6 mars 2017

Jouer dans le mille, Rockin’1000, une communauté effusive

Faire communauté, partager un « nous », voilà la grande affaire du siècle !

L’évidence du "nous" au XXe siècle (« nous sommes : les réprouvés, les avant-garde, les révolutionnaires, les bons, les meilleurs, les plus beaux, les savants, les plus forts, les plus éclairés, les pieux, les gagnants », etc. au choix) s’est évanouie avec les identités en archipel, l’humain augmenté et nos innombrables avatars et pseudos.
De temps à autre surgit, au gré d’une catastrophe (Fukushima) ou d’un attentat (le 13 nov) le ré-enracinement dans une communauté de solidarité mais ça se ré-effrite bientôt et prend difficilement politiquement

Pourtant de temps à autre nous parviennent d’heureuses nouvelles de communautés ludiques et ponctuelles qui se savent politiquement révolutionnaires.
Ainsi l’été dernier, à Cesano dans une petite bourgade perdue d’Italie, « où rien jamais ne se passe » (dixit l’organisateur Fabio Zaffagnini) et dans un pays où les initiatives collectives sont réputées difficiles ou dévoyées, Rockin’1000, a pour la 3eme édition consécutive, rassemblé dans le stade local plus de 1000 musiciens, tous amateurs, tous bénévoles pour tout simplement jouer ensemble (oui : 100 batteurs à l’unisson rythmique, 150 guitaristes solo, 100 bassistes, chanteurs, 14 cornemuses, etc.) quelques morceaux cultes de pop et de rock.
Chacun s’entraîne de son côté, sur le mode d’un flash mob, puis le jour venu, s’installe au stade pour jouer ce morceau, soutenus par un chef d’orchestre qui agence l’ensemble.
Et ça marche, les musiciens sont en transe fusionnelle, note par note, pédale wahwah et descentes de riffs, solos de batterie, chœurs extatiques, le public exulte, ce sont leurs copains et leurs chansons. Fierté, don et sentiment d’avoir collectivement vécu une utopie contemporaine.
Comme un début de révolution positive. L’anonyme est sur scène, la star est millier, l’ego extatique dans l’identification fusionnelle à une musique populairement culte. Une prometteuse énergie pour se réveiller, affronter, célébrer.



Ensemble au Nirvana

15 décembre 2016

Quand une association renouvelle le management !

Chaque organisation est un « entreprendre » et les associations témoignent souvent de cette dynamique créative.
On entre plutôt en association sur la base d’un projet, d’un engagement que pour devenir manager. Pourtant, au fil de la durée, c’est bien par le management que l’association garantit son déploiement et la pertinence de sa vision.
Bien loin du vieux refrain inquiet : « comment font-ils dans le privé ? Comment faire en entreprise ? », nous amenons nos associations clientes à identifier, à déployer fièrement leur management spécifique et aujourd’hui c’est plutôt le monde « marchand » qui s’inspire des cultures managériales associatives. Comment anticiper, "performer", partager, en se dédiant à une mission, à des destinataires, tout en agrégeant des bénévoles, des salariés, des adhérents, des partenaires, dans une économie de moyens rudimentaire ? Cet enjeu de performance fascine les entreprises.

A ce titre nous sommes fiers et heureux du chemin parcouru par notre client Afile 77, association de l'ESS et partenaire de l'ADIE et de France Active, qui, au fil de nos années d’accompagnement a su bâtir une telle ressource managériale. A chacun de nos « chantiers » avec cette association dédiée à l’initiative économique de porteurs de projet, nous nous demandons ce que cette fois-ci nous allons pouvoir défricher ensemble et chaque fois nous constatons sa formidable capacité d’innovation et de réappropriation de nos suggestions les plus créatives :-).
C’était de l’ordre du sentiment mais depuis novembre 2016 c’est un constat car Afile 77 vient de recevoir le Prix pour l’emploi de qualité, décerné par Le Mouvement associatif, l’UDES et Chorum, acteurs de l'intérêt général.

