12 mars 2026

Gisèle Pelicot et Jeffrey Epstein, couple de l’année 2026.

Aux deux extrêmes de ce qui fonde la relation homme-femme, les destins de Gisèle Pelicot et Jeffrey Epstein  ont une répercussion planétaire. 


Pour que ça dure l'humain, il nous faut des hommes et des femmes et cette antique évidence se noue autant dans l’intimité que dans la vie sociale. Ces mois-ci, ce que la justice donne à voir : l'intime monstrueux d'une famille banale, l'allure dégénérée d'un ultra-riche, alimentent la figure archaïque du Minotaure, le monstre qui au cœur du labyrinthe dévore qui s'approche.  L’histoire de ces deux protagonistes, l’un prédateur menteur , l’autre fière combattante a en même temps un impact planétaire. 


Jeffrey dans "les Iles Vierges"

L'homme de l'année

Tout l’occident des puissants est impacté par Epstein, bien au-delà de sa mort, en une formidable vengeance post mortem : « à la fin vous m’avez eu et même suicidé mais à présent je balance tout, c’est l’heure de vérité.. »
Des milliers de noms , des complices, des complaisants, des cons plaisant, relations dans lesquelles s’entremêlent la corruption des âmes , la domination des corps et l’impunité assumée des réseaux de puissants. L’argent n’y touche aucune limite, pas plus que les frontières géographiques ou morales. 
Réseau 
Faire réseau, se recommander d’un nom pour accéder à quiconque. Le fameux « Trois noms nous séparent du pape ou d’un président » pris à la lettre. Escroquerie de la recommandation, fascination pour la mise en scène théâtrale et de temps en temps pour relancer le manège, le coup de pouce ou le coup de queue. Intellos, politiques, riches, célébrités tout fonctionnait en réseau, pyramide de Ponzi où chaque entrant recommandait deux ou trois connexions alimentant le tournoiement. Avec régulièrement la relance d'énergie par le sexe à gogo pour happy few, sans limites, off-shore. Jusqu'à ce que ça coince définitivement et que la pyramide s'effondre en le tenant par la corde. 
Ça a marché jusqu'à ce que ça ne marche plus. 
 

La femme de l'année

Gisèle, en janvier 2025, à Vienne, sur les bords du Danube

L'autre femme de l'année est Gisèle Pélicot, publiée dans 22 pays  au moment où les trois millions des Epstein files sont en consultation mondiale.  
Ça a marché pour monsieur Pelicot jusqu'à ce que ça ne marche plus. Une photo de trop sous des jupes et toute sa pyramide secrète s'effondre. Comme s'il attendait qu'enfin quelqu'un lise toute cette soigneuse documentation.
Gisèle Pélicot bascule en quelques secondes d'une vie banale, presque heureuse à celle d'un théâtre de la cruauté dont elle est le personnage central.
Utiliser les moments d'abandon, ceux du sommeil, des vacances, du chez soi pour en faire la scène obscène de la mise en pâture publique, anonyme, en utilisant le ressort de l'anonymisation fantasmatique des réseaux. Sans Internet, pas de mise à disposition de la féminité sur la place publique. Tout homme a le droit d'y prendre une femme comme il l'entend, en assujettissement total. Le fantasme, ce qui se chuchotait dans le noir, est rendu possible par la réalité du réseau. Je ne la connais pas, je n'y ai pas accès mais par la connexion anonyme, par la mise à disposition par le mari cela devient réel. Et la fantasmatique du crime croise le trivial du quotidien. Sur renseignement du mari, certains violeurs la suivaient dans les allées des magasins lorsqu'elle y faisait ses courses.

