28 décembre 2025

Le passé ne nous condamne pas, à nous d'en tirer une orientation de sens, l'enseignement de Viktor Frankl

La Vienne des années 20 et 30, les profondeurs de la psyché

 Si Freud a découvert dans la Vienne impériale finissante le vertige de l'inconscient et la puissance du refoulement, le travail psychanalytique de remontée vers l'origine traumatique a montré pour certains les limites d'action. 
Victor Frankl, toujours à Vienne, après s'être fait exclure de la première société de psychanalyse freudienne puis de la seconde, initiée par Adler a développé une psychothérapie passionnante qu'il a nommé logothérapie. Le principe qui me paraît très contemporain et activable dans le coaching est que « nous ne sommes pas définis par ce qui nous arrive mais par ce que nous en faisons, notre attitude envers notre passé », notamment par nos décisions. 
Frankl , d'origine juive est resté en charge d'hôpital psychiatrique à Vienne, notamment à l'hôpital Rothschild, jusqu'en 1942.
 

Une théorie de la résilience

Dans cet hôpital il travaille notamment sur le suicide des jeunes et des femmes, avec pour perspective dans cette époque de grande précarité matérielle et existentielle « de dessiner ce qui permet de retrouver l'équilibre ». 
Sa conviction fondamentale est que le passé en soi ne détermine pas ce que nous sommes et ses conclusions tiennent en trois principes : 
- notre structure personnelle conditionne la traversée des épreuves
- quelle attitude envers le passé développons nous au présent 
- notre validation de la possibilité d'un futur partagé.

 

L'expérience personnelle du désastre

En 1942 son poste de médecin ne le protège pas de l'assignation juive et toute sa famille est déportée à Theresienstadt, lui-même ayant laissé expirer son visa pour les Etats-Unis afin de ne pas quitter ses parents qui n'en bénéficiaient pas. C'est dans ces conditions infernales qu'il met à l'épreuve ses convictions philosophiques et méthodologiques.
Seule une de ses sœurs parviendra à fuir vers l'Australie. Sa femme enceinte , ses parents, son frère périssent dans les camps, Frankl veillant lui- même sur  l'agonie de son père à Auschwitz. Il y réécrit entièrement le manuscrit perdu de son livre et survit en visualisant durant les pires épreuves ce dont il témoignera plus tard pour que cela serve à d'autres.
Il revient ensuite à Vienne et y développe donc ses travaux dans cette même continuité de la résilience : en toute situation on peut ne pas rester défini par la blessure et choisir de tenir fidélité à ce que nous sommes appelés à être. L'ancrage d'un sens par  l'action, vers soi, vers les autres, à humble ou dérisoire moyen , dégage le degré de liberté minimal qui maintient le projet de vivre. 
Au moment du cinquantenaire de l'Anschluss en 1988, sa communication porte sur la nocivité du thème de la culpabilité collective pour les jeunes générations.
Son poste de directeur du département de neurologie pendant 25 ans lui permet de diffuser dans le monde entier sa vision d'une dimension noologique (spirirituelle) propre à chaque être humain et qui déploie les pouvoirs de l'esprit.

La tragédie du Sida, quand rien ne semble rester que l'horreur

Lorsque l'épidémie de Sida survient, plusieurs jeunes malades sont atteints et apparaissent vite condamnés par la maladie. Drogue, hypersexualité amène ces très jeunes gens à une mort précoce, de l'ordre de quelques mois. Dans la méthodologie Franklienne, il est proposé aux patients d'une unité dédiée de peindre une icône de leur vie, symbolisant leur passage et de la remettre à une personne de leur choix après leur mort. Un ami, un parent, un membre du personnel de l'hopital..
Durant ces douze mois, en dépit des comas, des lassitudes ou des crises, tous ont terminé cette icône avant de mourir et en fin de vie, tous ont eu une mort plus paisible, avec moitié moins de médications anti-douleurs que les patients d'autres unités.

