15 juin 2026

Thanatos et Eros à Vienne le 13 juin - Lidell Gaypride

 Il arrive parfois que le monde (l'univers ?) déploie ses signes à qui le nécessite. Ce 13 juin, après une sorte de salutation méditative dans les marais de la rivière Muhl, martins pêcheurs, héron, bergeronnettes, faucons  et toute cette sorte de délicats corbacs immémoriaux , je suis rentré en ville à Vienne pour quelques moments plus contemporains. 

Thanatos

Angelica Liddell honore le destin de Mishima, poète romancier qui clôtura sa vie incandescente par le seppuku du suicide rituel des samouraïs. Éventration du centre de l’énergie, le Hara puis décapitation. 

La martialité chère à Mishima est ici, chez Liddell, déployée en profération poétique. Danseurs Nô puissamment traditionnels et déjantés comme savent l’être les maîtres nippons. Un casting préalable recherchait des figurants actifs mais il fallait avoir "moins de 30 ans" et "disposer de compétences d'infirmier". Pour l'une des deux raisons je n'ai pas tenté le recrutement.

 

Angelica sage observante du cérémoniel Nô - ça va pas durer

Très rapidement tout le monde est nu et on peut se rhabiller et passer aux choses sérieuses : l’inanité du vivre , le destin fatal et la tenue de la vie jusque dans l’ultime. Sang et sexe conjurés dans l’enceinte du rite poétique. Endossement de la sortie du vivre de chaque disparu (Liddell, nue, sexe couvert de la main, porte successivement le vêtement d'un disparu, tunique qui lui est cérémoniellement apporté par une déambulation Nô).

On croit qu’on a tout vu, tout compris du mouvement de fond lorsque Angelica se lance dans une bouleversante supplication de la fin. (« Je demande la fin ») Longue litanie puissante qui arrache des applaudissements au public. « Me parece que no me escuchais ! » (j’ai l’impression que vous ne m’écoutez pas) dira-t- elle un peu plus tard.

On s’attend à une vision suicidaire finale mais c’est plutôt l’incantation des corps et le salut de la jeunesse (beaux garçons évidemment) qui éclairent les derniers tableaux de cette consécration de Thanatos. N’oublie pas que tu es un « être pour la mort ». C'est bouleversant, c'est nécessaire. (On peut aussi se l’éviter).

Éros

Ce même jour à Vienne , les rues étaient saturées de couleurs et de basses boum boum. C'était jour de fierté. Gay Pride. Des créatures , des couples, des groupes, des baisers , des étreintes et des rires. Une belle et bonne ambiance. Tout va mal mais nos corps exultent. Une Bacchanale qui rallie paisiblement (en musique) homos et hétéros, beaux et moches, filles et garçons, adolescents et vieillards dans la plénitude d’exister par le véhicule d’un corps bon à éprouver.

Merci pour ce 13 juin métaphysique.