12 septembre 2026

Prendre la mesure du Temps et de l'Espace, presque la moitié d'un Tour du Monde

 

Paris vous aime » l’amour fait tourner le monde?

    Au pied du Temple du Ciel
Ici retranscrit le dernier post de ma chronique d'été de pérégrination autour du monde. 
 

Voilà, atterrissage Roissy. « Paris vous aime »m’assure le magazine. Je voudrais plus… 

Ma pérégrination se termine ici, en demi-cercle : M. , je ne peux qu’à peine prouver à ton gendre que la Terre est bien ronde. Avec cette moitié de tour se boucle aussi ce journal de bord, débuté sur incitation de la maison de retraite de ma mère Alice qui a abandonné l’usage rationnel du téléphone. Il a largement dépassé cette première destinataire puisque aux quelques uns et unes qui me demandaient des cartes postales, j’envoyais ce lien et le propos en a rapidement dépassé les nouvelles rassurantes qu’un fils envoie à sa mère ravie d’inquiétudes. Je ne sais qui l’a lu et quoi car il n’y a pas de statistiques ou d’identification des lecteurs. C’était donc écrit à la cantonade et c’est assez vite devenu une petite méditation du matin sur les impressions de la veille. Quelques notations sur le monde par le prisme de mes hasards et rencontres, comme des petites leçons que le voyage m’aurait proposé. 
Ma question pendant ce « fast and slow » périple (bouger vite, savourer paisiblement) , était celle de la mesure du temps et de l’espace. Je m’y réponds donc, sous votre regard. 

L’espace. 

L’espace n’est plus orienté vers l’Occident , avec Hollywood en réacteur des désirs et l’Europe en horizon démocratique. C’est passé. Les pétromonarchies depuis longtemps proposaient déjà un système postmoderne alternatif de puissance capitalistique, avec accentuation des cultures de classe. Ça pouvait être un futur. Mais la chute du Mur et la prolifération immédiate de dizaines d’autres ont dissipé l’ancienne polarité Est/Ouest et introduit un vague Nord/Sud, chacun de ces pays ne rêvant pas d’un Nord mais trouvant en lui même son Centre. Pays continents comme l’Inde ou la Chine mais aussi bien inscrits dans leur territoire. Car parfois le mythe s’y superpose à la géographie et c’est heureux et puissant pour ces pays. Donc des centres un peu partout, avec leurs app, leur musique, leur système politique (la plupart de temps sans presse).

 

 Le Temps 

Les pays les plus assurés agrègent leur passé depuis l’immémorial jusqu’aux temps de la modernité coloniale. L’Inde en est exemplaire. Clairement fondée par des Dieux vers qui on peut intercéder dans chaque méandre du Gange ou antique banyan des rues défoncées, elle reconnaît la propulsion par la grandeur de L’empire et son indépendance par Gandhi et Nehru. Du coup , ces pays qui savent d’où ils viennent se livrent résolument, joyeusement à l’avenir.

 Le Kenya, identitairement assuré de ses éléphants et lions, au cœur même de Nairobi, trépide vers un demain de vitalité. 

La Chine, idem, renoue avec son immémorial politique (les Ming, les Quin) et s’avance d’autant plus conquérante vers le demain. Elle n’est plus l’atelier du monde mais son principe d’innovation. Techno-sociétale. Je me souviens des Mao qui parcouraient mes cours de lettres ou d’ethno en soutenant mordicus que là-bas la peine de mort avait disparu (heureusement j’étais sceptique) et que la première des libertés n’était pas un passeport pour voyager, dans le pays ou ailleurs , mais bien de se nourrir grâce un bon emploi. (Ça ça me faisait réfléchir). Et ça fait réfléchir encore beaucoup de chinois. Les foules ne sont pas ici de triste résignation, mais souriantes, animées et de tendresse parmi les couples. Partout des smartphones pour essentiellement se mirer dans la technologie. . Et pourtant absolue société du contrôle. 

Il y a évidemment quelques dissidences : intellectuels, artistes mais celui qui voudrait la manifester est voué au silence. A la moindre velléité, par la reconnaissance faciale, par le contrôle public dans la rue et par la surveillance des réseaux, celui qui voudrait manifester un dissent est immédiatement identifié (et ses parents et progénitures avec lui). Aucun moyen de lancer souterrainement un mouvement de foule (ça nous attend peut être aussi, au détour de la technologie ). Donc tant que le Parti assure le bien être (gratuité des transports, des musées pour les seniors..) et la prospérité, (puissance des app, automobile électrique , IA ) ça continuera. Si la prospérité défaillait, alors peut-être autre chose.. 

Sur le Temps , mon hypothèse déjà ancienne vaut toujours : le temps s’accélère, par la convergence exponentielle (qui ne s ajoute pas mais se multiplie) des Nano, info, bio, génético, surdopées a l’IA. Ce qui doit arriver dans le futur ne se fait plus à une échelle de 10 ans mais de 10 mois. (A l’exception du sur place de la guerre comme en 14 de la Russie en Ukraine). Les plus dynamiques étant les sociétés qui assument tout leur passé, originel, mythique et politique. C’est pourquoi la Chine est le moteur principal de cette dynamique. Lorsque, à ma question il y a 12 ans a l’Insead , sur ce qu’il nous restait puisqu’ils voulaient tout de l’industrie et du commerce, l’ambassadeur chinois m’avait répondu sans sourire «  les fromages et un peu du luxe ». J’avais alors une autre question sur le retour de la puissance et il n’avait pas su me répondre : qu’en était il de l’art ancien et contemporain ? Pour l’art ancien c’est devenu clair , aucune antiquité de l’époque Ming ne peut se vendre aux enchères dans le monde sans qu’un acheteur chinois ne tente de l’acquérir. C’est à dire « retour en Chine natale » Les galeries d’art contemporain existent à présent mais elles ne sont pas encore déterminantes. 

Mais les œuvres d’inspiration ancienne , sculptures , tentures, bas reliefs s’exhibent dans le Métro ou dans les rues. Pour moi , dans ma mythologie personnelle, nourrie de littérature poétique , de tango de l’intime, d’attention aux manières de vivre le temps, il m’a bien plu que l’attention au Tao (dette Monod et Sollers) en ait été le moteur inspirant et que la conclusion ultime de retour se manifeste  à la troisième répétée visite du Temple du Ciel. 

 Deux notations encore : 

1. Dans le Temps actuel de ma constante jeunesse j’ai soudainement été surpris par une inédite atteinte de l’âge. J’y ai compris que le premier véhicule de notre âme et de nos voyages est le corps. Santé, camarades ! 

2. Plus important : si le temps conditionne tout passage et pourtant s’accélère, alors notre attention doit absolument, vitalement, se porter vers les jeunes qui sont notre futur mais qui parfois pourraient être la fin. Transmettre, témoigner de l’expérience du temps, saluer leur interprétation. Salut jeunes gens de tous âges ! 

Heureux atterrissage chez Anselm Kieffer à Pantin

 

Anselm Kieffer, vers l'antique qui vient

 

Le 9 mai , jour d’Hiroshima sentimental à Milan pour moi, j’ai vu seul sa série des alchimistes, des femmes alchimistes au Palazzo Reale. Mystérieuses et rendues à leur puissance..

Marie de Bachimont, 17eme siècle, inquiétante concoctrice de potions  
Sabine Stuart de Chevalier, Discours philosophique, 18eme 

Les dernières propositions d’Anselm Kieffer sont monumentales : elles nous regardent. Nous voilà en sujétion devant elles. 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

  

 

 

 Le 11 septembre, date Hiroshima des new-yorkais j’ai vu, de nouveau dévastement seul, sa série des Nymphées dans l'accueillante immense galerie Thaddaeus Ropac de Pantin. Des peintures monumentales qui nous surplombent et nous accueillent telles les autels d’une mystique ancienne à venir.

Jardin , noyer des Hespérides

 

  

La matérialité de sa peinture faite de croûtes et de stries violentes, de couches sédimentées, décrit notre monde, la manière dont il nous parvient au travers du temps. Notamment pour les nymphäum, les séjours des nymphes. C’est plutôt témoignage d’horreur et Kieffer n’oublie jamais qu’il a gadouillé enfant dans la boue des cratères de bombes. Et qu'il a appris ensuite comment la barbarie était née dans ce qui se pensait l’une des plus hautes cultures d’Europe. Donc une peinture hantée mais dont le chaos primordial s’organise pourtant souvent en perspectives et compositions. 

