18 juillet 2024

IA, nous y sommes, l'avenir s'invite dans l'aujourd'hui (1)

 IA, Nous y sommes   : l’avenir s’invite dans l’aujourd’hui. 

Laurent Briard, cavalier de chimères


 

La fabrique des images, un dialogue IA/Laurent Briard

Certains tergiversent sur l'éthique ou sur les risques de l'IA sans se rendre compte que d'ores et déjà, le monde connu  est littéralement balayé par cette nouvelle intelligence autonome.
La médecine, l'enseignement, les mobilités , le marketing, la gestion urbaine ou la gestion des masses, la créativité intellectuelle et esthétique, la guerre, etc.. sont déjà travaillées, labourés par l'IA.
La question reste «  que produit de spécifique réel ce dialogue entre l'humain et le neuronal non-humain ? »

L'exemple par l'art de Briard.

Les images courantes proposées par l'IA sont plates : « réalistes, magnifiquement éclairées, peaux douces et censées faire rêver », des images marketing qui cauchemardent le désir vulgaire. 

Miaou fait Monop et la fabrique IA est écrite en petit dans la marge

Pourtant elles augurent également de mondes virtuels de réelle fiction. A condition d'être issus de dialogues avec des artistes ou des créateurs.
Lorsque Laurent Briard les accouche , elles existent sans se prétendre réelles , une lumière à la Alexandre Trauner nimbe leur noir et blanc et dramatise les visages.

Rien de ce qu’on y voit ne se prétend réel. L’artifice s’y exhibe et c’est ainsi que l’étrangeté nous emporte.
Le chemin par lequel ces images nous viennent est un chemin d’écriture. D’écriture dialoguée. Ici qui ne sait dialoguer n’obtient que du plat sommaire.
Des “prompts” rédigés tels des scripts Baudelairiens déroutent la machinerie et lui font proposer des interprétations, des malentendus d'aventure qui surprennent et emmènent plus loin, vers le mystère.
Au fil des échanges le créateur déploie, accouche d'un monde et l’emmène plus loin. Il n'y a pas d’erreur, seulement des propositions.


Authentiques Chimères 

Une machine l’a produit en s’accordant avec un humain. La production apparaît donc dans un espace ni tout à fait artificiel ni tout à fait réel. Un nouvel espace intermédiaire , reconnaissable à sa perfection , à son « déjà vu » et à sa mélancolie citative. 

Portrait chimérique aux poissons -Laurent Briard et son IA.



La rencontre du singe de Meliès sur la Tour Eiffel préfigurait déjà King Kong sur l’Empire State Building et ces rencontres Lautréamonesques se démultiplient aujourd'hui par l’IA. Mais ces nouveaux collages restent pauvres si l’on n’entre pas en dialogue profond, respectueux, intense (un Duolingo chapitre 10.0 ?) avec l’intelligence générative.  

Laurent Briard parvient à ces images en écrivant vers la machine les descriptions des images qu’il pressent. Écrire à la manière d’un critique qui évoquerait une image. Traitant cette description, l’IA interprète et visualise à partir de l’infini de ses données acquises et qu’elle recombine algorithmiquement. Sans dialogue l'IA n'ajouterait donc qu'une conformité statistique. Mais si elle converse avec un humain assez obsessionnel pour la suivre dans ses malentendus et assez affuté pour la relancer à partir de ses parti-pris esthétiques, alors apparaît un monde aussi inexistant qu'un rêve mais avec sa signature tangible d’auteur créateur. 

Laurent Briard, A la foire du monde


Recombinaison et pluralité des sources : on la lance sur la piste de Dürer commenté par Huysmans. Ou à  partir d’un portrait de Virginia Wolf puisqu'on ne peut pour l'instant introduire le portrait de sa copine car elle est inconnue du grand public.
Alors  l’accident , le malentendu produisent des réinterprétations nouvelles.


