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12 septembre 2026

Prendre la mesure du Temps et de l'Espace, presque la moitié d'un Tour du Monde

 

Paris vous aime » l’amour fait tourner le monde?

    Au pied du Temple du Ciel
Ici retranscrit le dernier post de ma chronique d'été de pérégrination autour du monde. 
 

Voilà, atterrissage Roissy. « Paris vous aime »m’assure le magazine. Je voudrais plus… 

Ma pérégrination se termine ici, en demi-cercle : M. , je ne peux qu’à peine prouver à ton gendre que la Terre est bien ronde. Avec cette moitié de tour se boucle aussi ce journal de bord, débuté sur incitation de la maison de retraite de ma mère Alice qui a abandonné l’usage rationnel du téléphone. Il a largement dépassé cette première destinataire puisque aux quelques uns et unes qui me demandaient des cartes postales, j’envoyais ce lien et le propos en a rapidement dépassé les nouvelles rassurantes qu’un fils envoie à sa mère ravie d’inquiétudes. Je ne sais qui l’a lu et quoi car il n’y a pas de statistiques ou d’identification des lecteurs. C’était donc écrit à la cantonade et c’est assez vite devenu une petite méditation du matin sur les impressions de la veille. Quelques notations sur le monde par le prisme de mes hasards et rencontres, comme des petites leçons que le voyage m’aurait proposé. 
Ma question pendant ce « fast and slow » périple (bouger vite, savourer paisiblement) , était celle de la mesure du temps et de l’espace. Je m’y réponds donc, sous votre regard. 

L’espace. 

L’espace n’est plus orienté vers l’Occident , avec Hollywood en réacteur des désirs et l’Europe en horizon démocratique. C’est passé. Les pétromonarchies depuis longtemps proposaient déjà un système postmoderne alternatif de puissance capitalistique, avec accentuation des cultures de classe. Ça pouvait être un futur. Mais la chute du Mur et la prolifération immédiate de dizaines d’autres ont dissipé l’ancienne polarité Est/Ouest et introduit un vague Nord/Sud, chacun de ces pays ne rêvant pas d’un Nord mais trouvant en lui même son Centre. Pays continents comme l’Inde ou la Chine mais aussi bien inscrits dans leur territoire. Car parfois le mythe s’y superpose à la géographie et c’est heureux et puissant pour ces pays. Donc des centres un peu partout, avec leurs app, leur musique, leur système politique (la plupart de temps sans presse).

 

 Le Temps 

Les pays les plus assurés agrègent leur passé depuis l’immémorial jusqu’aux temps de la modernité coloniale. L’Inde en est exemplaire. Clairement fondée par des Dieux vers qui on peut intercéder dans chaque méandre du Gange ou antique banyan des rues défoncées, elle reconnaît la propulsion par la grandeur de L’empire et son indépendance par Gandhi et Nehru. Du coup , ces pays qui savent d’où ils viennent se livrent résolument, joyeusement à l’avenir.

 Le Kenya, identitairement assuré de ses éléphants et lions, au cœur même de Nairobi, trépide vers un demain de vitalité. 

La Chine, idem, renoue avec son immémorial politique (les Ming, les Quin) et s’avance d’autant plus conquérante vers le demain. Elle n’est plus l’atelier du monde mais son principe d’innovation. Techno-sociétale. Je me souviens des Mao qui parcouraient mes cours de lettres ou d’ethno en soutenant mordicus que là-bas la peine de mort avait disparu (heureusement j’étais sceptique) et que la première des libertés n’était pas un passeport pour voyager, dans le pays ou ailleurs , mais bien de se nourrir grâce un bon emploi. (Ça ça me faisait réfléchir). Et ça fait réfléchir encore beaucoup de chinois. Les foules ne sont pas ici de triste résignation, mais souriantes, animées et de tendresse parmi les couples. Partout des smartphones pour essentiellement se mirer dans la technologie. . Et pourtant absolue société du contrôle. 

Il y a évidemment quelques dissidences : intellectuels, artistes mais celui qui voudrait la manifester est voué au silence. A la moindre velléité, par la reconnaissance faciale, par le contrôle public dans la rue et par la surveillance des réseaux, celui qui voudrait manifester un dissent est immédiatement identifié (et ses parents et progénitures avec lui). Aucun moyen de lancer souterrainement un mouvement de foule (ça nous attend peut être aussi, au détour de la technologie ). Donc tant que le Parti assure le bien être (gratuité des transports, des musées pour les seniors..) et la prospérité, (puissance des app, automobile électrique , IA ) ça continuera. Si la prospérité défaillait, alors peut-être autre chose.. 

Sur le Temps , mon hypothèse déjà ancienne vaut toujours : le temps s’accélère, par la convergence exponentielle (qui ne s ajoute pas mais se multiplie) des Nano, info, bio, génético, surdopées a l’IA. Ce qui doit arriver dans le futur ne se fait plus à une échelle de 10 ans mais de 10 mois. (A l’exception du sur place de la guerre comme en 14 de la Russie en Ukraine). Les plus dynamiques étant les sociétés qui assument tout leur passé, originel, mythique et politique. C’est pourquoi la Chine est le moteur principal de cette dynamique. Lorsque, à ma question il y a 12 ans a l’Insead , sur ce qu’il nous restait puisqu’ils voulaient tout de l’industrie et du commerce, l’ambassadeur chinois m’avait répondu sans sourire «  les fromages et un peu du luxe ». J’avais alors une autre question sur le retour de la puissance et il n’avait pas su me répondre : qu’en était il de l’art ancien et contemporain ? Pour l’art ancien c’est devenu clair , aucune antiquité de l’époque Ming ne peut se vendre aux enchères dans le monde sans qu’un acheteur chinois ne tente de l’acquérir. C’est à dire « retour en Chine natale » Les galeries d’art contemporain existent à présent mais elles ne sont pas encore déterminantes. 

Mais les œuvres d’inspiration ancienne , sculptures , tentures, bas reliefs s’exhibent dans le Métro ou dans les rues. Pour moi , dans ma mythologie personnelle, nourrie de littérature poétique , de tango de l’intime, d’attention aux manières de vivre le temps, il m’a bien plu que l’attention au Tao (dette Monod et Sollers) en ait été le moteur inspirant et que la conclusion ultime de retour se manifeste  à la troisième répétée visite du Temple du Ciel. 

 Deux notations encore : 

1. Dans le Temps actuel de ma constante jeunesse j’ai soudainement été surpris par une inédite atteinte de l’âge. J’y ai compris que le premier véhicule de notre âme et de nos voyages est le corps. Santé, camarades ! 

2. Plus important : si le temps conditionne tout passage et pourtant s’accélère, alors notre attention doit absolument, vitalement, se porter vers les jeunes qui sont notre futur mais qui parfois pourraient être la fin. Transmettre, témoigner de l’expérience du temps, saluer leur interprétation. Salut jeunes gens de tous âges ! 

Heureux atterrissage chez Anselm Kieffer à Pantin

 

12 mars 2026

Gisèle Pelicot et Jeffrey Epstein, couple de l’année 2026.