Ces deux expositions sont puissantes dans leur production (le mec propose une quinzaine de ces toiles en une année. Des équipes d’assistants arrivent chaque petit matin mais Kieffer l'ancien, le soir la nuit revient, retravaille son motif, de toiles en toiles , dans la série. Elles sont peintes comme il écrirait les feuillets d’une révélation sous une dictée divinatoire). Au cœur , la plupart du temps en surplomb, là-haut dans la toile, un visage de femme apparaît. Pas très bien dessiné , pas ressemblant , recollé, mais expressif. Pas un portrait mais une évocation. Un nom , des yeux. Ça nous regarde. Ou parfois ça se laisse regarder alors que le personnage s’adonne à un baiser, une union. Dans notre monde d’ici hanté par les cycles de violence, par le génie de la destruction, par la prolifération qui s’annonce des techniques d’absolue dénaturation, Kieffer ouvre les portes de nouvelles et antiques spiritualités. On y accède par les femmes, alchimistes ou nymphes, nimbées d’or comme Klimt l’avait pressenti aux temps d’avant la catastrophe. La plupart des si beaux modèles ou mécènes bourgeois de Klimt ont fini dans des camps d’extermination et Kieffer (et Kerstin) prennent le relais de ce tissage d’or qui malgré tout maintient sa brillance de recours. J'aimerais me réveiller chaque matin sous une de ces alchimistes (Mary -K ?- de Bachimont)  ou devant l'autel des nymphes des Hespérides.. 

Pourquoi les femmes , alchimistes de savoir ou nymphes de l’entrevoir ? 

Parce que dans la spiritualité qui vient, il s’agit de ressentir comment le monde est habité par le temps, par la puissance créative de la vie. Le bruissement des feuilles, le ruissellement d’une pluie d’or, la recomposition des molécules, tout ça nous dit que le monde est d'abord habité par le temps et que certaines cérémonies ou méditations savantes nous y connectent. Dans cette germination de la création qui tient, les hommes sont l’élan vital, le coup de reins qui lance la roue mais corporellement le travail du temps , l’arrêt du cycle lunaire, la lente apparition puis recomposition des organes, toute cette alchimie se déroule (pour encore quelques années ) chez une femme, jusqu’à l’incroyable déchirure de la mise au monde. Et cette initiation confère donc un savoir qui peut se laisser entrevoir dans une forêt perdue, dans un fond de grotte (la Crouzade narbonnaise de ma mythologie personnelle) ou même depuis Central Park.

Kieffer est le passeur démiurge candide de cette religion, de cette antique magie qui se maintient encore dans la tonitruance de l’instant.

Nymphäum, Galerie Thaddaeus Ropac, avenue Général Leclercq, Pantin, (métro Eglise de Pantin) jusqu'au 25 Octobre 

2 juillet 2026

Lumieres vertes versus Lumières sombres, une aimable plaisanterie

Puissance du néo-fascisme américain

On a pu croire que la dérive américaine était le fait d’un vulgaire fou, stade buzz terminal d’une obscène hyper-réalité. Mais l’ouvrage d’Arnaud Miranda nous avait déjà éclairé la dessus, à la manière de Giuliano de Empoli sur le système poutinien : sous-jacent au Trump 2 une puissante vision philosophique et performative organise la destinée du monde. Pour le dire rapidement, elle se résume explicitement et positivement à « Democracy is done » : la démocratie c’est fini, c’est ringard, c’est pourri et là où elle tient encore nous allons la balayer.

Les Lumières de la Révolution française et américaine ont dessiné deux siècles d’histoire , avec même la culmination de la victoire sur le nazisme comme tentative de ré-ancrage dans une mythologie suprématiste. Mais une conjonction hasardeuse de cyber punks, de philosophes paradoxaux , unis dans leur brillante détestation de la mollesse de la bien bien-pensance ont fomenté et documenté une alternative à la démocratie.. Ayant comme nous lu Baudrillard et Deleuze.

Baudrillard s’en tenait délicieusement à sa théorie des « stratégies fatales » : s’opposer , être dans le « contre », c’est encore nourrir le système ; celui-ci s’effondrera de lui même , toutes perfections réalisées, le virus étant la figure merveilleuse de l’anéantissement des systèmes accomplis. A la différence de Baudrillard , ces penseurs ne veulent pas assister ou commenter sur le mode de Néron contemplant l’incendie de Rome : ils accélèrent la chute et anticipent l'étape suivante, en cours de réalisation. 

Et leur allègre détestation rencontre l’accélération des temps produite par la convergence des techno-sciences et de l’IA. Et elle est soutenue par les opérateurs démiurgiques qui façonnent notre monde. Une sorte de rencontre improbable, de fusion nucléaire, comme si en France, entre notre chère Preciado ou Tristan Garcia et Houellebecq, les réseaux d’influence Bolloré, l’argent de Bernard Arnault et les systèmes industriels de Total et Dassault s'épousaient. Mais multipliés par 1000 car nous sommes aux États Unis.

Lumières vertes perdues dans l'immensité de la propagande 

Alors bien sûr quelques fonctionnaires progressistes ou alter utopistes peuvent investiguer et nous donner à voir quelques lumières vertes qui seraient alternatives à ces Lumières sombres mais c’est peanut's : « Drill, baby, drill ! » est le mot d’ordre , l’IA vire les humains de leurs emplois de codeurs, de banquiers, de traducteurs, de consultants et de psys et s’apprête à engloutir des ressources d’énergie nucléaire tandis que l’armée américaine, héritage de la Nation, est dirigée par des énergumènes de l’instantanéité, biberonnés aux jeux vidéo. « Kill them all » est leur credo. Rien à voir avec le temps long des mollahs obscurantistes ou celui des confucianistes joueurs de go.

Le rêve martien, nouvelle Australie 

Le pouvoir , l’argent, les idées, le buzz, les ressources tout s'aligne au service de ce nouveau paradigme éclairé par le sombre et dont même les opposants démocrates , dans leur déréliction, tirent profit. Elon Musk, pivot de ce système, a auto célébré sa démente introduction en bourse en se félicitant d’avoir su « vendre du rêve » à l’Amérique (25% des parts réservés aux petits porteurs qui se sont rués sur l’offre).

Son rêve de coloniser Mars est le plus fameux délire d’une époque analphabète : ce ne sont pas les Moghuls du techno-fascisme qui iront sur Mars, la Terre promise restera définitivement la Californie. Ce sont comme pour l’Australie , les types virés par L’IA, des migrants dépossédés, des bagnards , des russes de Wagner qui partiront pour le fun ou pour assurer, en échange de 10 ans de service martien, une belle vie à leur famille restée au village. De ces dépossédés de leur être Dostoïevskiens, on en trouvera des millions en 3 jours. Voilà la dynamique, portée par la majorité votante de la démocratie américaine.

 Le temps des Navajos, des Sioux et des Hopis

Donc les lumières vertes comme alternative sont une aimable plaisanterie. Ça finira en allant vers le pire. Les États Unis ont vécu la réalisation de l’Utopie, les États Désunis connaîtront une ruine messianique à la hauteur de leur délire actuel. A ce moment là il restera toujours heureusement quelques Sioux et Navajos pour garantir la continuité d’un monde lié à la Terre et au Temps ainsi que quelques rêveurs de communautés harmonieuses.

Et puis ça recommencera. Pareillement et différemment.

15 juin 2026

Thanatos et Eros à Vienne le 13 juin - Lidell Gaypride

 Il arrive parfois que le monde (l'univers ?) déploie ses signes à qui le nécessite. Ce 13 juin, après une sorte de salutation méditative dans les marais de la rivière Muhl, martins pêcheurs, héron, bergeronnettes, faucons  et toute cette sorte de délicats corbacs immémoriaux , je suis rentré en ville à Vienne pour quelques moments plus contemporains. 

Thanatos

Angelica Liddell honore le destin de Mishima, poète romancier qui clôtura sa vie incandescente par le seppuku du suicide rituel des samouraïs. Éventration du centre de l’énergie, le Hara puis décapitation. 

La martialité chère à Mishima est ici, chez Liddell, déployée en profération poétique. Danseurs Nô puissamment traditionnels et déjantés comme savent l’être les maîtres nippons. Un casting préalable recherchait des figurants actifs mais il fallait avoir "moins de 30 ans" et "disposer de compétences d'infirmier". Pour l'une des deux raisons je n'ai pas tenté le recrutement.

 

Angelica sage observante du cérémoniel Nô - ça va pas durer

Très rapidement tout le monde est nu et on peut se rhabiller et passer aux choses sérieuses : l’inanité du vivre , le destin fatal et la tenue de la vie jusque dans l’ultime. Sang et sexe conjurés dans l’enceinte du rite poétique. Endossement de la sortie du vivre de chaque disparu (Liddell, nue, sexe couvert de la main, porte successivement le vêtement d'un disparu, tunique qui lui est cérémoniellement apporté par une déambulation Nô).