Un guide de vie

Frankl toute sa vie éprouve le vertige et pourtant "grimpe vers le haut".
A 68 ans il passe son brevet de pilote.

 

« Le passé, ce que vous avez affronté, ceux que vous avez aimés, les conquêtes mais aussi ce que vous avez enduré avec courage et dignité, aucun pouvoir sur terre ne peut vous le prendre » répond t-il à l'alpiniste Reinhold Messner qui lui demande comment affronter  le déclin d'une carrière.

C'est en cela que le coaching peut orienter vers le dépassement : nous ne sommes pas prisonniers du passé, ni des blessures. Il nous appartient de l'orienter vers un futur assumable et partageable.  Le coach est cet éclaireur.. 

Viktor Frankl Museum Wien, Mariannengasse 1, Vienna, Autriche


5 décembre 2025

Théâtre de l’Odeon : du bidon au très bon

Ce que peut le théâtre : deux extrêmes au Théâtre de l’Odéon, redîmé par Pasolini.

La luz de un lago  , posture d'imposture

Face public une sorte de performance prétentieuse..

Bidon arrogant innocent dictatorial mal digéré révolutionnaire de joujou..

Confondant l’amour et le sexe, le vacarme et l’émotion. Assis tranquilles sur leur technophobie technophile. Comme une longue masturbation devant une télé mal réglée. Une tarte à la crème d’étudiants de deuxième année (tartes de merde argileuse jetée sur l'écran à la fin comme s'ils conchiaient le théâtre bourgeois, en faisant bien attention cependant à tout laisser propre) . Inanité en trois langues surtitrées.
Lunettes noires dans le noir, même Julio Iglesias ne le fait plus.
Trop cher (puisqu'on se trouve cantonné sur la scène jusqu'au lever de rideau final qui découvre la belle salle toute vide mais ont il faut payer la jauge je suppose) . Plutôt que de le revoir encore comme je le prévoyais j’ai revendu ma place à bas prix en prévenant les acheteurs de cette spectaculaire inanité prétentieuse. Comme c’étaient des jeunes je leur ai fait l’hypothèse d’une incompréhension générationnelle et leur ai souhaité un beau spectacle. 
Un théâtre de posture. Une imposture donc.

 

Pétrole, Pasolini, Creuzevault, géniale création collective avec la troupe 


Une semaine plus tard c’est la première de Pétrole , la pièce montée par l’équipe de Creuzevault à partir du torrent Pasolinien  de Pétrole. Un texte inachevé, dans son aboutissement et sa structure mais d’une cohérence messianique sur la jouissance de la domination capitaliste, la corruption des âmes au travers du corps crucifié du poète. Immontable , presque illisible dans sa suite de notes et de bref essais ou saynètes. Et pourtant guidés par Creuzevault ils en tirent un maelström parfaitement contemporain même si les références sont du XXeme siècle. Ça se termine. C’est plutôt génial. Des moments formidables. Un propos vertigineux. Pasolini incante, à la croisée du sexe et du politique tragique bouffon. Une séquence d’anthologie lorsqu’une vidéo nous offre le monologue d’une force obscure (un Dieu omniscient) sur la sainteté, prenant le masque du Diable dans l’Algeco pétrolier jeté sur scène, avec son voyou ironique (un ange ?) en arrière plan. Aussi une séquence de pure transe où l’intello ou le cadre lucide s’offre et se pâme d’être enfin possédé par le prolétariat des terrains vagues, par le vrai peuple viriloïde qui peut négligemment et bien sûr contre argent, enfiler le cadre corrompu, le poète perdu.

 Le théâtre est parfois le lieu de la vérité. 

 

La luz de un lago, 
Pétrole, création collective mise en scène par Sylvain Creuzevault ,
jusqu'au 21 décembre, au Théâtre de l'Odéon, quelques rares places encore,