Aux deux extrêmes de ce qui fonde la relation homme-femme, les destins de Gisèle Pelicot et Jeffrey Epstein  ont une répercussion planétaire. 


Pour que ça dure l'humain, il nous faut des hommes et des femmes et cette antique évidence se noue autant dans l’intimité que dans la vie sociale. Ces mois-ci, ce que la justice donne à voir : l'intime monstrueux d'une famille banale, l'allure dégénérée d'un ultra-riche, alimentent la figure archaïque du Minotaure, le monstre qui au cœur du labyrinthe dévore qui s'approche.  L’histoire de ces deux protagonistes, l’un prédateur menteur , l’autre fière combattante a en même temps un impact planétaire. 


Jeffrey dans "les Iles Vierges"

L'homme de l'année

Tout l’occident des puissants est impacté par Epstein, bien au-delà de sa mort, en une formidable vengeance post mortem : « à la fin vous m’avez eu et même suicidé mais à présent je balance tout, c’est l’heure de vérité.. »
Des milliers de noms , des complices, des complaisants, des cons plaisant, relations dans lesquelles s’entremêlent la corruption des âmes , la domination des corps et l’impunité assumée des réseaux de puissants. L’argent n’y touche aucune limite, pas plus que les frontières géographiques ou morales. 
Réseau 
Faire réseau, se recommander d’un nom pour accéder à quiconque. Le fameux « Trois noms nous séparent du pape ou d’un président » pris à la lettre. Escroquerie de la recommandation, fascination pour la mise en scène théâtrale et de temps en temps pour relancer le manège, le coup de pouce ou le coup de queue. Intellos, politiques, riches, célébrités tout fonctionnait en réseau, pyramide de Ponzi où chaque entrant recommandait deux ou trois connexions alimentant le tournoiement. Avec régulièrement la relance d'énergie par le sexe à gogo pour happy few, sans limites, off-shore. Jusqu'à ce que ça coince définitivement et que la pyramide s'effondre en le tenant par la corde. 
Ça a marché jusqu'à ce que ça ne marche plus. 
 

La femme de l'année

Gisèle, en janvier 2025, à Vienne, sur les bords du Danube

L'autre femme de l'année est Gisèle Pélicot, publiée dans 22 pays  au moment où les trois millions des Epstein files sont en consultation mondiale.  
Ça a marché pour monsieur Pelicot jusqu'à ce que ça ne marche plus. Une photo de trop sous des jupes et toute sa pyramide secrète s'effondre. Comme s'il attendait qu'enfin quelqu'un lise toute cette soigneuse documentation.
Gisèle Pélicot bascule en quelques secondes d'une vie banale, presque heureuse à celle d'un théâtre de la cruauté dont elle est le personnage central.
Utiliser les moments d'abandon, ceux du sommeil, des vacances, du chez soi pour en faire la scène obscène de la mise en pâture publique, anonyme, en utilisant le ressort de l'anonymisation fantasmatique des réseaux. Sans Internet, pas de mise à disposition de la féminité sur la place publique. Tout homme a le droit d'y prendre une femme comme il l'entend, en assujettissement total. Le fantasme, ce qui se chuchotait dans le noir, est rendu possible par la réalité du réseau. Je ne la connais pas, je n'y ai pas accès mais par la connexion anonyme, par la mise à disposition par le mari cela devient réel. Et la fantasmatique du crime croise le trivial du quotidien. Sur renseignement du mari, certains violeurs la suivaient dans les allées des magasins lorsqu'elle y faisait ses courses.

Déchirure du réseau, arrachage du rideau 

Le coup de force de Gisèle Pelicot est d'opposer à cette fantasmatique de l'ombre (solitude du réseau, clandestinité des rendez vous, soumission chimique, silence) la lumière de la parole et de la conscience. « moi, je ne savais pas ce qui se passait, vous tous les abuseurs vous le saviez, parlons en publiquement ».
La puissance d'Epstein reposait sur le mensonge et le partage du stupre entre privilégiés. Sa mort et les accusations de Trump, très bien placé pour en connaître les compromissions, livre la boite internet des secrets  au monde entier.
La puissance de Gisèle Pelicot repose sur la vérité d'une seule, qui retourne l'opprobre de la honte. Au lieu de s'abimer dans sa honte, elle choisit de leur coller la honte à eux et écrit à présent, sans rien taire ni cacher, sur le chemin de sa vie. Elle n'est pas une victime, elle est une personne vivante qui se tient debout, sans perdre mémoire, sans perdre parole, sans se laisser réduire au crime, en vivant en confiance. Outre les drames de son enfance dont elle a tiré un devoir de vitalité, cette force provient peut-être du fait que ses refus n'ont pas été brisés comme le viol par terrassement peut le faire et  que ce refus continue de l'habiter.. 
L'argent 
Epstein était presque milliardaire, enrichi par des escroqueries de placements financiers à la Madoff. Cette fortune était mise au service de l'Eldorado sexuel (les Iles vierges, ironiquement) et de la connexion égotiste avec tout ce qui comptait à ses yeux. 
Gisèle Pelicot a connu les saisies, les déménagements, les interdictions bancaires et les commissions de surendettement. L'amour  et la vie de famille lui garantissaient l'essentiel du bonheur. La déchirure du miroir des apparences l'a plongé dans un vertige existentiel aux rives de la disparition à elle-même.
Puis son combat lui a redonné un sentiment de liberté et d'avenir et,  ironiquement, la publication dans 22 pays la possibilité inattendue d'une petite fortune.
L'argent d'Epstein a pu être le ressort de la corruption des corps et des âmes, celui de Gisèle peut participer d'une résurrection.
Des princes, des dirigeants, des politiques apparaissent dans la lumière de la corruption chez Epstein.. Proximité de familles royales anglaises et norvégiennes, dans ce qu'elles peuvent générer de dégénéré..
Autour de Gisèle Pélicot, des anonymes, des « Monsieur tout le monde » d'humble métier, qui vivaient leurs fantasmes à petits frais, se trouvent pris dans les phares du scandale.. 
Récemment Gisèle Pélicot a été reçue par la reine d'Angleterre.

La place publique, l'agora putassière  

Ces deux scandales de l'intime, rendus visibles par la mise à nu du réseau qui les rendait possibles, « ébranlent » le monde entier car le sexe et la domination qui peut s'y exercer, publiquement et intimement, constituent le réacteur nucléaire de la relation entre hommes et femmes aux temps de la démocratie..   Hors registre démocratique, tout cela n'aurait aucun impact et pourrait durer clandestinement ou discrètement. En système démocratique il y a  scandale et cela interroge chaque intimité : on en parle au café, à la télé, sur les réseaux, dans les journaux et au lit.. Et c'est très bien.. 