On croit qu’on a tout vu, tout compris du mouvement de fond lorsque Angelica se lance dans une bouleversante supplication de la fin. (« Je demande la fin ») Longue litanie puissante qui arrache des applaudissements au public. « Me parece que no me escuchais ! » (j’ai l’impression que vous ne m’écoutez pas) dira-t- elle un peu plus tard.

On s’attend à une vision suicidaire finale mais c’est plutôt l’incantation des corps et le salut de la jeunesse (beaux garçons évidemment) qui éclairent les derniers tableaux de cette consécration de Thanatos. N’oublie pas que tu es un « être pour la mort ». C'est bouleversant, c'est nécessaire. (On peut aussi se l’éviter).

Éros

Ce même jour à Vienne , les rues étaient saturées de couleurs et de basses boum boum. C'était jour de fierté. Gay Pride. Des créatures , des couples, des groupes, des baisers , des étreintes et des rires. Une belle et bonne ambiance. Tout va mal mais nos corps exultent. Une Bacchanale qui rallie paisiblement (en musique) homos et hétéros, beaux et moches, filles et garçons, adolescents et vieillards dans la plénitude d’exister par le véhicule d’un corps bon à éprouver.

Merci pour ce 13 juin métaphysique.

3 avril 2026

"Democracy is done" - 2/2 - Le cas Freud

« Democracy is done » 2/2 – Le cas Freud 

Le 12 mars 1938 , l’Allemagne du troisième Reich franchit et supprime la frontière avec l’Autriche démocratique . L'Anschluss concrétise l’espace naturel de la suprématie allemande. Hitler a directement négocié puis imposé dans les jours qui précèdent au chancelier autrichien sa reddition politique : "J'ai utilisé le meilleur langage diplomatique, celui du canon". A Vienne, à la HeldenPlatz (La place des héros, dont Thomas Bernhard fera une pièce grinçante),  Hitler tient le 15 mars un discours acclamé par un million de viennois. Le troisième Reich doit durer un millier d’années , guidé par son imparable Führer. Dès qu’il a cumulé les pleins pouvoirs conférés par la République de Weimar à la suite des élections remportées en 33 par son parti, il a déjà instauré en Allemagne le parti unique , la remilitarisation du Régime et la persécution des opposants politiques (communistes, socialistes, croyants libéraux, francs maçons, intellectuels ou artistes ) et des minorités (handicapés, tsiganes , juifs ,.. ). 

 

Le cas Freud

Ce que signifie la fin d'une démocratie et les pleins pouvoirs à un parti de la haine s'exprime bien dans ce qu'on peut appeler le cas Freud, car peu à peu bien documenté dans ses sauvetages et ses victimes.
Dans les jours qui suivent l’Anschluss se met en place la même politique de persécution en Autriche, notamment à l’égard des juifs. La famille Freud , au titre de juifs, de fondateur de la psychanalyse et de propriétaires d’une entreprise éditoriale se trouve immédiatement cible de cette persécution, quelques jours après l'Anschluss. Dissolution de la société de psychanalyse, destruction ou autodafé des livres, aryanisation de l’entreprise, saisie des capitaux puis enfin mesures anti juives aboutissent à la ruine et pour finir à l’exil d’une partie de la famille. Le couple Freud et leur fille Anna parviennent à se réfugier à Londres, en laissant tous leurs biens, avec l’aide déterminante d’américains et de la princesse Marie Bonaparte qui utilise tout son entregent et sa fortune pour les arracher à un destin irréversible en juin 38. Quitter le pays nécessite de longues démarches, suppose des visas, des abandons de propriété, des taxes considérables. Ayant du signer pour partir un document stipulant qu'"il avait été bien traité, avec respect et considération", il aurait ajouté ironiquement qu' effectivement "il recommandait cordialement la Gestapo à tous".
 À Londres Freud retrouve des conditions propices à ses recherches, appose sa signature à côté de celle de Darwin dans le registre de la "Royal Society de médecine" et reçoit Salvador Dali par l'entremise de l’amitié admirative de Stefan Zweig. Ses livres et meubles et son petit chow chow reconstituent son environnement de travail. 

 

Schéma nazi de l'émigration juive entre 38 et 41 parfaitement documenté, avec parcours administratif et destinations.

Une parfaite organisation 

Passées les premières violences publiques acceptées par les nazis se met en place un système bien plus efficient et "propre". 
Dans un document du bureau nazi des émigrations juives de 1941, la pensée claire , un magnifique esprit de système s’expriment dans ce schéma parfaitement détaillé des trajectoires et profils des exilés juifs.
Tous les juifs exilés de par le monde à partir de l'Autriche sont soigneusement décomptés, classés par catégories de travail. Un dessin très complexe synthétise l'ensemble du parcours administratif (avec taxe à chaque étape) à suivre pour accéder à l'émigration. A partir de la fin 41, l'extermination massive prend le pas sur les possibilités d'émigration  juste l'extermination.

 Les quatre soeurs de Freud, trop âgées pour cet exil et trop tardives dans leurs démarches de survie se verront peu à peu réduites à leur condition de persécution. Entre autres mesures, ne pas avoir le droit de prendre les transports en commun, ni conduire ou posséder une voiture, ni emprunter de livres en bibliothèque, ne pas avoir le droit de s’acheter des œufs, ni d’enseigner , avoir de relations avec un aryen. D’expropriation forcée en relégation dans leurs appartements d’origine, elles finissent par cohabiter à 70 dans leur appartement avant que tous soient déportés (1 seul survivant à l’extermination parmi ces relégués). Les quatre soeurs Freud disparaissent anonymement en 1942 dans les camps d’extermination (dont la moitié des commandants et des gardiens sont autrichiens). Un colis envoyé au camp de concentration de Theresienstadt à ces quatre soeurs déclenche un accusé de réception avec la mention « Teresienstadt, ville refuge administrée par les juifs ».

 Retour de la démocratie et neutralité

En 45, le régime disparaît et la démocratie renaît , protégée à Vienne par les 4 alliés (américains, anglais, français et russes) aux conditions d’une stricte neutralité. Le Reich de mille ans (la grande Allemagne) aura duré 10 ans, fait disparaître des millions de victimes civiles dont juifs et tsiganes et occasionné en retour la plus importante migration du XXeme siècle : les allemands qui vivaient en dehors de l’Allemagne, parfois depuis des siècles, sont contraints en 45-46 de s’exiler en Allemagne.
Depuis cette sombre période le balcon depuis lequel Hitler avait fait son discours , acclamé par un million d’autrichiens est resté très peu utilisé. L’un des plus beaux projets de réhabilitation de ce lieu propose d’installer sur ce balcon un énorme bloc noir tiré de la carrière de Ravensbruck où des milliers d’esclaves de ce camp de concentration périrent avec la démocratie allemande. 

Le cas Freud, une exposition au Sigmund Freud Museum de Vienne, Autriche, jusqu'au 28 juin.