Prix pour l'emploi de qualité, plus d'infos ICI 

Afile 77, plus d'infos ICI

11 mars 2016

Serge Aurier .Gérer une personnalité ingérable

A l’heure du départ de Laurent Blanc, quittant le système toxique de ses joueurs, de l’exposition médiatique et de ses investisseurs, quelques mots sur un petit télescopage des images modernes qui en ces jours de février m’avait poussé à imaginer de l’inédit.
Au cours de mes séminaires de communication managériale, il m'arrive d'aborder notamment avec les élèves ingénieurs différentes situations d'actualité lisibles en termes de crise managériale.
Or spontanément l’une qui les passionnait en février dernier était le dérapage de communication initié par le joueur de foot Serge Aurier.
Celui-ci s'est en effet trouvé au croisement de plusieurs régimes de communication contradictoires.
Piégé « à l'insu de son plein gré » par un "vieil ami", une connaissance de quartier, Serge Aurier a laissé partager sur les réseaux sociaux des commentaires qu'il semblait tenir dans le cadre amical. Ambiance débonnaire, entre jeux de console, chicha et salut aux lointains copains « cousins » par Periscope.
Dénigrant ses camarades de jeu, tenant des propos insultants sur son entraîneur, on peut dire qu'il a abîmé l'image du club et mis en péril sa propre valeur sur le marché ainsi que sa pérennité comme joueur du PSG.
A chaud cela ressemble à un gros bug de communication : joueur et coach bafoués, dirigeants du club furieux, etc.  Des excuses peu convaincantes, tenues en survêtement aux couleurs du club et  devant le drapeau du club, ont manifesté le lendemain la reprise en main du vilain gamin par la com; du club. Comme disait Laurent Blanc, quelques « joueurs de cette génération » s’excusent souvent (a posteriori) alors qu’ils devraient plutôt réfléchir à ce qu’ils font.
À l'issue d'un débat animé, les jeunes membres du séminaire on fait ce lendemain d’info, le pari aux trois-quart, qu'il ne jouerait plus au PSG.

Pour ma part j'ai fait un pari différent.
1. Que sa réputation n'était pas grillée et même qu'au contraire certains supporters notamment y entendraient enfin une parole « authentique » , « non formatée »  par les communicants et laissant entendre ce qui se dit dans le vrai monde des vestiaires.
2. Je pense même que dans le monde des quartiers , cette parole libre , lui apporterait  admiration et crédit : celui qui bien que über-millionaire, continue à parler tel qu'on se parle entre copains.
3. Petite réserve: il est peu  prisé dans le monde populaire qu'on trahisse qui vous a accordé amitié (Laurent  Blanc dans le cas présent).
4. La question qui reste : comment sanctionner  un gamin millionnaire pour un écart de parole irrévérencieux.
5. Ma proposition : d'abord une explication yeux dans les yeux. Crever l'abcès du contenu des propos.
6. Ensuite il s'agit d'imposer une mesure qui l'engage réellement, qui soit patente alors qu' il ne s'agit pas d'une faute de jeu, qu'une amende ne le touchera pas, ni des excuses devant un prompteur et que Aurier est un des meilleurs ailiers du foot actuel.
6. Une seule solution : lui faire reconnaître publiquement ses excuses et leur acceptation, de manière à ce que, tous à la fois, ses "potes", les dirigeants, l'entraîneur et ses équipiers, le public sachent qu'il reconnaît sa faute et fait acte de contrition.
Au prochain match, Serge Aurier doit entrer le premier sur le terrain mais à genoux, devant les télés, les potes, sa famille, le monde du foot. Il veut jouer ? Ok. Il joue mais entre à genoux. Quand Blanc et ses 10 équipiers lui auront chacun tapoté la tête ou l’épaule, au passage, seulement alors, il se relève, réintègre l'équipe et joue un grand match.

