Ce pays est ingouvernable, dissipation du Bien Commun...
Jouissance du mécontentement
Un récent sondage paru dans la Tribune du dimanche est aussi drôle qu'atterrant : tous les candidats à la présidentielle y sont évalués avec leur part de satisfaction et leur taux de mécontentement.
Marine Le Pen et Bardelle arrivent en
tête des suffrages de contentement mais pas un des candidats (à
l’exception de David Lisnard trop inconnu) n'affiche un taux d
mécontentement inférieur à 55 %. Ainsi quel que soit le candidat
qui l'emporte au final, il devra faire face d'emblée à un taux d
mécontentement supérieur à 50%.
De Gaulle avait commenté de
même qu'un pays qui a 365 fromages différent ne peut être
gouverné. Les fromages n'avaient fait de mal à personne tandis que
cette insatisfaction affichée témoigne d'un épuisement
démocratique : on se réjouit d'être opposant. On parlait
auparavant d'une convergence des luttes, aujourd'hui il s'agit plutôt
d'une agrégation des mécontentements qui rassemble au chaud de la
détestation du pouvoir des gilets jaunes, des lycéens, des
policiers, des fonctionnaires et des chauffeurs routiers ou de VTC,
des agriculteurs roulant au diesel, des pro-mégabassines, des
végétaliens, des grands patrons et des petits commerçants, etc..
Le « Bien Commun » devient une cible
Conjointement aux manifestations, l'appel à « désordonner » la rue comme « bordéliser » le Parlement induit une tentation de la violence spectaculaire qui attire tous les laissés pour compte, les prédateurs individualistes juste tenus par la culture de bande (nous contre eux tous, sans foi ni loi). Et ça s'étend à toute institution : école, université, mairies, office de tourisme.. Ce qui appartient à tous peut devenir cible de saccage..
Et il n'est pas besoin de tension revendicative pour le constater : les Velib parisiens sont chaque jour l'expression de cette perte du bien commun. Vols, dégradations gratuites, vandalisation par désœuvrement. A un système structurellement défaillant, le vandalisme quotidien ajoute sa touche d’imprévisibilité et de détérioration de la ville.
Le bien commun, ce que nous devrions
respecter parce qu'il nous appartient s'amenuise.
En Allemagne, en
Suisse, en Autriche, en Espagne en Angleterre on peut prendre des
vélos en libre service plus ou moins performants mais pas autant
vandalisés, freins abîmés, tagués, poignées arrachées, pédales
tordues qu'à Paris.
Bandes périphériques, générations disjointes
J'y lis deux tendances :
- des drop out qui n'attendent plus rien de ce monde que de le voler puisqu'ils ne peuvent accéder à la part clinquante des objets (ce ne sont pas des magasins de légumes ou des librairies qui ont été pillées mais du parfum, des fringues, des alcools ou de la technologie). Pour cela, de la sanction, du name and shame, de la remédiation..
- Un écart générationnel : les
grands adultes ont peur de la jeunesse différente, certains jeunes
mettent sur le compte de tout adulte de plus de 35 ans l'état
dérélictif du monde. En Espagne ou en Italie, un retraité peut
tutoyer un jeune tatoué et ils peuvent établir quelques échanges
de quotidienneté. Dans nos grandes villes d'ici s'établit un
silence intergénérationnel que la crainte, le ressentiment, les
applis et les écrans des uns et des autres entretiennent, Osons nous
mêler de la vie des uns et des autres, d'un bonjour à une question,
à une écoute, à un partage de distraction..
Il est encore
temps de partager quelques fromages..