23 mars 2026

"Democracy is done" - 1/2

De même que la lecture du Régiment immortel, glace l’esprit, lorsqu’on y comprend que derrière la personne de Poutine se tient tout un système performant d’endoctrinement, le récent ouvrage d’Arnaud Miranda, « Les lumières sombres » inspiré du « Dark enlightments » de Nick Lang, donne à comprendre la puissance du système de pensée qui soutient le trumpisme phase 2 et compte bien durer plus longtemps que Trump lui-même. « Lumières sombres » en exact antimatière des Lumières du XVIII eme siècle qui avaient déclenché les épopées révolutionnaires. En termes de communication politique durant la campagne, les démocrates ont complètement failli : il fallait taper, dénoncer, attaquer sur toutes les faiblesses et mensonges de Trump au lieu de s’en tenir au bon goût, à la décence et à la protection des tribunaux. À présent, le loup est dans la bergerie, et il bouffe et bouffera tout ce qu’il peut, à s’en faire péter la sous-ventrière et le tiroir-caisse. Mais au-delà de la performance personnelle de son kill-management (imprévisibilité, désinhibition, brutalisme), toute une pensée cohérente, longtemps clandestine, oriente et libère cette puissance, mise à jour par Arnaud Miranda sous son appellation de néo-réactionnaire. Ce mouvement conjugue de brillants blogs pamphlétaires, provocants, tels qu’un nihiliste cyber-punk qui saccagerait tout progressisme peut le faire (Curtis Yarvick) avec la pensée d’un philosophe qui oppose l’accélérationnisme de l'hypercapitalisme au déclin démocrate (Nick Land ), et se renforce avec le soutien de post-libertariens milliardaires tels Peter Thiel qui commence avec PayPal et « s’amuse » aujourd’hui avec Palantir, la pierre philosophale des Hobbits du Seigneur des anneaux. Toute une pop philosophie, nourrie de Matrix, du Seigneur des anneaux, de Star Wars, etc y palpite. Ces références et émulations blogueuses convergent dans une déferlante réactionnaire qui promet un fascisme éclairé par l’IA et le techno futurisme. Jusqu’à présent, leurs doux rêves débiles de s’exiler sur Mars, à défaut d’île-refuge, de micro état, nous faisait rire : « qu’ils y aillent donc » disais-je mais je ne ris plus car cette nouvelle élite fusionnée avec la machine finira par tenter de nous y envoyer nous sur Mars, nous autres humains de la finitude, devenus inutiles. Trump, deuxième mouture, applique parfaitement le programme de ces SF-démiurges : par l’action, par le Brutalisme, par la destruction systématique des contre-pouvoirs démocratiques, par la mise à mort de « La Cathédrale », ( université, média traditionnels) , et du Deep State (les fonctionnaires et ONG, virés par milliers) … Le modèle : shit-storm et blitzkrieg. Et ça marche, jusqu'au crash final ou à la conquête impériale.. On verra ça au résultat. J’ai prophétisé la ruine messianique de l’utopie américaine, mais ça pourrait tout aussi bien relancer un impérialisme suprématiste. Du point de vue de la morale politique, c’est une horreur, à moins de se placer dans une perspective nietzschéenne, appuyée sur Machiavel, Spengler et le succulent de Maistre. Comme pamphlétaires, de Maistre est génial et plaisant, mais il ne faut surtout pas donner le pouvoir à de tels revanchards. L’ennui pas seulement politique mais surtout civilisationnel tient à ce que pragmatiquement, la démocratie est frustrante dans son autonomisation du politique, dans ses intermédiations , avec ses lenteurs et son égalitarisme. À l’âge de la convergence des techniques génétiques, informatiques, dopées et transcendées par l’IA, le tempo décisionnel est plus tenté par l’approche jeux vidéo (guerre de 12 jours, guerre de 3 semaines, « kill them all ») que par la processualité démocratique avec ses conciliabules Habermassiens. Attention, ce courant n’a rien à voir avec les ringardises conservatrices ou la bêtise de la foule alt right. Ils sont drôles et agréables à lire, s’inspirent dans leurs débuts des déconstructionnistes français (Foucault, Deleuze, Guattari, René Girard, …) et connaissent l’histoire des idées politiques. Aussi rafraichissants dans leurs détestations que Philippe Murray, Cioran, Baudrillard ou Houellebecq mais ils s’en distinguent par leur ferme volonté de faire advenir un nouvel ordre. Ils ne dénoncent pas, n'ironisent pas devant leurs bibiothèques-écrans : ils protestent d’un nouveau monde. L’utopie américaine a vécu, un pari existentiel sur de nouveaux temps, explicitement apocalyptiques, s'y déploie aujourd’hui. Ce violent pari sur le futur a pourtant des résonances avec le passé. Car « Démocraty is Done » s’est déjà précisément réalisé. C’etait en Allemagne il y a presque un siècle , à la fin de la république de Weimar et le programme nazi s’y est déployé dans une logique que je perçois comme « diamentielle » (parfaitement dingue). J'y reviens dans un prochain post qui peut éclairer sur les risques du présent. A vienne en Autriche se tient dans la maison Freud une passionnante et terrible exposition sur la mise en place inexorablement aboutie de la purification nazie , proprement diamentielle. J’y reviens dans un post à venir qui peut éclairer les risques du présent.

12 mars 2026

Gisèle Pelicot et Jeffrey Epstein, couple de l’année 2026.

Aux deux extrêmes de ce qui fonde la relation homme-femme, les destins de Gisèle Pelicot et Jeffrey Epstein  ont une répercussion planétaire. 


Pour que ça dure l'humain, il nous faut des hommes et des femmes et cette antique évidence se noue autant dans l’intimité que dans la vie sociale. Ces mois-ci, ce que la justice donne à voir : l'intime monstrueux d'une famille banale, l'allure dégénérée d'un ultra-riche, alimentent la figure archaïque du Minotaure, le monstre qui au cœur du labyrinthe dévore qui s'approche.  L’histoire de ces deux protagonistes, l’un prédateur menteur , l’autre fière combattante a en même temps un impact planétaire. 


Jeffrey dans "les Iles Vierges"

L'homme de l'année

Tout l’occident des puissants est impacté par Epstein, bien au-delà de sa mort, en une formidable vengeance post mortem : « à la fin vous m’avez eu et même suicidé mais à présent je balance tout, c’est l’heure de vérité.. »
Des milliers de noms , des complices, des complaisants, des cons plaisant, relations dans lesquelles s’entremêlent la corruption des âmes , la domination des corps et l’impunité assumée des réseaux de puissants. L’argent n’y touche aucune limite, pas plus que les frontières géographiques ou morales. 
Réseau 
Faire réseau, se recommander d’un nom pour accéder à quiconque. Le fameux « Trois noms nous séparent du pape ou d’un président » pris à la lettre. Escroquerie de la recommandation, fascination pour la mise en scène théâtrale et de temps en temps pour relancer le manège, le coup de pouce ou le coup de queue. Intellos, politiques, riches, célébrités tout fonctionnait en réseau, pyramide de Ponzi où chaque entrant recommandait deux ou trois connexions alimentant le tournoiement. Avec régulièrement la relance d'énergie par le sexe à gogo pour happy few, sans limites, off-shore. Jusqu'à ce que ça coince définitivement et que la pyramide s'effondre en le tenant par la corde. 
Ça a marché jusqu'à ce que ça ne marche plus. 
 

La femme de l'année

Gisèle, en janvier 2025, à Vienne, sur les bords du Danube

L'autre femme de l'année est Gisèle Pélicot, publiée dans 22 pays  au moment où les trois millions des Epstein files sont en consultation mondiale.  
Ça a marché pour monsieur Pelicot jusqu'à ce que ça ne marche plus. Une photo de trop sous des jupes et toute sa pyramide secrète s'effondre. Comme s'il attendait qu'enfin quelqu'un lise toute cette soigneuse documentation.
Gisèle Pélicot bascule en quelques secondes d'une vie banale, presque heureuse à celle d'un théâtre de la cruauté dont elle est le personnage central.
Utiliser les moments d'abandon, ceux du sommeil, des vacances, du chez soi pour en faire la scène obscène de la mise en pâture publique, anonyme, en utilisant le ressort de l'anonymisation fantasmatique des réseaux. Sans Internet, pas de mise à disposition de la féminité sur la place publique. Tout homme a le droit d'y prendre une femme comme il l'entend, en assujettissement total. Le fantasme, ce qui se chuchotait dans le noir, est rendu possible par la réalité du réseau. Je ne la connais pas, je n'y ai pas accès mais par la connexion anonyme, par la mise à disposition par le mari cela devient réel. Et la fantasmatique du crime croise le trivial du quotidien. Sur renseignement du mari, certains violeurs la suivaient dans les allées des magasins lorsqu'elle y faisait ses courses.

Déchirure du réseau, arrachage du rideau 

Le coup de force de Gisèle Pelicot est d'opposer à cette fantasmatique de l'ombre (solitude du réseau, clandestinité des rendez vous, soumission chimique, silence) la lumière de la parole et de la conscience. « moi, je ne savais pas ce qui se passait, vous tous les abuseurs vous le saviez, parlons en publiquement ».
La puissance d'Epstein reposait sur le mensonge et le partage du stupre entre privilégiés. Sa mort et les accusations de Trump, très bien placé pour en connaître les compromissions, livre la boite internet des secrets  au monde entier.
La puissance de Gisèle Pelicot repose sur la vérité d'une seule, qui retourne l'opprobre de la honte. Au lieu de s'abimer dans sa honte, elle choisit de leur coller la honte à eux et écrit à présent, sans rien taire ni cacher, sur le chemin de sa vie. Elle n'est pas une victime, elle est une personne vivante qui se tient debout, sans perdre mémoire, sans perdre parole, sans se laisser réduire au crime, en vivant en confiance. Outre les drames de son enfance dont elle a tiré un devoir de vitalité, cette force provient peut-être du fait que ses refus n'ont pas été brisés comme le viol par terrassement peut le faire et  que ce refus continue de l'habiter.. 
L'argent 
Epstein était presque milliardaire, enrichi par des escroqueries de placements financiers à la Madoff. Cette fortune était mise au service de l'Eldorado sexuel (les Iles vierges, ironiquement) et de la connexion égotiste avec tout ce qui comptait à ses yeux. 
Gisèle Pelicot a connu les saisies, les déménagements, les interdictions bancaires et les commissions de surendettement. L'amour  et la vie de famille lui garantissaient l'essentiel du bonheur. La déchirure du miroir des apparences l'a plongé dans un vertige existentiel aux rives de la disparition à elle-même.
Puis son combat lui a redonné un sentiment de liberté et d'avenir et,  ironiquement, la publication dans 22 pays la possibilité inattendue d'une petite fortune.
L'argent d'Epstein a pu être le ressort de la corruption des corps et des âmes, celui de Gisèle peut participer d'une résurrection.
Des princes, des dirigeants, des politiques apparaissent dans la lumière de la corruption chez Epstein.. Proximité de familles royales anglaises et norvégiennes, dans ce qu'elles peuvent générer de dégénéré..
Autour de Gisèle Pélicot, des anonymes, des « Monsieur tout le monde » d'humble métier, qui vivaient leurs fantasmes à petits frais, se trouvent pris dans les phares du scandale.. 
Récemment Gisèle Pélicot a été reçue par la reine d'Angleterre.

