Ainsi donc l’impensé de la guerre nucléaire...
Actualité du révolu
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| Yeappy ! (l'inusable docteur Folamour) |
L'identité et la culture sont deux enjeux ultra-contemporains de nos sociétés. Parce que l'identité est d'abord mouvement, parce que notre propre culture nous échappe, l'anthropologie est une ressource ancienne, donc actuelle. Aussi bien pour le sociétal que pour le "contractuel"... Ce blog commente donc autant des situations de société que des pratiques professionnelles.
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| Yeappy ! (l'inusable docteur Folamour) |
Le nationalisme littéraire européen
Donc ça se savait que pour accéder à la compréhension du XVIIIeme, du XIXeme ou du XXeme, la littérature proposait la meilleure science , à savoir par exemple Casanova, Proust, Céline puis Grossman. En ces temps européens, Olivier Guez applique cet exercice à la conscience européenne. 27 écrivains réputés (considérés importants en leur pays même, récidivistes et traduits en autres langues) décrivent, racontent subjectivement comment un lieu de leur pays leur évoque l’Europe. C’est passionnant : des récits, des fictions qui racontent la conscience d’être un sujet (aspirant à la liberté ), de ressentir des télescopages historiques et d’être disponible à des réseaux d’influence littéraires.
L’enracinement médiéval gothique, la présence et l’extermination des juifs ( l’Est hanté par leur absence), la confiscation du destin par les héritiers des Soviets. Nostalgie, cicatrices, tendresses et mémoires , aspirations. L’Europe en projet humaniste.
Disparition des juifs, menace constante et historique de la Russie, tsariste ou soviétique, paysages parcourus par la bohème des peintres, renomination des villes, Bucovine retaillée, Yougoslavie émiettée. Chinois faisant voler leurs drones touristiques sur le village autrichien iconique de l’Europe, prisons exemplairement kafkaïennes de la Stasi. Tant d’histoires mêlées en si peu d’espace. Hitler en accoucheur du sentiment européen par l’amplitude de la guerre, les déportations de populations. La naissance de (et l’aspiration à) l’humanisme.
D’autres livres seront nécessaires et les anglais Brexiters sont cruellement absents mais le rendez-vous est pris et la bibliothèque se remplit.
Cette culture commune devrait encore institutionnellement se consolider : élections européennes à la même période, tous partager le même temps comme l’espace.
Et les lycéens devraient tous disposer dans leur programme littéraire de 2 ou 3 livres à choisir dans le fonds européen. Une armée, une identité. Un nationalisme européen !
Olivier Guez, Le grand Tour, Grasset 2022
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22.02.2022 : lancement véritable du XXIeme siècle
Nous sommes au bord du passage du siècle, le XXIe siècle
débute à présent. Car pas grand chose de la lancée du XXeme siècle ne tient plus
aujourd’hui, ne conditionne ou explique notre monde. Le XXIeme
siècle débute ici en 2022. Au 22 02 2022, alignement (magnifiquement
palindromatique) des chiffres, le
dernier avant 02.02.2202 . L’oubli des grandes guerres, le virus guerrier : Aucun des grands dirigeants actuels de la planète, aucun des prétendants à la prochaine présidentielle française , ne sont issus de la recomposition ouverte par la fin de la seconde guerre mondiale. La plupart des grandes œuvres littéraires européennes ont été écrites dans l’écho de la guerre mondiale, de Thomas Bernhard à Herta Müller ou Heiner Muller, en passant par Duras, Giono, Javier Marias, Virgil Gheorgiu, Vassili Grossman ou Harry Mulisch, etc.. Hubert Germain, l’ultime dernier compagnon de la Libération, après Daniel Cordier, est mort en octobre 2021. Il ne reste plus de ces acteurs ayant engagé leur vie dans la défense d’un idéal et en témoignant parmi nous comme Cordier l’avait fait, sa pensée, ses chemins de vie, ses évolutions politiques s’enracinant dans le compagnonage de Jean Moulin.