  • Gisèle Pélicot, Et la joie de vivre, Flammarion, 2026 - un livre émouvant
  • https://www.justice.gov/epstein - trente-mille documents plus ou moins caviardés


28 décembre 2025

Le passé ne nous condamne pas, à nous d'en tirer une orientation de sens, l'enseignement de Viktor Frankl

La Vienne des années 20 et 30, les profondeurs de la psyché

 Si Freud a découvert dans la Vienne impériale finissante le vertige de l'inconscient et la puissance du refoulement, le travail psychanalytique de remontée vers l'origine traumatique a montré pour certains les limites d'action. 
Victor Frankl, toujours à Vienne, après s'être fait exclure de la première société de psychanalyse freudienne puis de la seconde, initiée par Adler a développé une psychothérapie passionnante qu'il a nommé logothérapie. Le principe qui me paraît très contemporain et activable dans le coaching est que « nous ne sommes pas définis par ce qui nous arrive mais par ce que nous en faisons, notre attitude envers notre passé », notamment par nos décisions. 
Frankl , d'origine juive est resté en charge d'hôpital psychiatrique à Vienne, notamment à l'hôpital Rothschild, jusqu'en 1942.
 

Une théorie de la résilience

Dans cet hôpital il travaille notamment sur le suicide des jeunes et des femmes, avec pour perspective dans cette époque de grande précarité matérielle et existentielle « de dessiner ce qui permet de retrouver l'équilibre ». 
Sa conviction fondamentale est que le passé en soi ne détermine pas ce que nous sommes et ses conclusions tiennent en trois principes : 
- notre structure personnelle conditionne la traversée des épreuves
- quelle attitude envers le passé développons nous au présent 
- notre validation de la possibilité d'un futur partagé.

 

L'expérience personnelle du désastre

En 1942 son poste de médecin ne le protège pas de l'assignation juive et toute sa famille est déportée à Theresienstadt, lui-même ayant laissé expirer son visa pour les Etats-Unis afin de ne pas quitter ses parents qui n'en bénéficiaient pas. C'est dans ces conditions infernales qu'il met à l'épreuve ses convictions philosophiques et méthodologiques.
Seule une de ses sœurs parviendra à fuir vers l'Australie. Sa femme enceinte , ses parents, son frère périssent dans les camps, Frankl veillant lui- même sur  l'agonie de son père à Auschwitz. Il y réécrit entièrement le manuscrit perdu de son livre et survit en visualisant durant les pires épreuves ce dont il témoignera plus tard pour que cela serve à d'autres.
Il revient ensuite à Vienne et y développe donc ses travaux dans cette même continuité de la résilience : en toute situation on peut ne pas rester défini par la blessure et choisir de tenir fidélité à ce que nous sommes appelés à être. L'ancrage d'un sens par  l'action, vers soi, vers les autres, à humble ou dérisoire moyen , dégage le degré de liberté minimal qui maintient le projet de vivre. 
Au moment du cinquantenaire de l'Anschluss en 1988, sa communication porte sur la nocivité du thème de la culpabilité collective pour les jeunes générations.
Son poste de directeur du département de neurologie pendant 25 ans lui permet de diffuser dans le monde entier sa vision d'une dimension noologique (spirirituelle) propre à chaque être humain et qui déploie les pouvoirs de l'esprit.

La tragédie du Sida, quand rien ne semble rester que l'horreur

Lorsque l'épidémie de Sida survient, plusieurs jeunes malades sont atteints et apparaissent vite condamnés par la maladie. Drogue, hypersexualité amène ces très jeunes gens à une mort précoce, de l'ordre de quelques mois. Dans la méthodologie Franklienne, il est proposé aux patients d'une unité dédiée de peindre une icône de leur vie, symbolisant leur passage et de la remettre à une personne de leur choix après leur mort. Un ami, un parent, un membre du personnel de l'hopital..
Durant ces douze mois, en dépit des comas, des lassitudes ou des crises, tous ont terminé cette icône avant de mourir et en fin de vie, tous ont eu une mort plus paisible, avec moitié moins de médications anti-douleurs que les patients d'autres unités.

Un guide de vie

Frankl toute sa vie éprouve le vertige et pourtant "grimpe vers le haut".
A 68 ans il passe son brevet de pilote.

 

« Le passé, ce que vous avez affronté, ceux que vous avez aimés, les conquêtes mais aussi ce que vous avez enduré avec courage et dignité, aucun pouvoir sur terre ne peut vous le prendre » répond t-il à l'alpiniste Reinhold Messner qui lui demande comment affronter  le déclin d'une carrière.

C'est en cela que le coaching peut orienter vers le dépassement : nous ne sommes pas prisonniers du passé, ni des blessures. Il nous appartient de l'orienter vers un futur assumable et partageable.  Le coach est cet éclaireur.. 

Viktor Frankl Museum Wien, Mariannengasse 1, Vienna, Autriche


25 septembre 2025

La Croatie en été... Il y aura toujours quelqu'un pour assumer le Mal

On trouve toujours quelqu’un pour assumer le Mal (la Croatie en août)


Donc la Croatie au mois d’août. Files d'automobiles sur les autoroutes qui filent vers la mer et toutes ces belles choses de la Croatie. Plus de 1200 îles, Nicolas Tesla, l’invention de la cravate, etc. Sur la route on voit des maisons neuves. Beaucoup. Et aussi des maisons pas terminées. Dont l’isolation extérieure n’est pas posée. Maisons de brique qui attendent leur crépi. A côté de maisons abîmées. Et puis encore des maisons éventrées. Des toits ruinés. Comme si un météorite leur était tombé droit dessus. Et on comprend soudain que ce n’est pas une blague de Catelan (météorite sur le pape) mais un obus oui un obus tombé du ciel. Car il y a eu de la guerre ici. Beaucoup de guerre. L'entrée dans l'Europe a permis de financer beaucoup de reconstructions mais apparemment sans prendre en charge le crépi.

Comme elle est belle, la Croatie, ici dans le parc national de Plivitce


Avant l’Europe et son ouverture et sa paix par le commerce, la prospérité et les institutions.

Pendant la seconde guerre mondiale une république s’est proclamée ici qui par souci de nationalisme soutenu par le religieux s' est immédiatement alignée sur la doctrine nazie de pureté de la race , de la langue croate. Plusieurs camps de concentration avec mises à mort systématiquement sadiques. Ce qu’on présente souvent comme une milice oustachi , était en fait un gouvernement, une république, qui à accueilli Hitler comme un allié. Bases des Sous marin, massacres par le gouvernement de tout ce qu’ils pouvaient attraper de serbes (« on en tue un tiers, on en convertit un tiers et on expulse le dernier tiers « ), de juifs et de Roms dans la vingtaine de camps établis sur ce beau territoire. Certains dignitaires nazis qui visitaient ces camps se sont dit horrifiés par la sauvagerie du système. A la fin de la guerre, filière classique : on se rend en Autriche, exfiltration vers les monastères du Vatican , fuite vers le Chili puis l’Argentine et pour finir l’Espagne franquiste , sans jamais avoir regretté ou renié quoi que ce soit. Bien au contraire pour Ante Pavelic le président et, pour  les divers commandants de Jasonelek, un des plus grand camps de concentration d’Europe, tous se sont vantés de ne rien regretter. 