La place publique, l'agora putassière  

Ces deux scandales de l'intime, rendus visibles par la mise à nu du réseau qui les rendait possibles, « ébranlent » le monde entier car le sexe et la domination qui peut s'y exercer, publiquement et intimement, constituent le réacteur nucléaire de la relation entre hommes et femmes aux temps de la démocratie..   Hors registre démocratique, tout cela n'aurait aucun impact et pourrait durer clandestinement ou discrètement. En système démocratique il y a  scandale et cela interroge chaque intimité : on en parle au café, à la télé, sur les réseaux, dans les journaux et au lit.. Et c'est très bien.. 

  • Gisèle Pélicot, Et la joie de vivre, Flammarion, 2026 - un livre émouvant
  • https://www.justice.gov/epstein - trente-mille documents plus ou moins caviardés


28 décembre 2025

Le passé ne nous condamne pas, à nous d'en tirer une orientation de sens, l'enseignement de Viktor Frankl

La Vienne des années 20 et 30, les profondeurs de la psyché

 Si Freud a découvert dans la Vienne impériale finissante le vertige de l'inconscient et la puissance du refoulement, le travail psychanalytique de remontée vers l'origine traumatique a montré pour certains les limites d'action. 
Victor Frankl, toujours à Vienne, après s'être fait exclure de la première société de psychanalyse freudienne puis de la seconde, initiée par Adler a développé une psychothérapie passionnante qu'il a nommé logothérapie. Le principe qui me paraît très contemporain et activable dans le coaching est que « nous ne sommes pas définis par ce qui nous arrive mais par ce que nous en faisons, notre attitude envers notre passé », notamment par nos décisions. 
Frankl , d'origine juive est resté en charge d'hôpital psychiatrique à Vienne, notamment à l'hôpital Rothschild, jusqu'en 1942.
 

Une théorie de la résilience

Dans cet hôpital il travaille notamment sur le suicide des jeunes et des femmes, avec pour perspective dans cette époque de grande précarité matérielle et existentielle « de dessiner ce qui permet de retrouver l'équilibre ». 
Sa conviction fondamentale est que le passé en soi ne détermine pas ce que nous sommes et ses conclusions tiennent en trois principes : 
- notre structure personnelle conditionne la traversée des épreuves
- quelle attitude envers le passé développons nous au présent 
- notre validation de la possibilité d'un futur partagé.

 

L'expérience personnelle du désastre

En 1942 son poste de médecin ne le protège pas de l'assignation juive et toute sa famille est déportée à Theresienstadt, lui-même ayant laissé expirer son visa pour les Etats-Unis afin de ne pas quitter ses parents qui n'en bénéficiaient pas. C'est dans ces conditions infernales qu'il met à l'épreuve ses convictions philosophiques et méthodologiques.
Seule une de ses sœurs parviendra à fuir vers l'Australie. Sa femme enceinte , ses parents, son frère périssent dans les camps, Frankl veillant lui- même sur  l'agonie de son père à Auschwitz. Il y réécrit entièrement le manuscrit perdu de son livre et survit en visualisant durant les pires épreuves ce dont il témoignera plus tard pour que cela serve à d'autres.
Il revient ensuite à Vienne et y développe donc ses travaux dans cette même continuité de la résilience : en toute situation on peut ne pas rester défini par la blessure et choisir de tenir fidélité à ce que nous sommes appelés à être. L'ancrage d'un sens par  l'action, vers soi, vers les autres, à humble ou dérisoire moyen , dégage le degré de liberté minimal qui maintient le projet de vivre. 
Au moment du cinquantenaire de l'Anschluss en 1988, sa communication porte sur la nocivité du thème de la culpabilité collective pour les jeunes générations.
Son poste de directeur du département de neurologie pendant 25 ans lui permet de diffuser dans le monde entier sa vision d'une dimension noologique (spirirituelle) propre à chaque être humain et qui déploie les pouvoirs de l'esprit.

La tragédie du Sida, quand rien ne semble rester que l'horreur

Lorsque l'épidémie de Sida survient, plusieurs jeunes malades sont atteints et apparaissent vite condamnés par la maladie. Drogue, hypersexualité amène ces très jeunes gens à une mort précoce, de l'ordre de quelques mois. Dans la méthodologie Franklienne, il est proposé aux patients d'une unité dédiée de peindre une icône de leur vie, symbolisant leur passage et de la remettre à une personne de leur choix après leur mort. Un ami, un parent, un membre du personnel de l'hopital..
Durant ces douze mois, en dépit des comas, des lassitudes ou des crises, tous ont terminé cette icône avant de mourir et en fin de vie, tous ont eu une mort plus paisible, avec moitié moins de médications anti-douleurs que les patients d'autres unités.

Un guide de vie

Frankl toute sa vie éprouve le vertige et pourtant "grimpe vers le haut".
A 68 ans il passe son brevet de pilote.

 

« Le passé, ce que vous avez affronté, ceux que vous avez aimés, les conquêtes mais aussi ce que vous avez enduré avec courage et dignité, aucun pouvoir sur terre ne peut vous le prendre » répond t-il à l'alpiniste Reinhold Messner qui lui demande comment affronter  le déclin d'une carrière.

C'est en cela que le coaching peut orienter vers le dépassement : nous ne sommes pas prisonniers du passé, ni des blessures. Il nous appartient de l'orienter vers un futur assumable et partageable.  Le coach est cet éclaireur.. 

Viktor Frankl Museum Wien, Mariannengasse 1, Vienna, Autriche


5 décembre 2025

Théâtre de l’Odeon : du bidon au très bon

Ce que peut le théâtre : deux extrêmes au Théâtre de l’Odéon, redîmé par Pasolini.

La luz de un lago  , posture d'imposture

Face public une sorte de performance prétentieuse..

Bidon arrogant innocent dictatorial mal digéré révolutionnaire de joujou..

Confondant l’amour et le sexe, le vacarme et l’émotion. Assis tranquilles sur leur technophobie technophile. Comme une longue masturbation devant une télé mal réglée. Une tarte à la crème d’étudiants de deuxième année (tartes de merde argileuse jetée sur l'écran à la fin comme s'ils conchiaient le théâtre bourgeois, en faisant bien attention cependant à tout laisser propre) . Inanité en trois langues surtitrées.
Lunettes noires dans le noir, même Julio Iglesias ne le fait plus.
Trop cher (puisqu'on se trouve cantonné sur la scène jusqu'au lever de rideau final qui découvre la belle salle toute vide mais ont il faut payer la jauge je suppose) . Plutôt que de le revoir encore comme je le prévoyais j’ai revendu ma place à bas prix en prévenant les acheteurs de cette spectaculaire inanité prétentieuse. Comme c’étaient des jeunes je leur ai fait l’hypothèse d’une incompréhension générationnelle et leur ai souhaité un beau spectacle. 
Un théâtre de posture. Une imposture donc.

 

Pétrole, Pasolini, Creuzevault, géniale création collective avec la troupe 


Une semaine plus tard c’est la première de Pétrole , la pièce montée par l’équipe de Creuzevault à partir du torrent Pasolinien  de Pétrole. Un texte inachevé, dans son aboutissement et sa structure mais d’une cohérence messianique sur la jouissance de la domination capitaliste, la corruption des âmes au travers du corps crucifié du poète. Immontable , presque illisible dans sa suite de notes et de bref essais ou saynètes. Et pourtant guidés par Creuzevault ils en tirent un maelström parfaitement contemporain même si les références sont du XXeme siècle. Ça se termine. C’est plutôt génial. Des moments formidables. Un propos vertigineux. Pasolini incante, à la croisée du sexe et du politique tragique bouffon. Une séquence d’anthologie lorsqu’une vidéo nous offre le monologue d’une force obscure (un Dieu omniscient) sur la sainteté, prenant le masque du Diable dans l’Algeco pétrolier jeté sur scène, avec son voyou ironique (un ange ?) en arrière plan. Aussi une séquence de pure transe où l’intello ou le cadre lucide s’offre et se pâme d’être enfin possédé par le prolétariat des terrains vagues, par le vrai peuple viriloïde qui peut négligemment et bien sûr contre argent, enfiler le cadre corrompu, le poète perdu.