Un basique script de cinéma

Morceaux de peu, rencontres hasardeuses :  la base de données originelle  recycle le célèbre , le populaire et le reconnu. Que de l’authentique en input mais pourtant à la sortie un fake très suspect et troublant.
L’ambiance est d’une certaine mélancolie car tout y a déjà été dit , en citations redondantes et dans une sorte de silence des espaces infinis. Il y a ce silence mélancolique des séries de Cindy Sherman , redoublé lorsqu'on traite en noir et blanc luisant. Probablement ce monde dix- neuvièmiste futuriste qui apparait dans le film "Poor things, pauvres créatures".

« Le Système est prude ». Pour l’instant il est difficile de faire apparaître du nu par des scripts explicites. La ruse consiste à passer par une Naissance de Vénus de Boticelli pour accidentellement créer du nu. Gageons cependant que l’industrie pornographique qui a toujours récupéré les innovations (streaming, profilage des clients, micropaiement, etc) va trouver bien vite comment répondre I-artificiellement aux fantasmes du jour et de la nuit.


Nouveaux oracles

Jouer contre Alpha Go c’était déjà accéder au dialogue avec la divinité du Go commentait Lee Sedol le champion du monde coréen (9eme Dan) de l’époque.  Les coups étaient  imprévisibles, résolus sur 40 mouvements décousus mais fatals.
L’IA propose la même illusion réelle : une inépuisable et vaine fabrique autistique de l’image que seuls quelques  esthètes littéraires, eux-mêmes obsessionnels de leur univers,   sauront apprivoiser créativement. Laurent Briard est l’un de ces cavaliers de chimères.



17 juillet 2024

Faire mentir un  paysage idyllique,
la mystification nazie
Une visite au Berghof de Hitler

Oh que c’est beau !
La vue est superbe. Une grande terrasse qui donne sur un panorama alpestre. De vastes prairies ponctuées de fermes et au loin une chaîne de montagnes. Et pourtant c’est ici que les sombres méditations de Hitler ont vu le jour : écriture de Mein Kampf (Mon Combat) , communauté des proches (maisons de Goebbels, Goering, Bormann, Speer, appartements de Heinrich Hoffmann le photographe officiel, etc), quartier général des opérations militaires et “opérations spéciales”.
Ici c’est le Berghof , le domaine au-dessus de Berchtesgaden, domaine du mensonge public et de la réalité cruelle.

Le mensonge chaque jour

Sur les tableaux de l’époque, la montagne d’horizon est faussement dessinée, très haute, quasi-himalayenne, à la mesure du démiurge.

Panorama hitlérien magnifié en 1939
panorama d'aujourd'hui, réel

Infatigablement  dédié  au peuple allemand, l’agenda d’époque mentionne que le réveil d’Hitler débute par un réveil à midi avec petit déjeuner. Un peu plus tard, il déjeune assez végétarien. Hitler aime les enfants et les animaux.

Les enfants aiment Adolf  (montage H. Hoffman)
 
     Eva
Braun, assistante d’Hoffmann le photographe attitré qui bâtit la légende épique (4 ans de prison après-guerre), est devenue sa secrétaire et vit à ses côtés, tout sourire lorsqu'ils reçoivent militaires et industriels mais aussi humbles locaux. Eva filme en couleurs, de jolies petites scènes familiales ensoleillées. 


 Entre amis sur la grande terrasse, film couleur Eva Braun

Tout entier offert au peuple, sa relation réelle avec la tendre Eva est tenue cachée. Les enfants dont il aime sur photo être entouré doivent l’appeler “Oncle Adolf”.
Pourtant tout près de la terrasse, on voit des fermes expropriées pour être cédées aux proches de Hitler, le médecin de pays, ancien vétéran de la grande guerre, Gustav Ortenau, est empêché d’exercer et ses enfants doivent interrompre leurs études de médecine. Tous bien trop juifs pour la communauté nationale. En 1930, son cher Club Alpin autrichien avait déjà promulgué de nouvelles lois aryennes, avec exception pour le vétéran qu'il était mais en 1933 il en est finalement exclu.  Même progressive ignominie pour le loueur de barques du charmant lac de Königsee tout proche. On s’y baigne, on y loue des bateaux, on rit pendant les journées d’été mais dès 38, on obligera le loueur Modereger à divorcer de Felicia, sa femme juive (il refusera jusqu’au bout mais elle sera finalement déportée à Auschwitz après s’être “réfugiée” en Hollande et apprendra la mort de son mari à son retour de déportation).


