoquer, dans la suite d’une conversation avec un précédent interlocuteur, ce compte qui lui posait problème (« un compte en Suisse, c’est pas…). Et le moment qu’il choisit pour arrêter le double jeu, c’est justement dans le face-à-face avec la Loi, en précédant la convocation des juges.

5. Dernière remarque : les stars étaient ces personnages, illustres, inaccessibles qui au travers de la nuit, nous faisaient croire à la lumière. Aura inversement proportionnelle à la distance. Personne n’avait la bêtise de les penser parfaites moralement mais chacune dans leur genre les stars étaient iconiques, un éclat de perfection. Devenues people elles se sont rapprochées et le jeu que notre société institue avec elle est un jeu de massacre émissaire. A peine élu people (financièrement, médiatiquement, électoralement, etc.) le travail constant est de limer, de dévoiler, d’en traquer la bassesse. Le « Tous pourris » est un cancer contagieux, qui contamine jusqu’à ceux qui le profèrent. N’attendons pas des élites qu’elles soient absolument irréprochables, depuis l’origine, contentons-nous qu’elles soient, dans l’exercice de leurs fonctions, heureusement contrôlables.