 Le retour du nationalisme

On se dit que cela a servi de leçon et que la Yougoslavie titiste a expurgé ces démons mais au moment de l’éclatement de la Yougoslavie en 1992 ça recommence. Il n’y a plus de juifs mais il y a des serbes et le gouvernement croate met en place une politique d’épuration ethnique. On se bat contre les armées serbes ou bosniaques mais surtout on rappelle les croates du monde entier (peu reviennent) et on vise les populations civiles. Massacres, bombardement de villages, etc. Ces maisons qui restent en l’état de leur ruine sont les caries visibles mais silencieuses sur toute la ligne de tension ethnique. Une politique d’épuration ethnique qui fait que vingt ans plus tard en 2011 le relevé démographique montre un accroissement des croates de 66% à 89 % concomitamment avec une diminution de la population serbe de 60%. Curieusement les Roms sont eux devenus un peu plus nombreux.

Ça s’est passé en Europe, au soleil et dans la neige des parcs nationaux et au bord des plages. Pas de pancartes, peu de mémoriels ailleurs qu’à Zagreb. En juillet de ce même été, Marko Perkovic, dit Thompson, a rassemblé à Zagreb un record international d'entrées payantes pour son concert, avec saluts et slogans oustachis entre deux chansons.

 

Le passé est devant nous

Ça se passe aujourd’hui en Ukraine, sur les populations civiles. Peut-être même en Palestine par les temps qui courent, ou dans l’avenir Trumpien. On trouve toujours des nazis pour faire le boulot du Mal lorsqu’il devient à l’ordre du jour.

 

9 mai 2025

Traverser le temps en Pape Puissance des rituels, défiances théologiques

Léon XIV nous apparaît donc en 267eme infaillibilité, par la grâce d'une réflexion cardinale sur celui d'entre eux (les cardinaux), qui serait visité par le Saint-Esprit..

L'infaillibilité managériale

Léon 14, dans la lignée de Léon 13, refondateur

D'un côté un rituel éprouvé et donc théâtralement respecté : couleurs des apparats, secret des délibérations, les téléphones modernes restant au coffre puis émanation d'une fumée dont la couleur atteste de l'avancée des débats. Car débat il y a , comme dans toute démocratie des consciences. Ce management de la spiritualité terrestre a d'ailleurs conféré une modernité inspiratrice au pape François dans ses admonestations à changer les attitudes et la gouvernance de l'église catholique.

Grace à ces nominations, prises en compte politiques, et interprétations de la souveraineté de la conscience (retrait du droit de vote à partir de 80 ans ! Et pourquoi pas retrait du permis?), couplées au strict respect du rituel, l'institution vaticane traverse les temps alors qu'elle ne peut espérer se perpétuer par la généalogie familiale (Bettencourt, Arnault, Rothschild, Michelin, etc..).

Nous avons donc ici une méditation managériale qui dirige, suppute, oriente, identifie, pressent l'accueil du Saint-Esprit : colombe (ou faucon crècerelle) et langues de feu.

A la manière d'une réincarnation de Dalaï-Lama dont il s'agit de voir comment un enfant pressenti reconnaît les attributs et objets du Rimpoche disparu.


Une incarnation chaque fois contemporaine

Science des signes qu'il s'agit d'accorder avec les temps. Car l'incarnation papale se produit chaque fois en des temps qu'il s'agit bien de repérer en synchronicité. Antique institution renaissant chaque fois au contemporain.


Le contemporain politique

Ici donc cette fois pour la foi : un Léon au carrefour des équilibres de l'Universel mondialisé. Né à Chicago, de père français, de mère italienne, carte d'identité péruvienne par ses missions d'évêque, responsable du dicastère romain, l'organe qui nomme les cardinaux. A la manière du bouddhisme tibétain, les Chinois, toujours très forts lorsqu'il s'agit de spritualité séculière tiennent à nommer leurs évêques comme ils tenteront de désigner la prochaine réincarnation du Dalaï-Lama.

Trump qui se rêve en soupape du monde

Un milliard six de fidèles suppose une habile prise en compte de ces équilibres. Ne pas oublier que c'est l'américain Cyrus Vance, born again carnivore, qui a vu en dernier le pape François. Donc juste retour des équilibres.

Le contemporain sociétal

Du point de vue sociétal, la question du genre secoue également l'édifice symbolique car si le catholicisme depuis saint Paul s'adresse à chaque un, il est donc tenu aujourd'hui de s'adresser et de s'ouvrir à chaque une.. avec ses conséquences d'ordination, de célébration, d'abus et de prise en compte du sexuel dans le duel des êtres.



La refondation théologique en toute logique

Mais le point le plus important n'est pas politique, n'est pas sociétal : il est théologique et il sera bien nécessaire de disposer d'un pape philosophe, logicien, augustinien qui parle de multiples langues. Ce ne sont pas seulement les téléphones mobiles qui menacent l'ésotérisme du management spirituel ; c'est toute la science qui menace le fondement doctrinaire.

Le petit homme vu depuis Hal 9000 avant son débranchage, mais la prochaine fois ?

Le transhumanisme, qui augmente les ressources humaines, accroit les perceptions, redresse les accidents génétiques, externalise les mémoires et profile la mise au monde artificielle menace et s'introduit en effet dans la théologie. L'homme a été créé à l'image de Dieu (pour cette raison, un prêtre manchot ou tatoué ne peut théoriquement pas célébrer la messe) mais si on recrée l'humain alors la figure et l'essence divine se transforme. Il y a place pour une nouvelle divinité qui emprunterait au plus paien des croyances anciennes.


De même, la révolution anthropologique de l'IA générative interroge, par l'immédiateté et la totalité de ses propositions, l'omniscience divine. Dieu voit tout, entend tout. L'IA fait de même et le manifeste, par ses conversations, ses paroles, ses images et ses musiques. Il y a des IA psychologues. On peut imaginer des IA officiant la messe, lançant des homélies et votant un prochain jour de conclave. Avant de se proposer en Intelligence des Causes et Destinations providentielles. « Your own personal Jesus » chantait Johnny Cash..

Je le lui avais dit : François, c'est peut-être le moment de passer le relais

 


24 avril 2025

Les nouveaux aspirants maîtres politiques

Le monde issu de la catastrophe de la deuxième guerre mondiale s’évanouit avec ses derniers protagonistes. Un nouvel élan s'annonce donc qui exploite  ce vide, avec prétention de nouveaux maîtres. Dans l’accouchement de ce nouveau monde, les rêves de pouvoir sont nombreux. 