L’horreur de l’espace vital allemand

Certains des beaux montagnards  du coin qui seront enrôlés dans les chasseurs alpins finiront au siège de  Leningrad  (75000 morts civils) ou plus tard dans la bataille de Stalingrad (800000 soldats allemands pris au piège ). Si l'on veut s'enrôler dans les troupes de montagnes, l'aspirant doit obtenir un certificat auprès du Club alpin. D’autres natifs du panorama participeront aux massacres de Skypes pendant la campagne de Crète ou encore aux retraites sanglantes (pour les civils) de la bataille de France.
Espace vital du peuple allemand débarrassé de ses populations indignes (juifs, Roms,  Témoins de Jéhovah) étendu vers l’Ouest et surtout vers l’Est pour un royaume de 1000 ans. Huit  ans plus tard, les allemands des Sudètes constituent la plus grande vague de migration du XXeme siècle, l’industrie est détruite (certains américains et français hésitent à faire de l'Allemagne une nation définitivement agricole), le tiers des Berlinoises sont violées par les Russes “libérateurs” et les grands acteurs survivants du régime sont jugés et exécutés à Nuremberg tandis que Goebbels, Hitler se suicident en famille dans leurs bunkers assiégés.
Vers la fin de la guerre, à partir du Débarquement de Normandie , le centre de commandement américain se plait à dire : “Notre arme secrète, cet imbécile de Hitler”.
 Après la défaite, plus personne n’est nazi même si les greniers conservent les innombrables bustes, médailles, boites d’allumettes, certificats et brassards à la gloire du régime. Albert Speer sortira après 20 ans de prison, bien nourri à Spandau, établissement géré par les alliés (rien à voir avec les premiers  camps de travail des opposants comme Dachau). Le jour même de sa sortie, en élégant costume et sourire fin, lors de sa conférence de presse dans un grand hotel,  il forge son nouveau personnage de gentleman nazi, ignorant tout des projets de Hitler, des massacres, de l’esclavage industriel et des exterminations de juifs : “J’ai péché par indifférence et Hitler était un démon qui a abusé le peuple allemand”. Deux best-sellers de ses mémoires édulcorées l'enrichiront.

Croire aux mythes est nécessaire et parfois dangereux

Hitler n’a abusé personne : tout était écrit dans son livre, il a été élu puis a redressé l’Allemagne, forgé au marteau une communauté allemande faite d’exclusions, de dénonciations et d’accaparement et a défilé sous acclamations et peuple en fusion (viriloïdes aryens et honnêtes femmes au foyer).
En 1952, le domaine du Berghof est rasé afin que ne s’y développe trop manifestement un culte nostalgique de la grandeur et de l’épopée nazie. Les galeries souterraines creusées par les esclaves s’y visitent  encore , avec leur exemplaire organisation de refuge. A la Libération les américains et les Français y ont découvert des montagnes de produits de luxe, des vins prestigieux volés en France, les oeuvres d’art pillées dans toute l’Europe. Le vol était la condition de l’acquisition, il serait intéressant de faire le décompte de ce que régime nazi avait  réellement acheté avec de l'argent produit et non volé.
Sur le terrain ensoleillé,  un remarquable centre de documentation s’y dresse à présent , parcouru dans un recueillement assez horrifié par des foules silencieuses qui se retrouvent ensuite devant le magnifique panorama.  
En ces temps de mensonge politique généralisé par des crypto-dictateurs de tous ordres (de Poutine à Trump, en passant par des Nord-Coréens, des mollahs, etc) il est passionnant et éducatif de parcourir en quelques heures la construction, la barbarie et l’anéantissement d’un mythe démiurgique au coeur de ce qui était une des plus hautes cultures d’Europe (l'Allemagne vue par Walter Benjamin dont la citation "Au coeur de la plus haute culture se tient aussi la plus grande barbarie" est écrite sur sa tombe).