 Le théâtre est parfois le lieu de la vérité. 

 

La luz de un lago, 
Pétrole, création collective mise en scène par Sylvain Creuzevault ,
jusqu'au 21 décembre, au Théâtre de l'Odéon, quelques rares places encore, 

4 novembre 2025

Le film Bugonia, une actualité de la rhétorique

 
 

Qui suis-je ? Où vais-je ?

Toujours ces films uniques de Yorgos Lanthimos. 
Deux branquignols enlèvent et séquestrent la Présidente d'une grande compagnie industrielle, la soupçonnant d'être une extra-terrestre.
Outre le télescopage des discours tels qu'ils apparaissent dans leur extrême délire aux Etats Unis (par quelle prouesse des cinéastes démiurges parviennent-ils encore à arracher des millions de dollars à des studios pour dénoncer, documenter la faillite civilisationnelle en cours là-bas, Bugonia ce jour, One battle after an other l'autre jour ?), deux remarques sur ce beau film de rhétorique (quand tous les combats sont épuisés, il ne reste plus que la parole comme arme ou relation).
Il n'est en effet question dans cet enlèvement ni de sexe, ni d'argent mais de dialectique rhétorique. Comment convaincre l'autre, par quels compromis, acquiescements, reconnaissances avec comme risque de décrochage le déchainement de violence.  

Le gamin sur son petit vélo a grandi

Le promoteur de l'enlèvement, persuadé que le personnage d'Emma Stone est un alien issu d'Andromède roule à fond sur son petit vélo, entre bicoque déglinguée et entrepôt de colisage. Ces courses plus ou moins longues ou déchainées me paraissent issues tout droit du petit vélo du gamin qui dans l' E.T. De Spielberg, échappait aux poursuivants avec son petit VTT. Il a continué à pédaler et le voici arrivé tout droit, vieilli, complotiste, déglingué dans une Amérique bien plus désenchantée.

 Ces patrons déments venus d'ailleurs

L'autre remarque c'est ce personnage de  Présidente de Company. Elle est parfaite d'arrogance, de beauté, de jeunesse inaltérable, de contrôle et Lanthimos prend au mot ces dirigeants dingos des Gafa qui rêvent de nouveaux mondes et de nouvelle humanité. Ce sont bien littéralement des extra-terrestres.

Casanova s'expose à Venise - Fondation Cini

 L'anniversaire d'une évasion

Donc ce 31 octobre dans la nuit, nous étions devant cette porte par laquelle Casanova, le lettré très vénitien s'est enfui de la prison des Plombs, cette prison bien nommée qui surplombe le Palais des Doges. Dans la nuit du 31 octobre au 1er Novembre 1756.

Au petit matin le fugitif Casanova traverse cette place, essayant de ne pas trop courir, jusqu'à la première gondole

Toute une nuit à finir de desceller les pierres de sa cellule, grimper acrobatiquement sur les toits de zinc avec son nécessaire et encombrant compagnon de cellule le prêtre Balbi, descendre avec des draps noués, récupérer une échelle, errer dans les vestibules labyrinthiques du Palais et en sortir au petit matin, opportunément revêtu de l'habit à jabot de dentelle avec lequel il avait été enfermé quinze mois auparavant sans connaître ni le motif ni la date d'un jugement à venir. Invectiver le gardien de la grande porte du palais en prétendant y avoir été enfermé par erreur toute la nuit. Courir jusqu'à la rive la plus proche, sauter dans une gondole et s'y effondrer en larmes devant le gondolier « comme un enfant qu'on dépose à l'école »
S'ensuivent des années (18 ans avant de remettre un pied à Venise)  de vagabondage libertin libéral  sur le Théâtre européen de sa vie, dont il est l'acteur, le metteur en scène, l'auteur et même le public.
Traversant l'époque, ses tumultes aristocratiques, ses philosophies, ses jeux et ses séductions, côtoyant franches canailles, prostituées, honnêtes marchands, seigneurs de guerre, princes de haut lignage, armé de sa seule parole, sa conversation. Un homme d'esprit qui rêve qu'on l'écoute. Sa fuite de la Prison sera l'une de ses seules publications fameuses publiées de son vivant, avec quelques considérations philosophiques et libelles. Ce récit d'évasion lui ouvrira de nombreuses portes et dans toutes les assemblées il se plaira à en raconter l'exploit et ce que cela exprime du pouvoir du fameux Conseil des 10   sur la société vénitienne.
Plus de deux siècles plus tard, cet aventurier du XVIII eme siècle ne dispose toujours pas, à Venise ou ailleurs, d'une rue, d'une place ou même d'une impasse qui porterait son nom alors que c'est par ses écrits, son « Histoire de ma vie »  que le XVIII eme siècle vénitien et européen se donne à voir. 
Ses cérémonies, ses fêtes, ses aventures libertines et politiques, la manière dont on gagne l'argent, comment on le dépense, les chemins de la ruine, de la gloire, des armes et du sexe, tout s'y entrelace dans la belle langue française du XVIIIeme.
Subsistent de cette époque, des architectures, des rues, des canaux, des tableaux que l'on se plait à reconnaître dans cette Histoire de ma vie, rédigée non pas en captivité comme l'autre fameux vénitien Marco Polo mais reclus comme bibliothéquaire du chateau de Dux en Bohème chez un vague cousin Waldheim du prince de Ligne, ami protecteur de Giacomo.    
Sept ans au soir de sa vie à reprendre le fil de sa vie, avec ses désastres, ses hauts faits, ses rencontres et se surprendre « à en jouir une seconde fois en les écrivant ».
 

Deux expositions pour l'évoquer, sur le mode de Stefan Zweig  racontant "le monde d'avant"

Deux expositions discrètes (aucune information ou publicité sur les canaux officiels de la communication vénitienne, juste quelques affiches au coin de certaines  rues) honorent cette mémoire ces jours-ci à Venise.


Les deux sous l'égide de la Fondation Cini. La première, Casanova et l'Europe, est très attentive à illustrer ce mouvement incessant à travers l'Europe, malheureusement en un italien rapide non sous-titré (alors que le récit a été écrit en français !), en animant grace à l'IA les documents d'époque. On y voit grimacer le visage de Voltaire, voguer les navires, s'animer les  places v


     

énitiennes et les avenues de Saint Petersbourg. Surtout c'est mis en scène par le décorateur du Théâtre de la Fenice  qui s'est attaché à scénographier ce labyrinthe des passions et aventures en respectant amicalement le destin du bad boy vénitien.
L'autre est plus convenue, Casanova et Venise, se contente de rassembler quelques œuvres, souvent  vues ailleurs et qui témoignent non pas de Casanova mais du Venise que connaissait Casanova à l'époque. Rajoutons y quelque joli portrait de Watteau peint par Rosalba Carriera, peintre vénitienne voyageuse de même époque et l'expo est vite vue. 
Si Sollers était encore vénitien, il organiserait la grande exposition Casanova qui manque encore à Venise.

 

Casanova e Venezia, Galerie du palazzo Cini, Dordosuro, Venezia
Casanova e l'Europa, opera in piu atti
Fondation Cini
Isola de San Giorgo Maggiore
Jusqu'au 2 mars 2026 

 



21 octobre 2025

La République de Weimar c’etait pas si mal. Un peu de compassion lucide

 


Une astrologie française

?

Il se dessine par ici une curieuse conjonction dont on aimerait qu’elle ne soit pas fatale. Les médias et la justice jugent avec une exemplarité de principes qui aurait réjoui Saint Just. 
Le Président se dissout dans l’exécration générale. L’évaluation financière du pays est stigmatisée par les agences de notation. Et par dessus ça notre fleuron national, le Louvre, ultime refuge du Sacré (le Beau commun) est ridiculement violé par de malins petits Lupin, le ministre de l’Intérieur ajoutant à la honte en qualifiant publiquement le vol de « braquage » comme s’il s’agissait d’un film ou que les voleurs gagnaient déjà à ce qu’on parle comme eux alors même qu'il ne s'agissait d'ailleurs pas d'une attaque à main armée. 
Et l’ancien Président est incarcéré à la Santé après qu’on lui ait retiré la Légion d’honneur pour une conversation téléphonique ? En nous disant qu’il ne veut pas « de notre compassion mais de notre indignation ». 
Légion d'honneur contestée comme Ardisson, notre plus brillant interviewer de télé publique humaniste, dont heureusement les archives de l’INA gardent témoignage qui s’était vu lui aussi dénoncé au moment de l’attribution de sa Légion d’honneur. 
 Mais qu’est ce qui se passe ici, si on regarde ça d’un autre pays , européen, américain ou russe ? Une République de Weimar qui se naufrage dans le ricanement ? 
 