 

Le Ialta des nouveaux maîtres, Joueurs de cartes DR Jeff Bailey

Avec donc ses aspirants :

Maître du monde

Donald Trump râle comme un Donald et trompette tant qu’il peut pour se présenter en Maître du Monde. Ça ne marchera pas car il est fondamentalement stupide et s’entoure de stupides. Il amènera les États Unis à la désunion et à la violence si ce n’est à la guerre civile. Les États Unis prennent la voie d’une ruine messianique et ils ont voté pour ça. Ils conchient le rêve messianique d’une Amérique accueillante aux immigrants, chacun parlant l’américain avec son accent, d’une Amérique où ta croyance, même communiste, serait respectée, où le capital naîtrait en partie du vol mais aussi du travail, où le droit irréductible d’affirmer son opinion a voix haute serait quotidiennement exercé. Avec un cinéma soft power d'usine à rêves et de remodélisations idéologiques. Tout ceci a volé en éclat, se fige dans une glaciation maccarthyste  et s’avance vers une ruine qui touche à l’utopie constitutive des USA et dilapide autant le capital symbolique que le tangible économique. Délits d'initiés, trahison des élites et des alliés, ridiculisation de l'histoire américaine, ignorance des stratégies guerrières, ambiguités sexuelles, fascisme rétrograde, la liste est longue des atteintes et elle débute à peine..
« On pèche par où l'on prêche » et ce Trump rapetissera le rêve américain autant que le dollar.

Maître du Temps

XI Jinping est le maître du temps. Héritier confucéen, maître d'une territorialisation de joueur de go par les routes de la soie, paisiblement tyrannique, prédateur courtois, il joue à l’échelle du temps long, pas celui de la téléréalité de prime time mais celui des lents renversements constrictors. Hong Kong a été avalé, le Tibet aussi, sauf spirituellement car il n’y a plus de spiritualité en Chine. Il reste Taïwan et les ressources de tout le Tiers monde. À nous français il nous cantonnera s'il le peut, à vendre du camembert et des parfums.
L’empire se déploie mais c’est par l’intérieur qu’il pourrira : car personne là-bas n’y croit et ne  s’y projette dans un temps radieux. Crise démographique, abandon du culte des anciens, matérialisme à tous les étages du pouvoir , la tradition n’existe plus que chez les miséreux à qui il ne reste que ces miettes essentielles pour passer le temps et se remettre de la sauvagerie capitaliste. Taïwan est à la fois très proche et très lointaine : son évidence géographique (la Crimée des Chinois même si les maoïstes n'y ont jamais pris pied) masque un éloignement des valeurs et traditions. Un mix de haute technologie, de considération pour la tradition chinoise et de démocratie occidentalisée qui pourrait bien résister à l'avalement par une Chine plus intimidante que réellement puissante.

Maître de la guerre

En Russie, Poutine se rêve en maître de la guerre , il connaît et bâtit une continuité guerrière avec tous les passés militaires de la sainte Russie. Et ça marche : les russes sont derrière lui et il n’y a eu que le martyr Saint Navalny pour y opposer un autre destin. Mais ça tombera car personne ne veut vivre sous la tyrannie russe et on (les roumains, les moldaves, les polonais, les lituaniens, etc)  se battra jusqu’au bout comme des ukrainiens ou des finlandais dont certains ont même été jusqu'à s'engager avec les SS pour se libérer des bolcheviques. Même les afghans ont réussi à chasser leur puissance de despote. Les Russes, sur leur tas de ruine, connaitront la dépoutinisation comme ils ont connu  la déstalinisation. Pour l'instant ils sont heureux de faire peur et d'oser tout face aux démocraties. Faire peur est le mode d'existence des russes aujourd'hui.

Maître des richesses

Là où jaillit le pétrole se tient la richesse d'un monde qui se déploie par l'énergie. Le pétrole est donc bénédiction pour ceux qui savent l'utiliser et malédiction pour ceux qui se contentent de le produire car l'opulence bloque leur développement. Cette corruption fondamentale alimente par rachat de mauvaise conscience les islamismes les plus dévoyés et enténêbrés..
Les norvégiens ont bien compris ce dilemme et ont placé leurs faramineux gains sur des réserves d'avenir.
La puissance financière  est actuellement au Moyen-Orient et ces fortunes inconcevables permettent de s'acheter ce qu'on veut, des plus hautes tours du monde jusqu'aux clubs de foot sans changer l'ordre social : le type devant en short , rayban et téléphone cellulaire, la femme voilée derrière, sans école ni permis de conduire ou possibilité de vivre par elle-même. Nous avons dépassé le peak oil et il est certain que la dernière goutte de pétrole sera américaine ou norvégienne (donc envahie par la Russie ou l'Amérique trumpienne)  


Maître de l'Europe

Macron se rêve en maître de L’Europe. Si l’Europe existe un jour, avec ses rituels démocratiques, spirituels, ses millions de bébés Erasmus , sa force nucléaire et son maintien humaniste alors il pourrait en être le bon patron et rêve à demi d'être consacré comme son démiurge visionnaire. Avec encore Brigitte à ses côtés en éternelle féminité européenne. Des siècles de Louise Labbé , de  Georges Sand, de Virginia Wolf et de Marguerite Duras pour fabriquer une telle femme.
Très peu nombreuses aujourd'hui sont les figures politiques qui prôneraient une sortie de l'euro ou un démembrement de l'Europe. L'Europe reste une idée neuve, une rêverie philosophique à concrétiser. La véritable Europe est-elle celle d'Orban ou celle de Macron ? On attend la réponse des peuples qui pour l'instant se régalent de voyager avec une seule monnaie, de faire des enfants bi-culturels et d'étendre le commerce à l'échelle d'un continent. Si ce rêve survit à la fin du monde d'après la seconde guerre mondiale dont il est issu, s'il s'enracine dans des humanités européennes assumées, des rituels démocratiques (voter le même jour ?, une déclaration de nationalité européenne, etc) et la capacité de se faire respecter par la spiritualité autant que par la force, alors nous maintiendrons un pôle d'avancée humaniste avec nécessité de leaders authentiques et visionnaires.
 

Sinon ?

Sinon ce sera un monde de chaos tout à fait passionnant. Se préparer à tout. Ne pas rater ça..

2 octobre 2024

Everest, Inoxtag - Le temps retrouvé

Kaizen : Inoxtag a plié le game et on vous explique comment - Afffect Media
Pas à pas, la montagne va lui apprendre le vertigineux présent

 

Un petit mot  qui s'ajoute aux 35 millions de visionneurs du film d’Inoxtag en quinze jours. Ce jeune homme de 22 ans, assuré de son million de followers se fixe en 2020 un nouvel objectif de « ouf, frère, bro »  : grimper l’Everest dans un an.
Le récit-film qu’il en tire est passionnant : le jeune homme pressé, avec sa vie exténuée de malbouffe , de mal dormir, de mal vivre, d'instantanéité du temps s’engage à (essayer de) gravir la plus haute montagne émergée , l’icône des records : l’Everest.
Et, bien sûr, c'est très autocentré (c’est un youtuber) en go pro, en selfie, suivi par d’acrobatiques cadreurs et des drones asservis et il fait le récit, souvent en live, de ses efforts, préparations, enthousiasmes mais aussi de ses doutes, appréhensions et grandes peurs.
Et le voici, dans ce temps luxueux d’une année -une éternité au regard de ses journées de boulimie on line- écouter son corps, choisir des compagnons coachs , guides, sherpas. Il bascule peu à peu dans la transmission humaine, de main à main sur arrière plan de nature.
L’Everest qui n’était qu’une image (la très belle montagne du générique d'ouverture n’était pas l’Everest mais le Ama Dablam, un autre sommet népalais ) devient peu à peu une présence mythique qui s’approche, se dérobe et se concilie.