A voir : Hitler and Obersalzberg, Idylle et atrocité, l'exposition permanente du Centre de Documentation , Berchtesgaden, Bavière.




24 juin 2024

D'une époque passionnante à la régression glaciaire

 



1939- Quand Molotov, Ribbentrop et Staline, en civil, levaient
un toast à la dictature sur les démocraties


L'époque

S'incarner en cette époque est passionnant : toutes les questions fondamentales y sont posées, avec leurs réponses ouvertes. Qui sommes-nous ? Que voulons-nous ?

Des expériences qui étaient jusque-là réservées aux dieux nous sont possibles : manipulations génétiques, métamorphoses sexuelles, ubiquité des communications, mémoires augmentées, et autres IA. Evidemment nous n'y sommes pas prêts et ca n'est pas si nécessaire mais une nouvelle anthropologie surgit, sans l'innocence vernienne du XIXeme ou des années 50.


Psychodrame français

Pourtant les dernières semaines françaises menacent cette installation dans l'époque et orientent plutôt vers une régression dangereuse, celle des années 30 qui se radicalisait dans  l'affrontement entre bolchéviques et fascistes. Pas de place en ces temps-là pour un humanisme de conciliation et de démocratie.

C'est ce qui menace ici et maintenant. Sur un coup de tête (ou de menton) le président qui devait faire baisser le Front National lui remet les clefs du royaume, met en jeu les trois années de mandat qui lui restaient et risque donc une obstruction fatale à tous ses projets et le blocage européen.

Front Populaire quel programme ?

Le mythique Nouveau Front Populaire est un sursaut très intéressant (de Glucksman à Ruffin-Autain) mais « être contre le Rassemblement National » n'est pas un programme, ce n'est qu'une position. Si l'on veut récupérer les ouvriers, les communistes passés chez Le Pen, proposer en première mesure d'annuler la loi immigration , c'est se tirer une balle dans le pied. L'insécurité populaire (celle du peuple qui n'a pas d'ailleurs..) , prise en étau entre des medias indulgents sur les désordres et leur déni de responsabilité pour ne pas être suspecté de racisme, verra dans cette urgente mesure  une aberration d'autorité. 

D'un autre côté , à ceux qui se projettent dans un centre gauche de gouvernement, le rétablissement de la retraite à 60 ans est une folie démagogique. On est actuellement souvent jeune à 60 ans et la moitié des pays européens ont équilibré la hausse démographique des seniors, la diminution des actifs par un relèvement du départ, à corriger bien sûr dans les situations de pénibilité.

Le Rassemblement National, machine à découdre

Le Rassemblement National se présente tout démocratique et bien élevé mais dès l'élection remportée, leurs dirigeants  se verront doublés sur leur droite extrême qui posera sa surenchère. Et surtout ces gens-là ne rendront pas le pouvoir : ils ne travaillent pas avec des opposants ou des différences mais entretiendront leurs réseaux, leurs financements, leurs cooptations dans une exultation de revanche et de puissance.


Télescopages des temporalités 

Trois semaines c'est trop court pour débattre et dynamiser de nouveaux gisements électoraux, surtout dans une époque de perte de conscience historique. Les derniers témoins des grands engagements et catastrophes disparaissent et l'époque politique se vit de plus en plus comme une sorte de jeu video avec les bons et les méchants  et des aboutissements à la vitesse des clics : une ou deux nuits et on y est. 