Ça s'appelle un rituel et c'est la seule manière que l'équipe, le coach, les dirigeants et les supporters en sortent cimentés.
Et s’il recommence il est viré.

11 décembre 2015

Volkswagen. Quand l’éthique se noie dans le pot de miel catalytique.

Nous lisons ces jours-ci d’intenses, sobres et « droit dans les yeux » communications de Volkswagen sous forme d’annonce pleine page dans les grands quotidiens. Leurs pitch : une organisation industrielle, de portée transnationale, au chiffre d’affaire se situant entre le PIB de la Belgique et de la Grèce nous y rappelle ses engagements.
Quatre mois après que le scandale de la tricherie soit survenu, sans qu'on ne connaisse encore les sanctions prises et l’historique du système de tromperie découvert, la marque informe qu'elle compte prendre des mesures de compensation  en 2016 et que la sécurité de ses automobiles reste exemplaire. L’ordre d’idée du coût d’un tel achat d’espace pleine page dans un quotidien tels Le Figaro ou Libération se situe environ entre 40 000 à 100 000 euros l’annonce. Je précise cet ordre de grandeur au regard de ce qu'on a exigé et obtenu de gouvernements et d’États c'est-à-dire des.mesures bien plus radicales et rapides (politique de sécurité, transparence des actes et patrimoines des gouvernants, politique économique etc.) que ce rythme de croisière de crise de l’industriel.

Permettons-nous donc d’y ajouter nos propres commentaires et hypothèses (nous n’avons reçu aucune proposition de publicité qui détournerait notre sagacité).

1. Comment élaborer une tricherie ? Le pacte de transgression.
Nous ne sommes pas dans un top-down du commandement : le PDG n’a pas explicitement demandé une telle fraude. On peut imaginer plutôt (en attendant le livre qui nous racontera tout) un scénario créatif dans lequel, de manière informelle, devant la machine à café ou sur un banc d’essai, un ingénieur fait le malin et signale à un collègue qu"il y aurait moyen simple de fausser la mesure. La proposition est développée sur le mode ludique hors circuit de décision jusqu'à ce qu'elle soit soumise à un responsable des essais ou à un responsable

5 juin 2015

“We are a many” et on y travaille ! Simulation de la COP 21


« On n’a pas dormi, pardonnez-nous si on s’évanouit au milieu du discours de clôture » annonce dimanche soir, le porte-parole de la simulation de la 21ème Conférence des Parties.
Ronan intervient avec la "présidente" de la Conférence sur la scène du Théâtre des Amandiers avec ses 208 homologues, étudiants français et étrangers des délégations, répartis en gradins sur la scène, tandis que leur font face, homothétiquement dans la salle, les gradins du public.
Sur un voile transparent est projetée une sphère en rotation, avec un fond musical à la "Star Wars".
Ironie des scénographies de la solennité et de l’énergie collaborative : il y a du lyrisme, il y a de l’Histoire et ce sont des histoires.