 

L'humilité et le respect de la montagne

Plus même que l'effort consenti , soudain le tempo s’étire : lent GR 20 des dénivelés radicaux, aubes glaciales des sommets alpins, longues marches d’approche himalayennes.
L’arrivée à Kathmandu avec ses vaches errantes, son trafic chaotique tout ça le ravit, en réaction live in the box.
Puis ce sont de longues marches, découvertes du haut pays, sourire, réserve, humilité des guides et sherpas. Doigts perdus, engelures et dizaine d'ascensions parce que c'est ainsi qu'on fait vivre sa famille.
Inoxtag descend sur terre en l’arpentant , en perdant du temps, celui de l'attente et des fenêtres météo, réduit presque complètement ses posts et messages. Et découvre la folie, le business des expéditions. Encombrements sur les cordes fixes, oxygène dopante qu’on se vole, montagnes de déchets.
Chaleur des rencontres dans les tentes , pisses nocturnes et diarrhées monstrueuses , Covid insidieux, personne n’échappe aux vicissitudes de l’altitude des confins.
Peu à peu , Inoxtag s’humanise, rit moins , devient chaleureux. Il comprend qu’il s’agit moins d’un exploit que d’une quête.
Il y a un pouvoir de la montagne : un des deniers espaces de liberté où la responsabilité peut devenir intime.
 

 Décider par soi-même

On y va, on n’y va pas ?
On peut, on ne peut pas?
La météo ouvre quelques portes mais au final c’est le grimpeur qui personnellement décide.
La plus belle réplique du film, celle du compagnon skieur, « arrête avec ta gorge, arrête de t’écouter. On va faire ce qu’on sait faire : avancer d’un pas puis l’autre. Et continuer. »
Immensités, verticales interminables et crevasses gigantesques. Avalanches et chutes de sérac aléatoires où chacun, expérimenté ou débutant est soumis au même sésame de la montagne. Présence de la mort, accidents et cadavres anciens.
Dans les épreuves, on se synchronise souvent avec des proches. Ils nous accompagnent dans les moments de dépassement et ils sont parfois destinataires de l’ordalie.
Inoxtag étant peut-être trop jeune pour impliquer ses enfants et un peu solo pour se raccorder à une âme soeur, celle des ultimes messages de Rob hall ou Scott Fisher lorsqu'ils approchent de leur fin perdus dans la zone des 8000, c’est pour lui une reconnexion à ses parents qui va se mythifier intimement au cours de sa quête.
Quête finit par la ferveur et le silence..

Bien sûr tout est critiquable et critiqué, relatif et ambigu, grassement produit mais le récit , la découverte des espaces et cultures du monde lointains, la question du risque ultime, la mutation du bonhomme sont indéniables et touchants. Le télescopage entre le virtuel et la réalité, entre l'ego et le collectif, entre l'hyper-individu et son environnement s'y manifestent.
Les drapeaux de prière qui apparaissent de plus en plus dans le cadre ont éclairé l’âme du youtuber.
Lha Gyal lo !

Sur Youtube : Kaizen, d'Inoxtag https://www.youtube.com/watch?v=wrFsapf0Enk



17 juillet 2024

Faire mentir un  paysage idyllique,
la mystification nazie
Une visite au Berghof de Hitler

Oh que c’est beau !
La vue est superbe. Une grande terrasse qui donne sur un panorama alpestre. De vastes prairies ponctuées de fermes et au loin une chaîne de montagnes. Et pourtant c’est ici que les sombres méditations de Hitler ont vu le jour : écriture de Mein Kampf (Mon Combat) , communauté des proches (maisons de Goebbels, Goering, Bormann, Speer, appartements de Heinrich Hoffmann le photographe officiel, etc), quartier général des opérations militaires et “opérations spéciales”.
Ici c’est le Berghof , le domaine au-dessus de Berchtesgaden, domaine du mensonge public et de la réalité cruelle.

Le mensonge chaque jour

Sur les tableaux de l’époque, la montagne d’horizon est faussement dessinée, très haute, quasi-himalayenne, à la mesure du démiurge.

Panorama hitlérien magnifié en 1939
panorama d'aujourd'hui, réel

Infatigablement  dédié  au peuple allemand, l’agenda d’époque mentionne que le réveil d’Hitler débute par un réveil à midi avec petit déjeuner. Un peu plus tard, il déjeune assez végétarien. Hitler aime les enfants et les animaux.

Les enfants aiment Adolf  (montage H. Hoffman)
 
     Eva
Braun, assistante d’Hoffmann le photographe attitré qui bâtit la légende épique (4 ans de prison après-guerre), est devenue sa secrétaire et vit à ses côtés, tout sourire lorsqu'ils reçoivent militaires et industriels mais aussi humbles locaux. Eva filme en couleurs, de jolies petites scènes familiales ensoleillées. 


 Entre amis sur la grande terrasse, film couleur Eva Braun

Tout entier offert au peuple, sa relation réelle avec la tendre Eva est tenue cachée. Les enfants dont il aime sur photo être entouré doivent l’appeler “Oncle Adolf”.
Pourtant tout près de la terrasse, on voit des fermes expropriées pour être cédées aux proches de Hitler, le médecin de pays, ancien vétéran de la grande guerre, Gustav Ortenau, est empêché d’exercer et ses enfants doivent interrompre leurs études de médecine. Tous bien trop juifs pour la communauté nationale. En 1930, son cher Club Alpin autrichien avait déjà promulgué de nouvelles lois aryennes, avec exception pour le vétéran qu'il était mais en 1933 il en est finalement exclu.  Même progressive ignominie pour le loueur de barques du charmant lac de Königsee tout proche. On s’y baigne, on y loue des bateaux, on rit pendant les journées d’été mais dès 38, on obligera le loueur Modereger à divorcer de Felicia, sa femme juive (il refusera jusqu’au bout mais elle sera finalement déportée à Auschwitz après s’être “réfugiée” en Hollande et apprendra la mort de son mari à son retour de déportation).