Alors que les guerres en cours par ceux qui ne peuvent pas les perdre montrent que le temps long est une réalité durable. 

Bilan carbone de l'amour et de la guerre

L'écologie ? Inaudible.. trop couteuse et trop gentille. Les oiseaux migrateurs se détournent de l'Ukraine.. Et alors ? Le danger nucléaire y rode.. et alors ? Il y a deux domaines dans lesquelles personne ne va s'intéresser au bilan carbone : la guerre et l'amour.   


Nous n'allons tout de même pas devenir royalistes ?

Ces semaines entreront dans l'histoire pour la jeune génération, surtout en cas de défaite de la démocratie et il est probable que ces élections battront des records de participation.

Mais si elles produisent un désastre ce sera à désespérer de la démocratie.

20 mars 2024

 

D'un humaniste russe Christique au Dalaï-lama

Ainsi donc la Russie a donné un saint. Déjà il y avait eu Soljenitsyne, dissident métaphysicien qui avait prédit à son retour d'Amérique ce que deviendrait l’empire soviétique mais qui se présentait plus en ermite bougon qu'en saint martyr. Le corps glorieux est le dernier acte de la dédication.


La sainteté ultime rempart à l'empire

   Jusqu'à la fin, le coeur aimant

A présent voici Navalny le saint humaniste. L’Amoureux qui, à peine remis d’un empoisonnement , quitte sa femme adorée en choisissant la droiture morale au confort individualiste.

Mourir tête haute pour plus grand que soi. A l’âge des ambiguïtés , des renoncements, des accommodements c’est une leçon tout droit sortie de Dostoïevski. Une gueule de prince coquin , un entêtement affiché d’idiot auréolé.

C’est magnifique , c’est à pleurer car il n’y a pas eu de miracle , il a été lentement crucifié dans le froid sans penser jamais à se renier.

La vérité est totalement dévalorisée dans l’actuelle Russie. Ça rappelle Virgil Gheorghiu le pope poète prophétique qui énonçait que c’était simple avec le communisme soviéto-roumain car le vrai était tout simplement le contraire exact de la parole officielle.

Un Autre aspect à la fois christique et russe tient dans le rôle joué par la mère de Navalny. On lui dit qu’il est mort, elle part vers le nord.. On lui dit qu'on ne sait pas où est le cadavre, elle attend. On lui dit qu’il sera finalement enterré dans un village de la colonie pénitentiaire kafkaïenne arctique et elle dit non : je veux voir le corps et je veux le ramener près de la maison.

On peut facilement tuer le fils mais en Russie il reste encore difficile de tuer la mère. La babouchka que tout russe garde au cœur.

Et c’est donc la mère qui , par cette contemporaine déposition d’une crucifixion cruelle et démente , génère avec la femme , la veuve , le message d’honneur , de vérité et d’amour de l’homme. Il y aura un jour en Russie des places et des lycées Navalny tandis que les portraits de Poutine disparaîtront dans les caves comme les vieux insignes nazis que toute famille allemande ou autrichienne a abandonné dans l’ordure ou la cave.


Autre réussite de la puissance mais résilience tibétaine

La Chine est l’autre vraie grande réussite dictatoriale, celle d’un Parti qui a garanti travail, enrichissement et prestige mondial.

Là malédiction inaugurale en a été l’occupation et l’ethnocide du Tibet.

Parfaite réussite avec vol des ressources, destruction des monastères, emprisonnement d'un peuple, plus haut train d’altitude, déferlement Han et presque éradication des hautes spiritualités. Pourtant ça a résisté et le Dalaï-lama, par sa fuite miraculeuse de 1959 et l’établissement d’une diaspora culturelle a maintenu le flambeau, reconnu par son peuple et par le monde , de l’aspiration à la liberté , de la compassion comme voie, d'un spirituel plus radical que le matérialisme corrupteur.