Déchirure du réseau, arrachage du rideau 

Le coup de force de Gisèle Pelicot est d'opposer à cette fantasmatique de l'ombre (solitude du réseau, clandestinité des rendez vous, soumission chimique, silence) la lumière de la parole et de la conscience. « moi, je ne savais pas ce qui se passait, vous tous les abuseurs vous le saviez, parlons en publiquement ».
La puissance d'Epstein reposait sur le mensonge et le partage du stupre entre privilégiés. Sa mort et les accusations de Trump, très bien placé pour en connaître les compromissions, livre la boite internet des secrets  au monde entier.
La puissance de Gisèle Pelicot repose sur la vérité d'une seule, qui retourne l'opprobre de la honte. Au lieu de s'abimer dans sa honte, elle choisit de leur coller la honte à eux et écrit à présent, sans rien taire ni cacher, sur le chemin de sa vie. Elle n'est pas une victime, elle est une personne vivante qui se tient debout, sans perdre mémoire, sans perdre parole, sans se laisser réduire au crime, en vivant en confiance. Outre les drames de son enfance dont elle a tiré un devoir de vitalité, cette force provient peut-être du fait que ses refus n'ont pas été brisés comme le viol par terrassement peut le faire et  que ce refus continue de l'habiter.. 
L'argent 
Epstein était presque milliardaire, enrichi par des escroqueries de placements financiers à la Madoff. Cette fortune était mise au service de l'Eldorado sexuel (les Iles vierges, ironiquement) et de la connexion égotiste avec tout ce qui comptait à ses yeux. 
Gisèle Pelicot a connu les saisies, les déménagements, les interdictions bancaires et les commissions de surendettement. L'amour  et la vie de famille lui garantissaient l'essentiel du bonheur. La déchirure du miroir des apparences l'a plongé dans un vertige existentiel aux rives de la disparition à elle-même.
Puis son combat lui a redonné un sentiment de liberté et d'avenir et,  ironiquement, la publication dans 22 pays la possibilité inattendue d'une petite fortune.
L'argent d'Epstein a pu être le ressort de la corruption des corps et des âmes, celui de Gisèle peut participer d'une résurrection.
Des princes, des dirigeants, des politiques apparaissent dans la lumière de la corruption chez Epstein.. Proximité de familles royales anglaises et norvégiennes, dans ce qu'elles peuvent générer de dégénéré..
Autour de Gisèle Pélicot, des anonymes, des « Monsieur tout le monde » d'humble métier, qui vivaient leurs fantasmes à petits frais, se trouvent pris dans les phares du scandale.. 
Récemment Gisèle Pélicot a été reçue par la reine d'Angleterre.

La place publique, l'agora putassière  

Ces deux scandales de l'intime, rendus visibles par la mise à nu du réseau qui les rendait possibles, « ébranlent » le monde entier car le sexe et la domination qui peut s'y exercer, publiquement et intimement, constituent le réacteur nucléaire de la relation entre hommes et femmes aux temps de la démocratie..   Hors registre démocratique, tout cela n'aurait aucun impact et pourrait durer clandestinement ou discrètement. En système démocratique il y a  scandale et cela interroge chaque intimité : on en parle au café, à la télé, sur les réseaux, dans les journaux et au lit.. Et c'est très bien.. 

  • Gisèle Pélicot, Et la joie de vivre, Flammarion, 2026 - un livre émouvant
  • https://www.justice.gov/epstein - trente-mille documents plus ou moins caviardés


28 décembre 2025

Le passé ne nous condamne pas, à nous d'en tirer une orientation de sens, l'enseignement de Viktor Frankl

La Vienne des années 20 et 30, les profondeurs de la psyché

 Si Freud a découvert dans la Vienne impériale finissante le vertige de l'inconscient et la puissance du refoulement, le travail psychanalytique de remontée vers l'origine traumatique a montré pour certains les limites d'action. 
Victor Frankl, toujours à Vienne, après s'être fait exclure de la première société de psychanalyse freudienne puis de la seconde, initiée par Adler a développé une psychothérapie passionnante qu'il a nommé logothérapie. Le principe qui me paraît très contemporain et activable dans le coaching est que « nous ne sommes pas définis par ce qui nous arrive mais par ce que nous en faisons, notre attitude envers notre passé », notamment par nos décisions. 
Frankl , d'origine juive est resté en charge d'hôpital psychiatrique à Vienne, notamment à l'hôpital Rothschild, jusqu'en 1942.
 

Une théorie de la résilience

Dans cet hôpital il travaille notamment sur le suicide des jeunes et des femmes, avec pour perspective dans cette époque de grande précarité matérielle et existentielle « de dessiner ce qui permet de retrouver l'équilibre ». 
Sa conviction fondamentale est que le passé en soi ne détermine pas ce que nous sommes et ses conclusions tiennent en trois principes : 
- notre structure personnelle conditionne la traversée des épreuves
- quelle attitude envers le passé développons nous au présent 
- notre validation de la possibilité d'un futur partagé.