Le Théâtre comme Réel démocratique

Trois jours et nuits durant, du 29 au 31 mai,  le Théâtre des Amandiers de Nanterre a été le lieu d’une intense fièvre débattrice lors de l'évènement Paris Climat 2015 Make It Work porté par Sciences Po.
Au premier plan, les fanions tandis
que conversent Bruno Latour et Jan Zalasiewicz.
En préfiguration de la 21eme Conférence des Parties qui se tiendra en décembre à Paris (la COP 21), l’équipe pilotée par le sémillant Bruno Latour a exploré un nouveau dispositif de débat en invitant 208 étudiants du monde entier à se réunir dans le même format que la COP21.
La préparation, longue d’une année était identique, la composition des délégations étatiques à peu près du même ordre mais deux composantes notoires ont été introduites :
  • la présence d’entités, jugées parties prenantes des enjeux climatiques
  • l’interaction, la lisibilité des travaux avec le public, les artistes, les intervenants.
Pas de meilleur lieu que le Théâtre pour interroger et proposer une mise en scène du processus, pour faire apparaître ces entités telles l’Océan, la Barrière de Corail, et pour être le lieu où se noue la conscience politique. Si la tragédie est concomitante à la Cité Grecque, peut-être le Théâtre est-il aujourd'hui le lieu de l’agora où s’inventent, se débattent les formes contemporaines de la représentation, esthétique, philosophique et politique.
La possibilité d'un lac
A toute heure les participants de ce "Théâtre des négociations" pouvaient se retrouver dans la salle de relaxation ou mieux encore climatiquement, à la piscine recréée dans les ateliers décor du Théâtre et des bateaux pneumatiques, des bouées-Terre y incitaient à de nouvelles opportunités (Cédric Villani affirme dans son "Théorème vivant" que les conditions de la recherche fondamentale au sein des rencontres mathématiques internationales sont du café à toute heure, des promenades dans le parc et des tableaux noirs partout).

Déclaration reprise par "Coyote"
Les 41 délégations se sont retrouvées, dispatchées, éparpillées par thèmes, affinités électives, politiques et nationales puis regroupée. De la même manière que lors d'un tournage de film hollywoodien, les acteurs cow-boys ou indiens, nazis ou alliés, prisonniers ou gardiens se trouvent rester distants pendant les pauses du tournage, les représentants états-uniens durant ce Théâtre des Négociations se sont heurtés avec les représentants des Entités : jouer Monsanto c’est se retrouver dans la cohérence d’affronter les populations indigènes.


Le grand intérêt est double :  éthique des nouvelles ontologies, politique de l'écologie

Les entités Forêt ou Banquise comme existants
En écho aux réflexions sur les souverainetés ontologiques qui participent des territoires, il s'agit de donner voix, représentation, force opératoire politique à des entités qui, de fait sont impliquées dans les évolutions du climat et qui sont des « étants » du territoire au même titre de prétention qu’un gouvernement des humains. Si l’homme co-habite le monde, alors ces co-habitants ne constituent pas seulement un cadre mais un acteur.
Réinscrire l’écologie dans le politique
La planète ne réunit pas, elle divise, chaque entité ayant des coordonnées et des projections locales. Il n’y aura pas de gouvernement mondial autrement qu’affadi et la Nature ne gouvernera pas tant qu’il y aura des hommes. C’est donc dans l’espace politique des humains que le débat doit avancer. En ce sens l’horizon de l’écologie est spirituel mais également politique. De ce point de vue, cette simulation est plutôt un accélérateur de réalité : les discours tenus, les objectifs décrits, les dispositifs méthodologiques, tout y a été mis à plat. Symboliquement, les participants ont joué le jeu d’un aboutissement in extremis des dernières minutes mais ils ont laissé apparaître une scission profonde entre un groupe qui tenait à produire un texte « verrouillé », négocié à la virgule, sur le mode d’une authentique conférence diplomatique et un groupe qui tentait de dessiner l’irrésolu des enjeux, des cartographies, des projets.
La diffusion en temps réel des trouvailles, expressions par le fanzine Coyote, les visites qui rappellent aux congressistes l’attente et la vigilance d’un public, les conférences des géologues sur les marqueurs de l’Anthropocène ou d’anthropologues sur la reconnaissance d’entités ou sur la responsabilité désignée de grandes compagnies (oui, c’est l’humain qui est responsable mais on peut donner le n° de téléphone des présidents de quelques Compagnies), tout cela, dans ce théâtre produit de singuliers accents de vérité démocratiques.

On peut supposer que Ségolène Royal s’est tenue très avertie de ces travaux pour annoncer le lendemain matin de cette clôture que "tout était à revoir dans le dispositif de la COP 21".  

Lien du site : www.cop21makeitwork.com
Infos sur la COP21 : ici