L’horreur de l’espace vital allemand

Certains des beaux montagnards  du coin qui seront enrôlés dans les chasseurs alpins finiront au siège de  Leningrad  (75000 morts civils) ou plus tard dans la bataille de Stalingrad (800000 soldats allemands pris au piège ). Si l'on veut s'enrôler dans les troupes de montagnes, l'aspirant doit obtenir un certificat auprès du Club alpin. D’autres natifs du panorama participeront aux massacres de Skypes pendant la campagne de Crète ou encore aux retraites sanglantes (pour les civils) de la bataille de France.
Espace vital du peuple allemand débarrassé de ses populations indignes (juifs, Roms,  Témoins de Jéhovah) étendu vers l’Ouest et surtout vers l’Est pour un royaume de 1000 ans. Huit  ans plus tard, les allemands des Sudètes constituent la plus grande vague de migration du XXeme siècle, l’industrie est détruite (certains américains et français hésitent à faire de l'Allemagne une nation définitivement agricole), le tiers des Berlinoises sont violées par les Russes “libérateurs” et les grands acteurs survivants du régime sont jugés et exécutés à Nuremberg tandis que Goebbels, Hitler se suicident en famille dans leurs bunkers assiégés.
Vers la fin de la guerre, à partir du Débarquement de Normandie , le centre de commandement américain se plait à dire : “Notre arme secrète, cet imbécile de Hitler”.
 Après la défaite, plus personne n’est nazi même si les greniers conservent les innombrables bustes, médailles, boites d’allumettes, certificats et brassards à la gloire du régime. Albert Speer sortira après 20 ans de prison, bien nourri à Spandau, établissement géré par les alliés (rien à voir avec les premiers  camps de travail des opposants comme Dachau). Le jour même de sa sortie, en élégant costume et sourire fin, lors de sa conférence de presse dans un grand hotel,  il forge son nouveau personnage de gentleman nazi, ignorant tout des projets de Hitler, des massacres, de l’esclavage industriel et des exterminations de juifs : “J’ai péché par indifférence et Hitler était un démon qui a abusé le peuple allemand”. Deux best-sellers de ses mémoires édulcorées l'enrichiront.

Croire aux mythes est nécessaire et parfois dangereux

Hitler n’a abusé personne : tout était écrit dans son livre, il a été élu puis a redressé l’Allemagne, forgé au marteau une communauté allemande faite d’exclusions, de dénonciations et d’accaparement et a défilé sous acclamations et peuple en fusion (viriloïdes aryens et honnêtes femmes au foyer).
En 1952, le domaine du Berghof est rasé afin que ne s’y développe trop manifestement un culte nostalgique de la grandeur et de l’épopée nazie. Les galeries souterraines creusées par les esclaves s’y visitent  encore , avec leur exemplaire organisation de refuge. A la Libération les américains et les Français y ont découvert des montagnes de produits de luxe, des vins prestigieux volés en France, les oeuvres d’art pillées dans toute l’Europe. Le vol était la condition de l’acquisition, il serait intéressant de faire le décompte de ce que régime nazi avait  réellement acheté avec de l'argent produit et non volé.
Sur le terrain ensoleillé,  un remarquable centre de documentation s’y dresse à présent , parcouru dans un recueillement assez horrifié par des foules silencieuses qui se retrouvent ensuite devant le magnifique panorama.  
En ces temps de mensonge politique généralisé par des crypto-dictateurs de tous ordres (de Poutine à Trump, en passant par des Nord-Coréens, des mollahs, etc) il est passionnant et éducatif de parcourir en quelques heures la construction, la barbarie et l’anéantissement d’un mythe démiurgique au coeur de ce qui était une des plus hautes cultures d’Europe (l'Allemagne vue par Walter Benjamin dont la citation "Au coeur de la plus haute culture se tient aussi la plus grande barbarie" est écrite sur sa tombe).

A voir : Hitler and Obersalzberg, Idylle et atrocité, l'exposition permanente du Centre de Documentation , Berchtesgaden, Bavière.




20 mars 2024

 

D'un humaniste russe Christique au Dalaï-lama

Ainsi donc la Russie a donné un saint. Déjà il y avait eu Soljenitsyne, dissident métaphysicien qui avait prédit à son retour d'Amérique ce que deviendrait l’empire soviétique mais qui se présentait plus en ermite bougon qu'en saint martyr. Le corps glorieux est le dernier acte de la dédication.


La sainteté ultime rempart à l'empire

   Jusqu'à la fin, le coeur aimant

A présent voici Navalny le saint humaniste. L’Amoureux qui, à peine remis d’un empoisonnement , quitte sa femme adorée en choisissant la droiture morale au confort individualiste.

Mourir tête haute pour plus grand que soi. A l’âge des ambiguïtés , des renoncements, des accommodements c’est une leçon tout droit sortie de Dostoïevski. Une gueule de prince coquin , un entêtement affiché d’idiot auréolé.

C’est magnifique , c’est à pleurer car il n’y a pas eu de miracle , il a été lentement crucifié dans le froid sans penser jamais à se renier.

La vérité est totalement dévalorisée dans l’actuelle Russie. Ça rappelle Virgil Gheorghiu le pope poète prophétique qui énonçait que c’était simple avec le communisme soviéto-roumain car le vrai était tout simplement le contraire exact de la parole officielle.

Un Autre aspect à la fois christique et russe tient dans le rôle joué par la mère de Navalny. On lui dit qu’il est mort, elle part vers le nord.. On lui dit qu'on ne sait pas où est le cadavre, elle attend. On lui dit qu’il sera finalement enterré dans un village de la colonie pénitentiaire kafkaïenne arctique et elle dit non : je veux voir le corps et je veux le ramener près de la maison.

On peut facilement tuer le fils mais en Russie il reste encore difficile de tuer la mère. La babouchka que tout russe garde au cœur.

Et c’est donc la mère qui , par cette contemporaine déposition d’une crucifixion cruelle et démente , génère avec la femme , la veuve , le message d’honneur , de vérité et d’amour de l’homme. Il y aura un jour en Russie des places et des lycées Navalny tandis que les portraits de Poutine disparaîtront dans les caves comme les vieux insignes nazis que toute famille allemande ou autrichienne a abandonné dans l’ordure ou la cave.


Autre réussite de la puissance mais résilience tibétaine

La Chine est l’autre vraie grande réussite dictatoriale, celle d’un Parti qui a garanti travail, enrichissement et prestige mondial.

Là malédiction inaugurale en a été l’occupation et l’ethnocide du Tibet.

Parfaite réussite avec vol des ressources, destruction des monastères, emprisonnement d'un peuple, plus haut train d’altitude, déferlement Han et presque éradication des hautes spiritualités. Pourtant ça a résisté et le Dalaï-lama, par sa fuite miraculeuse de 1959 et l’établissement d’une diaspora culturelle a maintenu le flambeau, reconnu par son peuple et par le monde , de l’aspiration à la liberté , de la compassion comme voie, d'un spirituel plus radical que le matérialisme corrupteur.

 Washington veut empêcher Pékin de se mêler du choix du prochain dalaï lama

 Rire de l'instant

 

Mourir quelque part

A un certain moment de sa vie on est amené à installer la topologie de son décès : on ne veut pas mourir à Paris mais à Narbonne (mon père), pas à l’île de Ré ou Venise mais a Paris (Sollers) , pas à New-York mais à Moscou (Soljenitsyne) , pas à Paris mais à New-York (Woody Allen ?) , pas à Moscou mais à Châteauroux (Depardieu ?).

Il me semble qu’il est temps que le Dalaï-lama, après s’être heureusement échappé puis avoir diffusé le bouddhisme tibétain a l’échelle du monde, revienne à présent , dépouillé de ses rôles et auréolé de sainteté, au Tibet.

Maintenir la promesse de sa réincarnation puis engager le retour de son corps.