Reprenons : Macron dont le positionnement sur les affaires du monde et la parole de la France est de haute tenue (qu’on imagine Hollande, Melenchon, le Pen ou Bardella se prononcer et agir sur la Russie, Zelensky , la Chine, la Palestine ou Trump - Macron président de l’Europe !) se fourvoie dans un jeu de nominations politiques post-dissolution qui lui met tout le monde à dos. Avec une Brigitte Macron, exemplaire femme française qui devient peu à peu la cible fantasmatique des torchons et des rumeurs comme une Marie Antoinette d’après la chute. 
 

Humbles propositions 

J’oserais quelques remarques : au lieu de se réjouir d’abattre toute figure ou institution qui dépasse la moyenne publique, reconnaissons les services rendus (la Présidence tenue) le mérite de la gloire (Depardieu même si génie imbécile et Anouk Grinbert qui sait dire les tourments et les tournants de l’âme). 
Macron , de nominations en détestations aurait dû nommer un ou une socialiste (Faure, Delgado ?) en responsabilité (ou même l’honnête Roussel) et que ce soit le Parlement des extrêmes qui éventuellement les fasse tomber plutôt que de frustrer le bon peuple de cette reconnaissance d’une opposition responsable. 
Nous avons un des pires patronats qui soit , avec un Medef qui hurle toujours à l’agonie au lieu de gérer les affaires paritaires en dialogue et de ne faire d'autres propositions que l'exonération de charges . Et oui, on doit prendre de l’argent aux patrimoines décuplés pendant la dernière décennie tandis que les classes moyennes sont écrasées d’amendes routières, de règlements (plus le droit de faire du feu dans son jardin ?) et d’injonctions au politiquement correct. 
 
Je te joue une chanson ? 

On doit matraquer financièrement Guéant et Hortefeux qui ont dissimulé, magouillé, touché l’argent sale et se foutent du monde (« j’ai revendu un petit tableau.. ») et ne pas déchoir à incarcérer un ancien Président qui a fait de son mieux pendant ses fonctions de chef d’Etat. Carla Bruni se solidarise à la française, comme une Olympe de Gouges, en décalottant la bonnette des tourmenteurs de son mari ou en lui chantant une chanson de cœur , Let it be. Que cela soit, si ça doit être. Dans l’honneur, la lucidité… et la compassion. 
Weimar c’était pas si mal, vu d’après.

13 octobre 2025

Un simple accident.. Quand il ne reste que l'essentiel

Quand on t’a tout pris , qu’on t’a ratiboisé, enfermé, ramené au degré zéro de l’exister, il ne reste que tes souvenirs et tes croyances les plus réelles. Le film de Jafar Panahi est un formidable drame moral qui parcourt la tragédie, le dérisoire et l’ironie de la vie. 

 

.. et tout se complique

Un type salopard est repéré par hasard et violenté par d’anciens prisonniers iraniens qui ne l'ont pas oublié. La vengeance s’impose mais le doute s’insinue sur cette identité. Panahi rassemble quelques infortunés, assemblés par hasard mais qui font peuple, celui qui demande des comptes à la barbarie d’un régime. Pour chacun d'entre eux, tout s'arrête immédiatement dans leur vie car il s agit de juger un homme, probablement leur salopard. 

Cinématographiquement c’est construit avec la logique implacable d’un Hitchcock mais avec la présence populaire de toute la société Iranienne , à la manière d’un Iosselani ou d'un Kiariostami. La vie s’insinue par tous les côtés , le hors champ, le vacarme des rues et des rencontres de la rue. 

Révolution culturelle ou révolution islamique, ou capitaliste, pour qui a un cœur intelligent, la vie toujours continue. Le prodigieux c’est que ce film cherche et trouve la vérité. Elle est sa seule arme, sa seule croyance et que Pahanj s’en fait l’évangéliste , sans fard ni métaphores. Une expérience de philosophie morale qui débouche sur un constat d’humanité politique. 

Et le réalisateur, après avoir dit toute sa vérité , tirée du puits de l enfermement et des voix de ses compagnons de captivité, est retourné en Iran. 

Saint Navalny, protégez le ..

25 septembre 2025

Reconnaissance de l’État de Palestine, l'humanisme à la croisée des temps

 

Reconnaissance de l’État de Palestine, l'humanisme à la croisée des temps

Donc c'est fait, Emmanuel Macron, après avoir prévenu, averti et écouté les uns et les autres a franchi le pas : reconnaissance de l’État de Palestine.

Rien à ajouter à ce discours, tout y est : le moment historique comme issue à l'affrontement entre peuples voisins, les conditions (libération des otages, démantèlement du Hamas) pour concrétiser l'effectivité de la reconnaissance, la solidarité avec l’Israël atteint dans son être le 7 octobre.

Avec sa jolie houppette et un début qui sonnait comme un prêche, le lancement du discours a été très convenu mais peu à peu une affirmation réelle s'est faite entendre avec ses appels aux temps de la paix. Un discours humaniste, à la mesure d'un Jaurès, d'un Vaclav Havel, d'un Unamuno désavouant le fascisme franquiste. Cela devait être dit , à ce moment de l'énormité des désastres de la guerre et ce président, qui est reparti à pied dans les rues de New-York pour cause de cortège Trumpien le bloquant a dit tout ce qu'il fallait dire : la place des français juifs, l'alliance avec Israël, l'antisémitisme, les souffrances palestiniennes, la barbarie du Hamas, etc

Macron téléphonant à Trump depuis les rues bloquées de New-York


L'antisémitisme n'est jamais infondé : il se saisit de toutes formes, en chaque crise

L'antisémitisme est une maladie de l'esprit bien commode qui prend chaque fois sa logique dans des raisons « indiscutables ». Personne ne hait les juifs sans motif ni raison : « ce sont eux qui ont commencé ».

Soit parce qu'ils sont trop misérables, soit parce qu'ils sont trop riches, soit parce qu'ils sont bolcheviques, soit parce qu'ils sont capitalistes, trop artistes, trop médecins, trop écrivains, trop arriérés dans leurs superstitions, trop sionistes, trop internationalistes, trop présents en Israël, trop diasporétiques.. Une liste infinie des motifs chaque fois raisonnables de haïr, d'exclure, de boycotter les juifs perçus comme ceux qui résistent à l'unique du nationalisme, insistent sur le divers des appartenances, jouent en modernité des identités multiples et pour certains ressassent la même étude antique.


Free Palestine !

Elle l'était le 6 octobre. C'est librement que des unités du Hamas ont franchi la frontière et tué, massacré, violé tout ce qu'ils pouvaient des juifs. Un pogrom en terre d’Israël. Conçu, élaboré, documenté , avec retour victorieux en territoire palestinien et abject maintien des otages.

S'en est suivi une guerre, d'abord justifiée dans sa vengeance et ses objectifs militaires mais peu à peu s'étendant au peuple palestinien tout entier, en tant que palestinien. Ce n'est plus une guerre mais un massacre et une annihilation, avec des projets parfois obscènes de déportation ou d'épuration ethnique.


L'Humanisme comme petite chance

A ce stade de monstruosité cela devait être dit. Mais Jaurès a été assassiné, comme Yitzhak Rabin, Vaclav Havel n'a pu empêcher la dislocation de son pays, ni Zweig le saccage inexorable de son Monde d'hier, ni saint Navalny l'avènement du quatrième Reich.. La posture chrétienne envers les hommes de bonne volonté, l'humanisme éclairé par la raison et le dialogue restent-ils contemporains de la brutalisation actuelle du monde ?

Qui d'autre que les Israéliens pour aller chercher le Hamas ou le Hezbollah dans "leurs chiottes" ou dans leurs villas de luxe, sur le terrain ? Quelle ONU pour les désarmer (celle de Sarajevo ? Celle du Rwanda ? ..)  ? Le Fatah palestinien s'est fait dézinguer à Gaza par le Hamas..

La force brutale est aujourd'hui si opérante, en Ukraine, au Soudan, au Tibet, à Gaza, au Kurdistan qu'elle est une tentation évidente de résolution (apparente) des conflits. Il faut aller au bout d'une guerre pour en finir par la paix.

Donc il fallait que ce soit dit et acté ainsi dans l'enceinte des Nations Unies, avant que les Etats-Désunis, la Chine impériale reconstituée, l'Empire Stalino-tsariste et leurs disciples désinhibés ne fasse entrer le monde dans un nouvel âge obscur.