Toute une conscience vécue de l’histoire s’efface donc, avec le danger d’une innocence naïve alors que la Russie (avec un PIB équivalent à la Grèce) renoue avec sa dynamique crypto-tsaristo-urss. Elle développe ainsi une véritable nuisance aux frontières de l’Europe, de la Finlande à la Roumanie mais d’abord auprès des anciens pays satellites. La Chine joue au go (trame ses territoires) à l’échelle planétaire avec les nouvelles routes de la Soie, les JO et sa territorialisation historique. Nouvelles fiertés du relèvement nationaliste anciennement humilié par les occidentaux. Du coup, la dissuasion nucléaire, héritière suspendue à Hiroshima retrouve une vigueur comme menace conventionnelle. Dans les déserts tibétains, autour des gros villages coréens, sur les marches de l’Europe ou certaines iles du Pacifique, les scénarios de guerres qui se déséquilibreraient trop rapidement intègrent des bombinettes nucléaires.
Le virus biologique Depuis presque 3 ans, une épidémie de Sras, Covid, parcourt et couvre la planète, celle des réseaux de grands échanges. Il homogénéise, et installe pour de bon l’idée d’une communauté de destin. Ce virus sépare nos sociétés mais édifie l’espèce commune. Le virus circule tout autant que le vaccin, ce qui fait de nous une espèce solidaire.
Virus spéculatif Dans le même temps, le développement de nouveaux empires économiques s’immisce ouvertement dans les jeux politiques, Il remet en cause les démocraties et d’ailleurs tout le monde, dans l’illisiblité qui s’accroit, simplifie le complexe en souscrivant à des tyrans plus ou moins éclairés, au Mali, en Chine, en Russie, chez Trump, Orban, Erdogan, etc.
Virus de la déréalisation L’immense déréalisation des réseaux sociaux, le surréel de L’ IA qui monte, la réalité augmentée prodigieuse conditionne la nouvelle anthropologie du monde, sans que nul n’y complote, sans qu’aucun plan ne le fonde mais avec certitude : la mise au monde artificielle en est le seuil qui s’annonce. La vigueur de l’anthropocène (Google correcteur ne connaît pas encore ce terme mais ça va venir) et la perception de l’accélération climatique qu’il génère deviennent le destin de la génération dorée (éduquée, ne connaissant pas la guerre, biberonnée dans l’aisance citoyenne, ..) Cette déréalisation réelle produit des artefacts tangibles , NFT spéculatifs et cryptos monnaies, dark web, armes autonomes. Le Bitcoin s’envole à des valeurs fabuleuses mais le Bitcoin ne survivrait pas à 15 jours de panne d’électricité ou à 3 semaines de coupure des réseaux internet.
Dans cette illisibilité, savoir qui nous sommes
Même les virus collapsent Car nous avons (nous autres érudits, 👶) la conscience des effondrements. De multiples civilisations et sociétés ont connu, après leur acmé, en raison souvent de leur hégémonie territoriale et de leur confort culturel, un collapse : oui, il y a eu un dernier arbre, une dernière pirogue, un dernier dodo, un dernier hiéroglyphe, un dernier clic .
Oui, la fin de l’empire romain survient le jour où l’eau de l’aqueduc qui alimente les thermes de Caracalla, cœur vital banal quotidien du monde romain, est coupée par les barbares.
La fin de notre utilisation débutera avec la coupure électrique (et la fin de l’Europe avec la coupure du gaz russe ?)
Un certain pessimisme global donc, sans dramatisation ni angoisse, car tout ça se passe à bas bruit. Et en même temps, un vrai optimisme local, avec une très belle jeune génération, émancipée des idéologies de masse, consciente des limites et arcboutée sur des valeurs de respect humain.
Alors oui nous y voici, avec un regard oublieux mais aussi tout neuf pour aborder le nouveau siècle qui s’écrit. Le très inédit XXIe siècle commence à présent. |
Quand la danse est exactement miroir mobile du monde
Je reviens de Mulhouse où s’est donné la première d’un spectacle de danse-théâtre-cabaret contemporain absolument prodigieux.