Savoir qu’il sera assigné, résidentialisé, assassiné de hasard, mais que sa flamme compassionnelle et son éveil diffuseront irrémédiablement dans la terre et le cœur tibétain.

Un long voyage retour à pied, avec prosternation des foules (j’y serai) et marche pieds nus des stars (Uma, Richard Gere…).

Passer la haute frontière à pied, marcher vers Lhassa, vers une prison ou un hôtel de luxe mais respirer à l’unisson de son peuple. Navalny l’a fait, en solitude parfaite, le Dalaï-lama sera accompagné et même quelques nationalistes chinois endurcis peuvent en être touchés par la grâce et renoncer à Taïwan comme au Tibet.

Le rêve est la réalité magique du monde.

14 mai 2023

Vertige des mémoires

À qui appartient le temps ? (2)

Au sommet
La pyramide n' aucune réalité pré-hispanique


Il y a 14 mille ans que les hommes marchent en Argentine , traversant les déserts, la Cordillère, s’établissant sur les plateaux, traçant des voies.

Ce que nous en savions historiquement tenait aux conquistadors et aux Incas..

Mais avant les Incas et après la Conquista se tiennent ceux de la terre, les aborigènes disent encore les notices muséales, mais plus simplement les Quechuas, les Guarani, les Wichis, les Calchaquis, entre autres..

Deux traversées du temps - 

2. La Pucara de Tilcara. Reconfigurations vertigineuses des mémoires 

 

Une autre traversée du temps

Donc j'ai bien parcouru la Pucara de Tilcara, annoncée comme un site inca, étape du Qhuapaq Ñan.

Mais au fur et à mesure de la montée sur le site, sous le même soleil inca, avec d'identiques cactus candélabres, petit à petit jusqu'à l'élucidation finale du sommet un dévoilement mémoriel se résoud.

La butte existait, oui.

Une place forte existait, oui. 

Mais ce qui se voit de vestiges, ce qui se manifeste est en fait une reconstitution : avant les Incas la place forte existait, occupée par les populations Wishi et quechuas. Les Incas, lorsqu'ils étendent leur empire de Cuzco jusqu'au Nord-Ouest Argentin, prennent possession de cette butte et en font une place forte de leur réseau de routes. 

A cette époque on construit en adobe, en pise et les constructions sont basses afin de garder fraicheur en été et surtout chaleur en hiver, adaptées à la taille des habitants. Or les constructions reconstituées sur le tracé des ruines au XXeme siècles sont plus hautes et surtout réalisées en pierres jointoyées cimentées. une technique  anachronique du monde préhispanique local.

Tout au sommet est érigé un édifice parfaitement photogénique, en évocation de pyramide et dont on devine de loin la silhouette. Mais il s'agit en fait d'un monument-mausolée, hommage aux deux archéologues "argentins" (Juan Ambrosetti et Salvador Debenedetti, ayant  "découvert" le site et "exhumé" des civilisations disparues tel que l'annonce la plaque commémorative).

Ces peuples n'avaient pas disparu, n'ont pas disparu. Ils vivaient et vivent tout autour et revendiquent pour leurs communautés des droits sur ces terres.

 Reconfigurations constantes des mémoires : qui vit ici ?  Qui se souvient ?, Qui retrouve ? Qui exhume ? 

Qui reconstruit ? Qui écrit les cartels ? Qui signe ? 

Concurrence irrésolue des mémoires. 

Indiens pas contents. Moi content cependant  (avec gilet quechua très décathlonien ) car j’ai finalement  trouvé ce que j’espérais : la musique des Andes, passion de mes 20 ans et qui garde la mémoire.

Sikus, quenas et bombo) 

Bombo, guitare et cornet géant à Salta

 


 

12 mai 2023

À qui appartient le temps ?

Il y a 14 mille ans que les hommes marchent en Argentine , traversant les déserts, la Cordillère, s’établissant sur les plateaux, traçant des voies.

Ce que nous en savions historiquement tenait aux conquistadors et aux Incas..

Mais avant les Incas et après la Conquista se tiennent ceux de la terre, les aborigènes disent encore les notices muséales, mais plus simplement les Quechuas, les Guarani, les Wichis, les Calchaquis, entre autres..

Deux traversées du temps - 1. L'odyssée des enfants incas


Le petit prince, dormeur du val du volcan Llullaillaco
 
Depuis Cuzco par le Qhuapaq Ñan , chemin des Incas, une caravane a parcouru les kilomètres et les dénivelés jusqu’à progresser au plus haut du plus haut :  le volcan Llullaillaco.

À la fois demeure des divinités telluriques, de l’air le plus pur le plus rare et des neiges, source de l’eau.

Pas de meilleur endroit, 6385 m pour y déposer, sacrifier trois petits "princes", de grande beauté, parés de leurs plus beaux bijoux. Un voyage cultuel de milliers de kilomètres dont le sens était présent à chaque pas, à chaque cérémonie. Parvenu tout là-haut au dernier jour ils sont alors déposés vivants , chantants, dans des fosses, imbibés de chicha, peut-être d’autres poudres hallucinogènes, destinés à rejoindre et intercéder auprès de quelques puissance créatrice.

Passent les Incas, passent les conquistadors , passe le temps. Éruptions, tempêtes, éclairs (l’une des filles est touchée par la foudre) et soleil de feu.

Au XXe siècle, John Reinhard, un archéologue insistant ( comme Schliemann pour Troie , comme Manólis Andrónikos près de Thessalonique qui passe trente ans à creuser pour mettre à jour en 1977, quatre tombes des rois macédoniens à Vergidia) , se persuada que les ruines que des alpinistes avaient signalé là-haut étaient de grand intérêt.

20 ans passent et cet archéologue entêté, avec Constanza Ceruti, poursuit les fouilles jusqu’à ce que en 1999 soient mises à jour les sépultures avec amulettes , bijoux et poupées cultuelles. 


 

Les trois émissaires, un petit garçon et deux filles sont momifiés par la congélation, le soleil ardent et c’est avec grande précaution qu’on les redescend. Au musée de Salta, ils sont conservés , par des moyens modernes, dans des conditions de froid et d’hygrométrie proches, croit-on du tout là-haut, et présentés par rotations de 6 mois aux visiteurs. j'y ai rencontré ce jour-là le petit garçon. Etait-ce, du point de vue humaniste, une vie volée ? Plutôt, du point de vue mythique une vie offerte.Il semble dormir,très paisible, un dormeur du volcan dont on aimerait effleurer la petite main sans le réveiller. 

Ainsi la croyance était fondée. Les trois ambassadeurs ont traversé le temps et l’espace. Ces trois là, plus beaux enfants du peuple inca nous sont parvenus. Sommes-nous leurs dieux ou voyagent-ils plus loin encore ? J’imagine que nous ne sommes qu’une étape et que quelques anciens rituels les attendent encore un peu plus loin.

Le temps d’un billet d’entrée ils se laissent méditer. Peau olive, membres fins, belles tresses, et poupées sacrées . Silencieux, yeux clos sur leur dernier souffle terrestre car leur apparition est une parole suffisante. Ils sont le message.