 Washington veut empêcher Pékin de se mêler du choix du prochain dalaï lama

 Rire de l'instant

 

Mourir quelque part

A un certain moment de sa vie on est amené à installer la topologie de son décès : on ne veut pas mourir à Paris mais à Narbonne (mon père), pas à l’île de Ré ou Venise mais a Paris (Sollers) , pas à New-York mais à Moscou (Soljenitsyne) , pas à Paris mais à New-York (Woody Allen ?) , pas à Moscou mais à Châteauroux (Depardieu ?).

Il me semble qu’il est temps que le Dalaï-lama, après s’être heureusement échappé puis avoir diffusé le bouddhisme tibétain a l’échelle du monde, revienne à présent , dépouillé de ses rôles et auréolé de sainteté, au Tibet.

Maintenir la promesse de sa réincarnation puis engager le retour de son corps.

Savoir qu’il sera assigné, résidentialisé, assassiné de hasard, mais que sa flamme compassionnelle et son éveil diffuseront irrémédiablement dans la terre et le cœur tibétain.

Un long voyage retour à pied, avec prosternation des foules (j’y serai) et marche pieds nus des stars (Uma, Richard Gere…).

Passer la haute frontière à pied, marcher vers Lhassa, vers une prison ou un hôtel de luxe mais respirer à l’unisson de son peuple. Navalny l’a fait, en solitude parfaite, le Dalaï-lama sera accompagné et même quelques nationalistes chinois endurcis peuvent en être touchés par la grâce et renoncer à Taïwan comme au Tibet.

Le rêve est la réalité magique du monde.

15 janvier 2024

 

Comment perdre le peuple et que cela finisse en catastrophe

Deux ou trois choses qui fâchent.



Le peuple de Delacroix : Liberté, épopée, sensualité, parole

Trente ans que la gauche assure que le FN ou le RN ou l'ultradroite dit n’importe quoi et qu’il ne faut pas lui répondre.

Le problème depuis trente ans : le FN pose de vraies questions et propose de mauvaises réponses mais comme ils restent seuls à poser ces questions , le peuple finit par s’y reconnaitre.


Qu'est-ce que le peuple ?

Le peuple ce sont les gens que leur travail et leur généalogie rivent à la terre où ils sont nés. Pendant des générations le peuple s’établit, se reconnaît, se tient chaud. Puis la mondialisation survient , qui alimente et promeut et inspire et découle du capitalisme. Cette mondialisation a deux conséquences existentielles pour le peuple :

a. Son métier , son travail ne valent plus rien, ou valent trop cher en comparaison des coûts de la main d’œuvre des pays périphériques

b. Il arrive sur le territoire du peuple (c’est à dire des pauvres) des pauvres d’autres cultures, d’autres religions , issues du vieil empire colonial. Et quelques bonnes âmes respectueuses de la différence finissent par enlever les crèches d’un village à Nantes. Pourtant nous sommes en l'an 2024 , décompté à partir de la naissance du petit Jésus. Je ne suis pas croyant mais je fête Noël et je suis ravi (de la crèche..) de découvrir chaque fois cette attention à la fragilité du tout petit.

Donc insécurité matérielle doublée d’une insécurité culturelle. Depuis les élites des capitales on dit que ce n’est pas bien d’être raciste et c’est vrai que l’assignation d’un individu à autre chose que sa propre histoire est un déficit d’humanité mais on peut constater que si on ne peut pas courir en short au parc de Colombes sans se faire traiter de pute, si on ne peut pas se balader en kippa à Saint Denis ou traverser le quartier de la Monnaie à Roman sur Isère , ou faire un cours sur les provocations de la liberté d’expression ou du génocide juif c'est que certaines évidences historiques ou culturelles ne sont justement plus d'évidence quotidienne. C’est qu’il y a un problème avec la frange islamiste qui apparaît à partir d’une certaine densité de culture musulmane. Ou avec la frange délinquante qui au nom du respect et torturée par le ressentiment inflige le saccage du quotidien aux pauvres. Bruler les bagnoles, imposer la loi du fric du trafic, bruler tout le commun (bus, pompiers, crèches, maisons de la culture, Vélib, mais jamais un stade..)