 

L'expérience personnelle du désastre

En 1942 son poste de médecin ne le protège pas de l'assignation juive et toute sa famille est déportée à Theresienstadt, lui-même ayant laissé expirer son visa pour les Etats-Unis afin de ne pas quitter ses parents qui n'en bénéficiaient pas. C'est dans ces conditions infernales qu'il met à l'épreuve ses convictions philosophiques et méthodologiques.
Seule une de ses sœurs parviendra à fuir vers l'Australie. Sa femme enceinte , ses parents, son frère périssent dans les camps, Frankl veillant lui- même sur  l'agonie de son père à Auschwitz. Il y réécrit entièrement le manuscrit perdu de son livre et survit en visualisant durant les pires épreuves ce dont il témoignera plus tard pour que cela serve à d'autres.
Il revient ensuite à Vienne et y développe donc ses travaux dans cette même continuité de la résilience : en toute situation on peut ne pas rester défini par la blessure et choisir de tenir fidélité à ce que nous sommes appelés à être. L'ancrage d'un sens par  l'action, vers soi, vers les autres, à humble ou dérisoire moyen , dégage le degré de liberté minimal qui maintient le projet de vivre. 
Au moment du cinquantenaire de l'Anschluss en 1988, sa communication porte sur la nocivité du thème de la culpabilité collective pour les jeunes générations.
Son poste de directeur du département de neurologie pendant 25 ans lui permet de diffuser dans le monde entier sa vision d'une dimension noologique (spirirituelle) propre à chaque être humain et qui déploie les pouvoirs de l'esprit.

La tragédie du Sida, quand rien ne semble rester que l'horreur

Lorsque l'épidémie de Sida survient, plusieurs jeunes malades sont atteints et apparaissent vite condamnés par la maladie. Drogue, hypersexualité amène ces très jeunes gens à une mort précoce, de l'ordre de quelques mois. Dans la méthodologie Franklienne, il est proposé aux patients d'une unité dédiée de peindre une icône de leur vie, symbolisant leur passage et de la remettre à une personne de leur choix après leur mort. Un ami, un parent, un membre du personnel de l'hopital..
Durant ces douze mois, en dépit des comas, des lassitudes ou des crises, tous ont terminé cette icône avant de mourir et en fin de vie, tous ont eu une mort plus paisible, avec moitié moins de médications anti-douleurs que les patients d'autres unités.

Un guide de vie

Frankl toute sa vie éprouve le vertige et pourtant "grimpe vers le haut".
A 68 ans il passe son brevet de pilote.

 

« Le passé, ce que vous avez affronté, ceux que vous avez aimés, les conquêtes mais aussi ce que vous avez enduré avec courage et dignité, aucun pouvoir sur terre ne peut vous le prendre » répond t-il à l'alpiniste Reinhold Messner qui lui demande comment affronter  le déclin d'une carrière.

C'est en cela que le coaching peut orienter vers le dépassement : nous ne sommes pas prisonniers du passé, ni des blessures. Il nous appartient de l'orienter vers un futur assumable et partageable.  Le coach est cet éclaireur.. 

Viktor Frankl Museum Wien, Mariannengasse 1, Vienna, Autriche


5 décembre 2025

Théâtre de l’Odeon : du bidon au très bon

Ce que peut le théâtre : deux extrêmes au Théâtre de l’Odéon, redîmé par Pasolini.

La luz de un lago  , posture d'imposture

Face public une sorte de performance prétentieuse..

Bidon arrogant innocent dictatorial mal digéré révolutionnaire de joujou..

Confondant l’amour et le sexe, le vacarme et l’émotion. Assis tranquilles sur leur technophobie technophile. Comme une longue masturbation devant une télé mal réglée. Une tarte à la crème d’étudiants de deuxième année (tartes de merde argileuse jetée sur l'écran à la fin comme s'ils conchiaient le théâtre bourgeois, en faisant bien attention cependant à tout laisser propre) . Inanité en trois langues surtitrées.
Lunettes noires dans le noir, même Julio Iglesias ne le fait plus.
Trop cher (puisqu'on se trouve cantonné sur la scène jusqu'au lever de rideau final qui découvre la belle salle toute vide mais ont il faut payer la jauge je suppose) . Plutôt que de le revoir encore comme je le prévoyais j’ai revendu ma place à bas prix en prévenant les acheteurs de cette spectaculaire inanité prétentieuse. Comme c’étaient des jeunes je leur ai fait l’hypothèse d’une incompréhension générationnelle et leur ai souhaité un beau spectacle. 
Un théâtre de posture. Une imposture donc.