Le ressort tendu des confinements, l’interdiction des étreintes, l’arrêt brutal des représentations se sont brutalement libérés et il faudra plus tard prendre la mesure dans cet émerveillement des spectateurs de la longue frustration esthétique et de nos confinements avec les écrans.
La danse est ici un corps à corps, donc une rencontre entre les âmes qui y affleurent.
Tout s’y raconte, l’histoire de la danse, le récit des apprentissages, le plaisir , l’exultation d’un mouvement léger sur un rythme. La connexion, les portés risqués, les étreintes de désir. Le tango , comme langage du tangage y domine mais aussi bien le catch, Forsythe, l’âpreté de Pina Bausch.
Des couples se préparent, cernés par les spectateurs et le mur visible des coulisses, se préparent à danser, c’est-à-dire exprimer, raconter leur être dans la rencontre improbable des rythmes et des corps. Peu à peu se dessine l’espace d’une sorte de concours inspiré des concours d’endurance mais aussi des championnats de danse, des auditions, des répétitions et des enseignements plus ou moins tordus. La danse est une mémoire de ce que nous avons vécu et cela affleure ici à chaque instant.
Patrice Meissirel fait concourir tout ce qui produit la performance dansée et chacun des danseurs y apporte son expérience la plus intime. Pas de modélisation des corps mais des tempéraments uniques qui se manifestent par le musculaire du geste, la voix et l’intensité des regards. Jeu choral, profération de solos, improvisations des irrévérences humiliantes de jury (« Allez mes chouquettes » !)
Il y a donc concours, épreuve d’endurance et voyeurisme des spectateurs sous la lumière blanche et donc jury. Mais quels sont les critères d’un jugement esthétique ? Leurs corps sont magnifiques et ne dépareraient pas dans une tournée de music-hall mais la lumière blanche implacable, la proximité du public (pas de scène, pas de distance, nous nous projetons sur scène et ils sont spectateurs de leurs outrances) fait apparaitre l’imperfection de ces corps sublimes. Tout corps réel est un ratage sauf que la danse, le mouvement engagé par Manuel Cedron et Gonzalo Gudino, les deux musiciens brillantissimes dans leur répertoire et leurs improvisations, produisent une beauté risquée, vulnérable et donc magique.
Le contrat est simple. La danse suscite toutes les vérités de l’être sensible : monstration, séduction, rivalités, exultation de la présence à l’événement rythmique et petit à petit, la présence du public, le « contest » entre danseurs pousse vers l’excès. Excès de vivre, excès de perte. Chaque danseur est sommé de s’épuiser, se relever, tomber, faillir, chuter, se relever l’un sur l’autre. Performance de catcheur de n’en pas sortir blessés car ils dansent littéralement jusqu’à l’épuisement. Ne rien garder, aucune réserve ni même résilience : claquer sur le dance floor, pauvres Molière.
Ce n’est plus de la danse mais de la transe. On ne sait comment ils en reviennent. La fin est pourtant magnifique, de tendresse, de jeu et d’invitation au chemin dansant des faunes et nymphes..
C’est à un ancien mystère qu’ils nous convient, ancien mystère qui est pourtant l’énigme contemporaine qui nous défie : la réinvention d’un « nous », en dépit des misères, des pauvres rêves et des affects de pacotille, sachant qu’il n’y a pas d’autre monde que le nôtre.
Comment revenir de là ? De longues minutes leur sont nécessaires, au milieu des effusions , des acclamations et des larmes du public. . Cette troupe exemplaire ne pourra danser ça trois fois par jour.
On achève bien les chevaux,
Chorégraphie : Patrice Meissirel
Danse :Dimitris Biskas, Mariana Patsarika, Irene Moraglio, Patrice Meissirel, Sarah
Adjou, Rémi Esterle, Cécile Rouanne, Maximiliano Colussi
Musique live : piano, bandonéon,multi-instrumentistes
Manuel Cedrón et Gonzalo Gudiño
Tout le monde a en tête
les images, l’apparition d’Amanda
Gorman, cette jeune poète américaine lors de l’investiture de Joe Biden. Son
flow, sa grâce lorsqu’elle déclamait son texte , The Hill we climb.
