Des systèmes de pensée derrière des dirigeants
De même que la lecture du Régiment immortel, glace l’esprit, lorsqu’on y comprend que derrière la personne de Poutine se tient tout un système performant d’endoctrinement, le récent ouvrage d’Arnaud Miranda, « Les lumières sombres » inspiré du « Dark enlightments » de Nick Land, donne à comprendre la puissance du système de pensée qui soutient le trumpisme phase 2 et compte bien durer plus longtemps que Trump lui-même. « Lumières sombres » se prétend en exact antimatière des Lumières du XVIII eme siècle qui avaient déclenché les épopées révolutionnaires. En termes de communication politique durant la campagne, les démocrates ont complètement failli : il fallait taper, dénoncer, attaquer sur toutes les faiblesses et mensonges de Trump au lieu de s’en tenir au bon goût, à la décence et à la protection des tribunaux. À présent, le loup est dans la bergerie, et il bouffe et bouffera tout ce qu’il peut, à s’en faire péter la sous-ventrière et le tiroir-caisse. Mais au-delà de la performance personnelle de son kill-management (imprévisibilité, désinhibition, brutalisme, approche transactionnelle), toute une pensée cohérente, revendiquant son appellation de néo-réactionnaire, longtemps clandestine, oriente et libère cette puissance, mise à jour par Arnaud Miranda .
Neo-réactionnaire ?
Ce mouvement conjugue de brillants blogs pamphlétaires, provocants, tels qu’un nihiliste cyber-punk qui saccagerait tout progressisme peut le faire (Curtis Yarvick) avec la pensée d’un philosophe qui oppose l’accélérationnisme de l'hypercapitalisme au déclin démocrate (Nick Land ), et se renforce avec le soutien de post-libertariens milliardaires tels Peter Thiel qui commence avec PayPal et « s’amuse » aujourd’hui avec Palantir, les sphères philosophales et communicantes de Gandalf et Sauron dans le Seigneur des anneaux. Toute une pop philosophie, nourrie de Matrix, du Seigneur des anneaux, de Star Wars, etc, y palpite. Ces références et émulations blogueuses convergent dans une déferlante réactionnaire qui promet un fascisme éclairé par l’IA et le techno futurisme. Jusqu’à présent, leurs doux rêves débiles de s’exiler sur Mars, à défaut d’île-refuge, de micro état, nous faisait rire : « qu’ils y aillent donc » disais-je mais je ne ris plus car cette nouvelle élite fusionnée avec la machine finira par tenter de nous y envoyer nous sur Mars, nous autres humains de la finitude, devenus inutiles.
Trump providentiel
Trump, deuxième mouture, applique parfaitement le programme de ces SF-démiurges : par l’action, par le Brutalisme, par la destruction systématique des contre-pouvoirs démocratiques, par la mise à mort de « La Cathédrale », ( université, média traditionnels) , et du Deep State (les fonctionnaires et ONG, virés par milliers) … Le modèle : shit-storm et blitzkrieg. Et ça marche, jusqu'au crash final ou à la conquête impériale.. On verra ça au résultat.
J’ai prophétisé la ruine messianique de l’utopie américaine, mais ça pourrait tout aussi bien relancer un impérialisme suprématiste.
Du point de vue de la morale politique, c’est une horreur, à moins de se placer dans une perspective nietzschéenne, appuyée sur Machiavel, Spengler et le succulent de Maistre. 
Joseph de Maistre : "Le roi n'est roi que dans le cercle que la Nation lui trace"
Comme pamphlétaires, de Maistre est génial et plaisant, mais il ne faut surtout pas donner le pouvoir à de tels revanchards. L’ennui pas seulement politique mais surtout civilisationnel tient à ce que pragmatiquement, la démocratie est frustrante dans son autonomisation du politique, dans ses intermédiations , avec ses lenteurs et son égalitarisme. À l’âge de la convergence des techniques génétiques, informatiques, dopées et transcandées par l’IA, le tempo décisionnel est plus tenté par l’approche jeux vidéo (guerre de 12 jours, guerre de 3 semaines, « kill them all ») que par la processualité démocratique avec ses conciliabules Habermassiens.
Attention, ce courant n’a rien à voir avec les ringardises conservatrices ou la bêtise de la foule alt right. Ils sont drôles et agréables à lire, s’inspirent dans leurs débuts de penseurs puissants (Heidegger, Bataille,..) déconstructionnistes français (Foucault, Deleuze, Guattari, René Girard, …) et connaissent l’histoire des idées politiques. Aussi rafraichissants dans leurs détestations que Philippe Murray, Cioran, Baudrillard ou Houellebecq, ils s’en distinguent cependant par leur ferme volonté de faire advenir un nouvel ordre. Ils ne dénoncent pas, n'ironisent pas depuis leurs vastes bibiothèques-écrans : ils protestent d’un nouveau monde.
On va voir ce qu'on va voir car ça a déjà eu lieu
L’utopie américaine a vécu, un pari existentiel sur de nouveaux temps, explicitement apocalyptiques, s'y déploie aujourd’hui. Ce violent pari sur le futur a pourtant des résonances avec le passé. Car « Démocraty is Done » s’est déjà précisément réalisé. C’était en Allemagne il y a presque un siècle , à la fin de la république de Weimar et le programme nazi s’y est déployé dans une logique que je perçois comme « diamentielle » (parfaitement dingue). J'y reviens dans un prochain post qui peut éclairer sur les risques du présent. A vienne en Autriche se tient dans la maison Freud une passionnante et terrible exposition sur la mise en place inexorablement aboutie de la purification nazie , proprement diamentielle. J’y reviens dans un post à venir qui peut éclairer les risques du présent.
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