 

Pétrole, Pasolini, Creuzevault, géniale création collective avec la troupe 


Une semaine plus tard c’est la première de Pétrole , la pièce montée par l’équipe de Creuzevault à partir du torrent Pasolinien  de Pétrole. Un texte inachevé, dans son aboutissement et sa structure mais d’une cohérence messianique sur la jouissance de la domination capitaliste, la corruption des âmes au travers du corps crucifié du poète. Immontable , presque illisible dans sa suite de notes et de bref essais ou saynètes. Et pourtant guidés par Creuzevault ils en tirent un maelström parfaitement contemporain même si les références sont du XXeme siècle. Ça se termine. C’est plutôt génial. Des moments formidables. Un propos vertigineux. Pasolini incante, à la croisée du sexe et du politique tragique bouffon. Une séquence d’anthologie lorsqu’une vidéo nous offre le monologue d’une force obscure (un Dieu omniscient) sur la sainteté, prenant le masque du Diable dans l’Algeco pétrolier jeté sur scène, avec son voyou ironique (un ange ?) en arrière plan. Aussi une séquence de pure transe où l’intello ou le cadre lucide s’offre et se pâme d’être enfin possédé par le prolétariat des terrains vagues, par le vrai peuple viriloïde qui peut négligemment et bien sûr contre argent, enfiler le cadre corrompu, le poète perdu.

 Le théâtre est parfois le lieu de la vérité. 

 

La luz de un lago, 
Pétrole, création collective mise en scène par Sylvain Creuzevault ,
jusqu'au 21 décembre, au Théâtre de l'Odéon, quelques rares places encore, 

4 novembre 2025

Le film Bugonia, une actualité de la rhétorique

 
 

Qui suis-je ? Où vais-je ?

Toujours ces films uniques de Yorgos Lanthimos. 
Deux branquignols enlèvent et séquestrent la Présidente d'une grande compagnie industrielle, la soupçonnant d'être une extra-terrestre.
Outre le télescopage des discours tels qu'ils apparaissent dans leur extrême délire aux Etats Unis (par quelle prouesse des cinéastes démiurges parviennent-ils encore à arracher des millions de dollars à des studios pour dénoncer, documenter la faillite civilisationnelle en cours là-bas, Bugonia ce jour, One battle after an other l'autre jour ?), deux remarques sur ce beau film de rhétorique (quand tous les combats sont épuisés, il ne reste plus que la parole comme arme ou relation).
Il n'est en effet question dans cet enlèvement ni de sexe, ni d'argent mais de dialectique rhétorique. Comment convaincre l'autre, par quels compromis, acquiescements, reconnaissances avec comme risque de décrochage le déchainement de violence.  

Le gamin sur son petit vélo a grandi

Le promoteur de l'enlèvement, persuadé que le personnage d'Emma Stone est un alien issu d'Andromède roule à fond sur son petit vélo, entre bicoque déglinguée et entrepôt de colisage. Ces courses plus ou moins longues ou déchainées me paraissent issues tout droit du petit vélo du gamin qui dans l' E.T. De Spielberg, échappait aux poursuivants avec son petit VTT. Il a continué à pédaler et le voici arrivé tout droit, vieilli, complotiste, déglingué dans une Amérique bien plus désenchantée.

 Ces patrons déments venus d'ailleurs

L'autre remarque c'est ce personnage de  Présidente de Company. Elle est parfaite d'arrogance, de beauté, de jeunesse inaltérable, de contrôle et Lanthimos prend au mot ces dirigeants dingos des Gafa qui rêvent de nouveaux mondes et de nouvelle humanité. Ce sont bien littéralement des extra-terrestres.

Casanova s'expose à Venise - Fondation Cini

 L'anniversaire d'une évasion

Donc ce 31 octobre dans la nuit, nous étions devant cette porte par laquelle Casanova, le lettré très vénitien s'est enfui de la prison des Plombs, cette prison bien nommée qui surplombe le Palais des Doges. Dans la nuit du 31 octobre au 1er Novembre 1756.