Le retentissement de cette prise de parole a été tel que 31 éditeurs se
sont proposés de traduire son poème, publié chez Penguin Book. Tout cela
serait très business as usual si la question de la traduction
n’avait suscité une controverse bien significative des errements du
progressisme radical.
L’éditeur hollandais a d’bord pressenti une personne poète et bilingue et « non-binaire », c’est-à-dire inscrite dans une certaine « radicalité progressiste ». Ce choix a dès le lendemain déclenché une campagne de protestation au nom de l’impossibilité de traduire une personne « racisée » sans en avoir personnellement éprouvé le parcours. Car Marieke Lucas Rijneveld est blanc(he).
Précisons ici qu’Amanda est noire. Précisons également
qu’elle est avocate. Précisons encore qu’elle est diplômée d’Harvard.
Précisons encore qu’elle a fait du
mannequinat.
Le lendemain la traductrice pressentie a renoncé à cette mission et a
accompagné cela de la seule réponse possible : un poème (un peu long) . Un
« progressisme » (respecter
une intégrité raciale) en a chassé un autre (affirmer une
assignation non genrée)
Quelques jours plus tard,
en Espagne catalane , le
traducteur catalan retenu-contrat signé
, Victor Obiols, s’est vu signifier (par
l’ éditeur ou l’agent américain ») qu’il n’avait pas «le profil » (probablement trop blanc hétérosexuel quinquagénaire). Aurait-il le droit encore de traduire Homère ou Shakespeare s'est-il insurgé.
On touche là aux limites de l’intersectionnalité où finalement le progressisme catalan qu’on peut supposer vaguement
indépendantiste et la créature non
binaire se trouvent confrontés au supposé progressisme de cette jeune poète ou
de sa maison d’édition. Personne ne pouvant
la traduire qui n’aurait un parcours identique au sien, elle est de fait
la seule à pouvoir se traduire en 31 langues.
La poésie comme nation
Au-delà du rire, ce qui attriste et interroge c’est que la poésie authentique est une nation et que les poètes en sont la tribu.
Quand le jeune voyou Rimbaud se présente rue de Rome dans le salon de Mallarmé, paisible professeur d’anglais, Mallarmé immédiatement le repère , le respecte et le commente d’un : « c’est un passant considérable ».
Le Baudelaire des Fleurs
du mal est salué par Victor Hugo pair de France , le Genet voyou voleur est défendu au tribunal
par Cocteau poète mondain au nom de la très haute littérature et aucun des deux ne s’embarrasse de leur
différence de « classe ». Devant la société ils sont de la même
tribu. Pas celle de l’orientation sexuelle mais celle des poètes.
Lorsque John Giorno, glorieux jeune pédé de Warhol est accueilli par Bernard Heidsieck
lors de ses séjour parisiens, le grand poète sonore est issu d’une famille de
banquiers tandis que Giorno est plutôt désargenté.
Valéry et Rilke se traduiront mutuellement, par-delà leurs
différences de culture de richesse et de orientation sexuelle et intimité de
leur amitié et de leur compagnonnage poétique.
La traduction est toujours malentendu, doit-on être cow-boy pour traduire Mac
Carthy ou jouer au golf puisqu’il y
passe son temps. Toute traduction est circonstancielle,
une traduction est une tentative. L’assigner à une sociologie de l’auteur (une
traductrice noire peut-elle traduire Victor Hugo ?) c’est n’y rien comprendre et être plus proche
de Harvard que de Baudelaire.
Cerise sur le ghetto : en langue française, ce poème sera publié chez Fayard, traduit par Marie-Pierre Kakoma, plus connu par son nom de scène : Lous and the Yakusa. Grande poète, rappeuse, parfaitement bilingue et parfaitement noire congo mais ça, on s’en fout.
Amanda , reviens dans la tribu des poètes !