Donc on fait quoi ?

Je ne sais pas ce qu’on fait

Mais je sais que détourner les yeux et surtout laisser la fachosphere se délecter à donner les détails que toute la gauche essaye de cacher est une erreur car les gens simples pensent que c’est BFM et Bolloré qui parlent vrai.

Il est tout de même renversant que Libération qui s’est créé sur le traitement d’un fait divers (le meurtre d’une jeune fille à Bruay en Artois) considérant que les faits divers racontaient l’état d’une société à l’époque ou ils restaient cantonnés à la presse populaire , qui a suivi les aventures de Mesrine , que ce journal ne soit pas capable de raconter ce qui s’est passé à Crépol et qu’il faille aller chercher l’info sur BFM.

Par contre Libération enquêtera et consacrera une double page sur l’origine de la divulgation des prénoms et des adresses et la dénonciation des rassemblements d’extrême-droite. Dupond-Moretti dit à l'Assemblée que cet événement n'avait rien "d'une razzia" mais Libération dénonce "une ratonnade" le jour de ces manifestations.

L'événement de départ : huit types laissent leurs femmes ou sœurs à la cuisine et se pointent dans un bal de village (où se trouvent des filles et des garçons) avec des couteaux et tuent et blessent les locaux. Pas d’émeute, pas de minute de silence, pas d’enquête journalistique de Libération alors qu'il suffirait juste d'aller écouter les jeunes qui ont vécu cette soirée. En dépit du courage de parler vrai de la maire de Romans sur Isère.

 

Que fait le peuple ?

C’est ainsi qu’on pousse le peuple vers le RN puisqu’il semble être le seul à nommer les choses.

Donc le peuple qui ne peut pas déménager, partir en vacances et voit comment la mondialisation bouffe son quotidien est tenté de renverser la table et de voter pour une vraie nouveauté : "on n’a jamais essayé le vrai changement, idiot, pas très propre, mais au moins enfin tout le monde va être secoué". Comme les Argentins, comme les Hongrois, les Autrichiens et peut-être bientôt les Espagnols le peuple , avec les moyens de la démocratie , pas par la violence urbaine , vote populiste. C’est une belle arnaque, comme Trump aux USA ou Milei en Argentine mais au moins « tout le monde sera dans la merde » : le peuple mais aussi ceux qui partent en vacances et se tiennent au chaud dans les beaux quartiers.

Angela Merkel, avec ses louables bonnes intentions à accueilli un million de réfugiés , musulmans pour la plus grande partie, parmi lesquels comme disait Lagerfeld « une bonne part d’antisémites ce qui n’était pas très opportun en Allemagne ».

Erdogan dit sans cesse que par la démographie les Turcs prendront l’Allemagne.

Le FPD est devenu la première force politique en Allemagne.

L'ironie paradoxale tient à ce que l'Europe aux prochaines élections va être dominée par des anti-européens populistes qui dénoncent depuis trente ans son humanisme, ses règlementations, son écologie, son pacifisme..


Parler du vrai monde

Il est vital de raconter le monde tel qu’il est.

Le RN développe posément son discours, porte cravate tandis que les mélenchonistes éructent, vocifèrent et bloquent. La loi immigration n'a pas été débattue parce qu'une motion de rejet stupide l'a renvoyée en commission et à présent on (par exemple les syndicats solidaires le 14 janvier) demandent son abrogation et « la régularisation de tous les étrangers ». A la fin, le peuple veut de l'ordre et des convictions donc c'est pour l'ordre et les idées simples qu'il finira par voter (tandis que la gauche s'arcboute sur un anti-macronisme délirant) si on ne parvient pas à poser le débat de l'identité nationale. Faite de littérature, de générosité humaniste et de conflictualité finalement apaisée par l'Ecole.