Au petit matin le fugitif Casanova traverse cette place, essayant de ne pas trop courir, jusqu'à la première gondole

Toute une nuit à finir de desceller les pierres de sa cellule, grimper acrobatiquement sur les toits de zinc avec son nécessaire et encombrant compagnon de cellule le prêtre Balbi, descendre avec des draps noués, récupérer une échelle, errer dans les vestibules labyrinthiques du Palais et en sortir au petit matin, opportunément revêtu de l'habit à jabot de dentelle avec lequel il avait été enfermé quinze mois auparavant sans connaître ni le motif ni la date d'un jugement à venir. Invectiver le gardien de la grande porte du palais en prétendant y avoir été enfermé par erreur toute la nuit. Courir jusqu'à la rive la plus proche, sauter dans une gondole et s'y effondrer en larmes devant le gondolier « comme un enfant qu'on dépose à l'école »
S'ensuivent des années (18 ans avant de remettre un pied à Venise)  de vagabondage libertin libéral  sur le Théâtre européen de sa vie, dont il est l'acteur, le metteur en scène, l'auteur et même le public.
Traversant l'époque, ses tumultes aristocratiques, ses philosophies, ses jeux et ses séductions, côtoyant franches canailles, prostituées, honnêtes marchands, seigneurs de guerre, princes de haut lignage, armé de sa seule parole, sa conversation. Un homme d'esprit qui rêve qu'on l'écoute. Sa fuite de la Prison sera l'une de ses seules publications fameuses publiées de son vivant, avec quelques considérations philosophiques et libelles. Ce récit d'évasion lui ouvrira de nombreuses portes et dans toutes les assemblées il se plaira à en raconter l'exploit et ce que cela exprime du pouvoir du fameux Conseil des 10   sur la société vénitienne.
Plus de deux siècles plus tard, cet aventurier du XVIII eme siècle ne dispose toujours pas, à Venise ou ailleurs, d'une rue, d'une place ou même d'une impasse qui porterait son nom alors que c'est par ses écrits, son « Histoire de ma vie »  que le XVIII eme siècle vénitien et européen se donne à voir. 
Ses cérémonies, ses fêtes, ses aventures libertines et politiques, la manière dont on gagne l'argent, comment on le dépense, les chemins de la ruine, de la gloire, des armes et du sexe, tout s'y entrelace dans la belle langue française du XVIIIeme.
Subsistent de cette époque, des architectures, des rues, des canaux, des tableaux que l'on se plait à reconnaître dans cette Histoire de ma vie, rédigée non pas en captivité comme l'autre fameux vénitien Marco Polo mais reclus comme bibliothéquaire du chateau de Dux en Bohème chez un vague cousin Waldheim du prince de Ligne, ami protecteur de Giacomo.    
Sept ans au soir de sa vie à reprendre le fil de sa vie, avec ses désastres, ses hauts faits, ses rencontres et se surprendre « à en jouir une seconde fois en les écrivant ».
 

Deux expositions pour l'évoquer, sur le mode de Stefan Zweig  racontant "le monde d'avant"

Deux expositions discrètes (aucune information ou publicité sur les canaux officiels de la communication vénitienne, juste quelques affiches au coin de certaines  rues) honorent cette mémoire ces jours-ci à Venise.


Les deux sous l'égide de la Fondation Cini. La première, Casanova et l'Europe, est très attentive à illustrer ce mouvement incessant à travers l'Europe, malheureusement en un italien rapide non sous-titré (alors que le récit a été écrit en français !), en animant grace à l'IA les documents d'époque. On y voit grimacer le visage de Voltaire, voguer les navires, s'animer les  places v


     

énitiennes et les avenues de Saint Petersbourg. Surtout c'est mis en scène par le décorateur du Théâtre de la Fenice  qui s'est attaché à scénographier ce labyrinthe des passions et aventures en respectant amicalement le destin du bad boy vénitien.
L'autre est plus convenue, Casanova et Venise, se contente de rassembler quelques œuvres, souvent  vues ailleurs et qui témoignent non pas de Casanova mais du Venise que connaissait Casanova à l'époque. Rajoutons y quelque joli portrait de Watteau peint par Rosalba Carriera, peintre vénitienne voyageuse de même époque et l'expo est vite vue. 
Si Sollers était encore vénitien, il organiserait la grande exposition Casanova qui manque encore à Venise.

 

Casanova e Venezia, Galerie du palazzo Cini, Dordosuro, Venezia
Casanova e l'Europa, opera in piu atti
Fondation Cini
Isola de San Giorgo Maggiore
Jusqu'au 2 mars 2026