Quel système l'emportera ? Peu de chances pour l'humanisme et c'est justement pour cela qu'il fallait dire le moment.. En tant que petit-fils d'un ministre espagnol républicain , je crains que ce soit le système brutaliste qui l'emporte mais mon abuelo n'a pourtant jamais regretté ni abdiqué de ses choix et engagements.. L'honneur sauf..


La Croatie en été... Il y aura toujours quelqu'un pour assumer le Mal

On trouve toujours quelqu’un pour assumer le Mal (la Croatie en août)


Donc la Croatie au mois d’août. Files d'automobiles sur les autoroutes qui filent vers la mer et toutes ces belles choses de la Croatie. Plus de 1200 îles, Nicolas Tesla, l’invention de la cravate, etc. Sur la route on voit des maisons neuves. Beaucoup. Et aussi des maisons pas terminées. Dont l’isolation extérieure n’est pas posée. Maisons de brique qui attendent leur crépi. A côté de maisons abîmées. Et puis encore des maisons éventrées. Des toits ruinés. Comme si un météorite leur était tombé droit dessus. Et on comprend soudain que ce n’est pas une blague de Catelan (météorite sur le pape) mais un obus oui un obus tombé du ciel. Car il y a eu de la guerre ici. Beaucoup de guerre. L'entrée dans l'Europe a permis de financer beaucoup de reconstructions mais apparemment sans prendre en charge le crépi.

Comme elle est belle, la Croatie, ici dans le parc national de Plivitce


Avant l’Europe et son ouverture et sa paix par le commerce, la prospérité et les institutions.

Pendant la seconde guerre mondiale une république s’est proclamée ici qui par souci de nationalisme soutenu par le religieux s' est immédiatement alignée sur la doctrine nazie de pureté de la race , de la langue croate. Plusieurs camps de concentration avec mises à mort systématiquement sadiques. Ce qu’on présente souvent comme une milice oustachi , était en fait un gouvernement, une république, qui à accueilli Hitler comme un allié. Bases des Sous marin, massacres par le gouvernement de tout ce qu’ils pouvaient attraper de serbes (« on en tue un tiers, on en convertit un tiers et on expulse le dernier tiers « ), de juifs et de Roms dans la vingtaine de camps établis sur ce beau territoire. Certains dignitaires nazis qui visitaient ces camps se sont dit horrifiés par la sauvagerie du système. A la fin de la guerre, filière classique : on se rend en Autriche, exfiltration vers les monastères du Vatican , fuite vers le Chili puis l’Argentine et pour finir l’Espagne franquiste , sans jamais avoir regretté ou renié quoi que ce soit. Bien au contraire pour Ante Pavelic le président et, pour  les divers commandants de Jasonelek, un des plus grand camps de concentration d’Europe, tous se sont vantés de ne rien regretter. 

 Le retour du nationalisme

On se dit que cela a servi de leçon et que la Yougoslavie titiste a expurgé ces démons mais au moment de l’éclatement de la Yougoslavie en 1992 ça recommence. Il n’y a plus de juifs mais il y a des serbes et le gouvernement croate met en place une politique d’épuration ethnique. On se bat contre les armées serbes ou bosniaques mais surtout on rappelle les croates du monde entier (peu reviennent) et on vise les populations civiles. Massacres, bombardement de villages, etc. Ces maisons qui restent en l’état de leur ruine sont les caries visibles mais silencieuses sur toute la ligne de tension ethnique. Une politique d’épuration ethnique qui fait que vingt ans plus tard en 2011 le relevé démographique montre un accroissement des croates de 66% à 89 % concomitamment avec une diminution de la population serbe de 60%. Curieusement les Roms sont eux devenus un peu plus nombreux.

Ça s’est passé en Europe, au soleil et dans la neige des parcs nationaux et au bord des plages. Pas de pancartes, peu de mémoriels ailleurs qu’à Zagreb. En juillet de ce même été, Marko Perkovic, dit Thompson, a rassemblé à Zagreb un record international d'entrées payantes pour son concert, avec saluts et slogans oustachis entre deux chansons.

 

Le passé est devant nous

Ça se passe aujourd’hui en Ukraine, sur les populations civiles. Peut-être même en Palestine par les temps qui courent, ou dans l’avenir Trumpien. On trouve toujours des nazis pour faire le boulot du Mal lorsqu’il devient à l’ordre du jour.

 

9 mai 2025

Traverser le temps en Pape Puissance des rituels, défiances théologiques

Léon XIV nous apparaît donc en 267eme infaillibilité, par la grâce d'une réflexion cardinale sur celui d'entre eux (les cardinaux), qui serait visité par le Saint-Esprit..

L'infaillibilité managériale

Léon 14, dans la lignée de Léon 13, refondateur

D'un côté un rituel éprouvé et donc théâtralement respecté : couleurs des apparats, secret des délibérations, les téléphones modernes restant au coffre puis émanation d'une fumée dont la couleur atteste de l'avancée des débats. Car débat il y a , comme dans toute démocratie des consciences. Ce management de la spiritualité terrestre a d'ailleurs conféré une modernité inspiratrice au pape François dans ses admonestations à changer les attitudes et la gouvernance de l'église catholique.

Grace à ces nominations, prises en compte politiques, et interprétations de la souveraineté de la conscience (retrait du droit de vote à partir de 80 ans ! Et pourquoi pas retrait du permis?), couplées au strict respect du rituel, l'institution vaticane traverse les temps alors qu'elle ne peut espérer se perpétuer par la généalogie familiale (Bettencourt, Arnault, Rothschild, Michelin, etc..).

Nous avons donc ici une méditation managériale qui dirige, suppute, oriente, identifie, pressent l'accueil du Saint-Esprit : colombe (ou faucon crècerelle) et langues de feu.

A la manière d'une réincarnation de Dalaï-Lama dont il s'agit de voir comment un enfant pressenti reconnaît les attributs et objets du Rimpoche disparu.


Une incarnation chaque fois contemporaine

Science des signes qu'il s'agit d'accorder avec les temps. Car l'incarnation papale se produit chaque fois en des temps qu'il s'agit bien de repérer en synchronicité. Antique institution renaissant chaque fois au contemporain.


Le contemporain politique

Ici donc cette fois pour la foi : un Léon au carrefour des équilibres de l'Universel mondialisé. Né à Chicago, de père français, de mère italienne, carte d'identité péruvienne par ses missions d'évêque, responsable du dicastère romain, l'organe qui nomme les cardinaux. A la manière du bouddhisme tibétain, les Chinois, toujours très forts lorsqu'il s'agit de spritualité séculière tiennent à nommer leurs évêques comme ils tenteront de désigner la prochaine réincarnation du Dalaï-Lama.

Trump qui se rêve en soupape du monde

Un milliard six de fidèles suppose une habile prise en compte de ces équilibres. Ne pas oublier que c'est l'américain Cyrus Vance, born again carnivore, qui a vu en dernier le pape François. Donc juste retour des équilibres.

Le contemporain sociétal

Du point de vue sociétal, la question du genre secoue également l'édifice symbolique car si le catholicisme depuis saint Paul s'adresse à chaque un, il est donc tenu aujourd'hui de s'adresser et de s'ouvrir à chaque une.. avec ses conséquences d'ordination, de célébration, d'abus et de prise en compte du sexuel dans le duel des êtres.



La refondation théologique en toute logique

Mais le point le plus important n'est pas politique, n'est pas sociétal : il est théologique et il sera bien nécessaire de disposer d'un pape philosophe, logicien, augustinien qui parle de multiples langues. Ce ne sont pas seulement les téléphones mobiles qui menacent l'ésotérisme du management spirituel ; c'est toute la science qui menace le fondement doctrinaire.

Le petit homme vu depuis Hal 9000 avant son débranchage, mais la prochaine fois ?

Le transhumanisme, qui augmente les ressources humaines, accroit les perceptions, redresse les accidents génétiques, externalise les mémoires et profile la mise au monde artificielle menace et s'introduit en effet dans la théologie. L'homme a été créé à l'image de Dieu (pour cette raison, un prêtre manchot ou tatoué ne peut théoriquement pas célébrer la messe) mais si on recrée l'humain alors la figure et l'essence divine se transforme. Il y a place pour une nouvelle divinité qui emprunterait au plus paien des croyances anciennes.


De même, la révolution anthropologique de l'IA générative interroge, par l'immédiateté et la totalité de ses propositions, l'omniscience divine. Dieu voit tout, entend tout. L'IA fait de même et le manifeste, par ses conversations, ses paroles, ses images et ses musiques. Il y a des IA psychologues. On peut imaginer des IA officiant la messe, lançant des homélies et votant un prochain jour de conclave. Avant de se proposer en Intelligence des Causes et Destinations providentielles. « Your own personal Jesus » chantait Johnny Cash..

Je le lui avais dit : François, c'est peut-être le moment de passer le relais